Nouvelles de Mgr Nestor Nongo et de la Centrafrique

Un courrier de Monseigneur Nestor au Père Jean-Pierre Frey

Merci pour le soutien moral et les préoccupations à mon endroit. Les dernières nouvelles et les reportages sur la Centrafrique font certainement peur. Le pays fait la une ces jours-ci des journaux à travers le monde. Ce n’est peut-être pas le temps de faire une analyse sociopolitique de ces tristes évènements qui ont mis des foules sur les routes avec tout le risque que cela comporte.

Une partie du pays est coupée par l’avancée des rebelles dont les motivations ne sont pas clairement définies sauf qu’ils dissimulent mal leur désir de conquérir le pouvoir par la force des armes.

En ce qui concerne le diocèse de Bossangoa, deux villes au nord ont été envahies. J’ai failli être retenu dans la ville de Kabo, à l’extrême nord, à une soixantaine de kilomètres de la frontière tchadienne. Les rebelles ont pris la ville deux jours après mon départ.

Mais depuis avant hier matin à 8h, les militaires gouvernementaux aidés par quelques éléments tchadiens ont délogés les rebelles de la ville de Batangafo, à 150 km au nord-est de Bossangoa. Ils vont continuer leur progression vers le nord pour débouter ceux qui se sont repliés dans la ville de Kabo.

La connexion téléphonique est coupée dans les zones occupées, au point qu’il est vraiment difficile de savoir exactement ce qui s’y passe. Néanmoins, l’ampleur des saccages est à prévoir. Dans le diocèse de Bambari, au centre du pays, le dépôt pharmaceutique a été complètement saccagé, ainsi que le dépôt de la Caritas et la radio catholique. Dans ces zones, la population est prise en otage. Il n’y a pas de couloirs humanitaires, si bien que le président de la Conférence épiscopale, qui est bloqué à Bambari, a demandé le report des Assises de janvier.

La relance économique du diocèse semble en prendre un coup. Toutefois, nous avons le devoir de mobiliser nos chrétiens et la population et de leur redonner confiance en eux et en l’avenir. Nous sommes commis à ce devoir de témoignage sans nous livrer à des actes d’héroïsme.

Je reste confiant que l’issue sera pacifique.

(29.12.2012)

Publié le 6 mars 2013 par Nestor Nongo Aziagbia