Œuvres sociales des Filles de la Croix à Korhogo

Le Centre St-Camille / Centre Jubilé
Ce centre a vu le jour en novembre 2000. Comment avons-nous ouvert un tel centre ? Dans la ville de Korhogo, nous découvrions beaucoup de malades mentaux qui erraient dans les rues, habillés d’oripeaux ou tout simplement nus, mangeant dans les poubelles et dormant en plein air. Au début nous appelions Grégoire [1] à la rescousse, mais devant le nombre croissant de malades, il nous a demandé de trouver nous-mêmes un lieu.

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Aïcha
Photo Centre St Camille de Korhogo

Depuis 2000, le visage du Centre Jubilé a changé, pas seulement parce que le temps a passé mais parce que nous avons vécu nos débuts dans la rébellion. Bien que cette période n’ait pas été facile, nous avons aidé beaucoup de monde, en dehors de la maladie mentale, pour les soins, la nourriture, les vêtements. Le Centre est devenu pour beaucoup un havre de paix. Une autorité de passage nous a dit : « Votre centre ressemble à une colonie de vacances. »

Les malades mentalement atteints ont besoin de reconnaissance, de respect. Les médicaments qu’ils prennent les déconnectent un peu de la réalité. C’est pourquoi tous ont un petit travail à faire dans le Centre : cuisine, ménage, lessive, élevage, jardinage etc. Cela leur redonne confiance et dignité. Nos malades femmes font les courses pour le Centre une fois par semaine, les jours de grand marché. Nous leur confions l’argent et elles nous font un rapport détaillé de ce qu’elles ont acheté. L’exigence de propreté et d’hygiène que nous avons instaurée porte ses fruits. Les malades lavent à grande eau et avec beaucoup de mousse toute l’habitation, chambres, chapelle, réfectoire, cuisine, bureaux… Ils prennent goût à s’habiller proprement, et même avec coquetterie.

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Awa apprend à lire
Photo Centre St Camille de Korhogo

Nous avons un champ de 5 ha. Ce champ est un lieu de formation, de travail et de vie pour 15 malades qui y demeurent en permanence. Il est clôturé grâce aux dons de bienfaiteurs d’Espagne de la banque éthique Urquijo. Les bâtiments ont été financés par des amis des Filles de la Croix d’Espagne, du Canada, d’Italie et de France. Le terrain est aride et argileux. Durant plusieurs années nous l’avons travaillé et enrichi en épandant des graines de coton et du compost que nous faisons nous-mêmes. Nous avons deux puits et un forage. Nous produisons maïs et arachide en saison des pluies. Cette année notre balance financière pour le champ a été à peine négative. C’est une fierté pour nous car nous payons deux encadreurs, un gardien et un malade devenu ouvrier agricole. Tous ceux qui sont au champ mangent gratuitement. Ce qu’ils produisent sert à nourrir tous les malades hospitalisés. Près de la maison d’habitation, nous avons un poulailler de 1000 poules pondeuses. Au fond du champ, nous avons une porcherie de 50 porcs. Nous avons eu récemment la naissance de 22 porcelets. Cette année nous aurons une jeune ingénieur agronome française du Service de Développement Volontaire. Elle va former ceux qui encadrent les malades.

La réinsertion de nos malades par la formation dans le travail nous tient particulièrement à cœur, afin de réduire la pauvreté, l’ignorance et les préjugés. Nous avons commencé la culture du moringa [2]. Le fonds Saint Viateur a financé le projet : favoriser la culture du moringa pour faire reculer la malnutrition avec un produit local. Si les insectes ne viennent pas tout dévorer, le moringa sera un bon aliment pour les poules, les porcs, les moutons et les lapins. En ce moment nous faisons la culture de l’oignon. L’arrosage est le point le plus important, nous avons construit six bassins reliés à la pompe du puits.

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Brehima
Photo Centre St Camille de Korhogo

Certains malades sont chez nous depuis de longues années, ils ne trouvent pas leur place dans leur famille et préfèrent rester encore un peu. Cependant nous les obligeons à aller « en vacances » chez eux. Quelques uns ont trouvé un accueil favorable dans la famille et y sont restés. A l’inverse, les vacances se prennent à « la Saint Camille ». Depuis 7 ans, nous préparons les repas pour la prison civile de Korhogo. La Croix Rouge Internationale nous a soutenus en nous fournissant les aliments. Le régisseur a récemment commencé à restructurer la prison et à nourrir les prisonniers.

Le Centre Don Orione
Le Centre Don Orione – Antenne de Korhogo est une structure de réhabilitation pour personnes porteuses de handicap. L’objectif prioritaire est d’accompagner des personnes dans leur croissance physique, psychique et humaine, en visant à leur autonomie. Parmi les activités du Centre, on peut mentionner : le dépistage des enfants handicapés avec l’aide du réseau des intermédiaires religieux et laïcs, l’organisation des consultations des handicapés, deux fois par an, par l’équipe médicale de Bonoua (Don Orione), la réhabilitation physiothérapeutique et orthophonique, l’enseignement du langage des signes, la réalisation de chaussures, de prothèses et d’appareils orthopédiques…

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Une classe enthousiaste !
Photo Centre St Camille de Korhogo

Ces dernières années, l’Antenne offre aussi ses compétences, grâce à des éducateurs spécialisés, aux enfants handicapés mentaux et aux jeunes sourds-muets. Une équipe de dix personnes, en majorité autochtones, travaille en permanence pour assurer le fonctionnement de la structure : un responsable du Centre, deux physiothérapeutes, deux professeurs pour les pathologies auditives, du langage et de retard mental, un technicien pour les chaussures, appareils orthopédiques et attelles, deux coordinatrices d’activités pour l’accueil et la sensibilisation des familles, deux gardiens. Dès son inauguration le 28 novembre 1994, l’Antenne a tissé autour d’elle un réseau de collaborateurs en lien avec les familles.

Les personnes que l’Antenne accueille sont issues d’un contexte social, économique et culturel particuliers. La personne handicapée en pays sénoufo est perçue comme anormale, elle est mise à l’écart. Les moyens financiers des familles qui doivent faire face au handicap sont faibles et les soins (consultations, interventions chirurgicales, rééducation, appareils et chaussures orthopédiques, cannes anglaises, appareils auditifs) très onéreux. Les familles qui peuvent honorer les dépenses sont rares. La Fondation Liliane, des Pays-Bas, nous aide dans la prise en charge des enfants de 0 à 25 ans.

[1] Grégoire, originaire du Bénin, est le fondateur de l’œuvre St-Camille dans toute la Côte-d’Ivoire.

[2] Le moringa est un arbre dont les feuilles et les fruits sont riches en vitamines A et C, en minéraux (calcium et potassium) et en protéines. On s’en sert aussi en médecine comme antidiabétique, comme antiseptique, ainsi que pour renforcer les défenses immunitaires.

Publié le 5 septembre 2012 par Sr Janine Sein