Nouvelles de Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia

Après une courte visite en France, Mgr Nongo Aziagbia a regagné le Centrafrique, mais il n’a pu rejoindre pour le moment son diocèse de Bossangoa. Voici deux messages qu’il a envoyés tout récemment.

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L’Assemblée Nationale à Bangui.

du 23 mars 2013
Je souhaite vous remercier pour votre sollicitude à mon égard ainsi qu’à celui du diocèse de Bossangoa. Mon retour au pays s’est bien effectué. Malheureusement la situation politique se dégrade de plus en plus. Les rebelles de Seleka ont visiblement opté pour la guerre. Ils ont pris jeudi le 21 les localités de Bouca et de Batangafo dans mon diocèse, c’est-à-dire Bossangoa. La ville de Bossangoa est tombée le lendemain matin entre leurs mains. Bossembele vient à peine de tomber entre leurs mains. Ils ont aussitôt libéré tous les prisonniers. Ils occupent en ce moment la ville de Damara qui devrait constituer la ligne rouge sous la protection de Micopax [1]. Les forces armées centrafricaines sont logées à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Bangui où je me trouve encore depuis mon retour d’Europe le mercredi dernier. Je me préoccupe du sort des prêtres et religieuses qui sont éparpillés en brousse. Le curé de Notre Dame de l’Ouham a été violenté avant que les rebelles ne prennent son véhicule. Il a réussi à rentrer à bord d’une moto hier soir à Bangui.

Le malheur ne venant jamais seul, j’ai déploré le jeudi dernier le décès d’un de mes prêtres. On s’arrangeait à sortir le corps de la morgue le lundi prochain en vue de l’inhumation le mardi à Bossangoa. Mais les dieux ont en décidé autrement.

Que Dieu bénisse la Centrafrique et le peuple centrafricain.

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Les rives de l’Ubangui à Bangui.

du 24 mars 2013
Alea jacta est. Le régime vient de balancer. Les infiltrations des Seleka ont continué toute la nuit. Ce matin, sur les coups de 7h45, ils ont fini le quadrillage des principaux quartiers de la ville. Il n’y a pas eu vraiment de combat pour la prise de la ville. Les FACA ont alors évité à la population et à la ville de Bangui un bain de sang inutile. Dieu en soit loué.

Le plus dur reste encore. Il s’agit de la sécurisation de la ville, de ses habitants et des biens. Nous savons ce qui s’est passé dans les autres villes occupées. Beaucoup de promesses ont été faites à ce sujet, nous attendons d’en voir l’application, d’autant plus qu’on signale une forte présence de Tchadiens et de Soudanais dans les rangs des combattants qui ont investi la ville de Bangui. Le Président Bozizé s’est retiré de Bangui par le 4e parallèle en direction de M’Baïki. Continuera-t-il sur le Cameroun ou traversera-t-il au Congo Démocratique ? Nous le saurons certainement plus tard.

Il y a un calme précaire à Bangui en attendant l’annonce de l’identité de la personne qui sera bientôt présenté comme le nouvel homme fort du pays.

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Le Palais Présidentiel à Bangui.

[1] La Mission de consolidation de la paix en République Centrafricaine - MICOPAX - est depuis le 12 juillet 2008 sous la responsabilité de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC). Elle succède à l’opération FOMUC qui a été lancée le 25 Octobre 2002 par une décision de la Communauté Economique et Monétaire de la République Centrafricaine (CEMAC). L’objectif global de MICOPAX est de contribuer à la paix et la sécurité de manière durable en République Centrafricaine (RCA) par la création de conditions préalables au développement durable dans le pays. MICOPAX a pour mandat de : protéger la population civile, de sécuriser le territoire, de contribuer au processus de réconciliation nationale, de faciliter le dialogue politique initié par le président Bozizé. La force déployée de 400 soldats est composée par des contingents provenant des Etats Membres de la CEEAC. Par ailleurs, début 2010, la CEEAC a déployé une composante civile incluant une unité de police de 150 hommes et une unité politique. Depuis le 1er Novembre 2004, l’opération de soutien à la paix en RCA a été financée par la Facilité de la Paix (APF) à hauteur de plus de € 100 millions. MICOPAX joue également un rôle clef dans le processus de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration (DDR). Dans le cadre du partenariat Afrique-UE, des mission d’évaluation conjointes régulières Union Européenne / Union Africaine / CEEAC sont conduites afin d’évaluer l’impact positif de la force. Informations du site de la Commission Européenne ec.europa.eu

Publié le 26 mars 2013 par Nestor Nongo Aziagbia