Pages d’histoire de la SMA de Strasbourg

Quelques services de la Propagande à la SMA pendant la guerre 1914-1918.

Trois candidats pour le sous-diaconat

Le 2 août 1914, la guerre franco-allemande est déclarée. Les séminaristes SMA alsaciens sont, bien sûr, en vacances dans leur famille. Ils vont être mobilisés dans l’armée allemande. Les sous-diacres sont affectés d’office dans le service de Santé. Trois séminaristes SMA, Émile Riebstein, Jean-Baptiste Vest et Auguste Baumann, ayant déjà reçu les ordres mineurs mais pas encore le sous-diaconat, sont affectés provisoirement dans ce service. Ils sont susceptibles de rejoindre le service armé, sauf s’ils reçoivent le sous-diaconat. Ils se hâtent de prévenir les autorités SMA de Lyon et de suggérer que la SMA demande à l’évêque de Strasbourg de leur conférer cet ordre.
À Lyon, les autorités sont bien désemparées : le supérieur général, Mgr Pellet, est mort le 11 mars 1914. La Propagande a organisé une consultation « par correspondance » des confrères pour désigner son successeur. Elle dépouille les votes reçus et fait savoir à Mgr Duret, vicaire apostolique du Delta du Nil, qu’il a obtenu la majorité des voix. Le 24 septembre, Mgr Duret répond à la Propagande qu’il accepte cette élection. Mais il a beaucoup d’affaires à régler avant de quitter l’Égypte et de se rendre en France [1].

C’est donc le P. Ranchin, vicaire général, entouré des conseillers Naegel, Poirier et Kyne, qui reçoit à Lyon la lettre des trois « infirmiers provisoires ». Le 7 octobre, le P. Ranchin écrit au cardinal Préfet de la Propagande : « J’apprends que trois de nos séminaristes minorés, Émile Riebstein, Jean-Baptiste Vest, Auguste Baumann, ont été admis par privilège à être infirmiers dans l’armée en Alsace. La loi allemande n’admet d’office comme infirmiers que ceux qui sont déjà sous-diacres. Ils sont donc susceptibles à tout moment d’être appelés à faire le coup de feu. Pour être maintenus définitivement comme infirmiers, ils m’ont exprimé le désir d’être promus au Sous-diaconat. Ils sont par ailleurs dans toutes les conditions canoniques voulues, aussi je ne puis qu’approuver leur demande. En conséquence je viens solliciter très respectueusement de Votre Éminence l’autorisation de présenter les trois séminaristes susnommés, et aussi d’autres qui se trouveraient dans le même cas, pour l’ordination au Sous-diaconat à Sa Grandeur Mgr l’Évêque de Strasbourg [2]]. »

Curieuse demande. Normalement, un supérieur régulier n’a pas à recourir à Rome pour présenter ses sujets à un évêque afin de les faire ordonner. Une telle décision fait partie de ses pouvoirs habituels : le supérieur régulier sait qu’il doit alors envoyer des « lettres dimissoriales » à l’évêque qui va conférer l’ordination. Ces lettres sont une sorte de « feu vert » pour l’ordination, que le supérieur général (dans le cas de la SMA) ne peut donner que lorsque le dossier est complet et que rien n’a été décelé qui s’oppose à cette ordination. En temps normal, cette demande « inutile » aurait probablement éveillé quelques soupçons à Rome, qui aurait demandé qu’on lui précise la nature de la dérogation demandée. Par exemple, s’ils n’avaient pas tout à fait le nombre d’années d’études voulu. Mais la guerre est là : le moment n’est pas aux arguties, il faut donner une réponse rapide. Le cas est soumis au pape lors de l’audience du 12 octobre [3]. Nous remarquons, au passage, que le courrier entre Lyon et Rome fonctionnait rapidement, et que les employés de la Propagande traitaient sans trainer le courrier reçu : une lettre expédiée de Lyon le 7 était présentée au pape le 12. Mais ce n’est que le 17 octobre que le cardinal Gotti, préfet de la Propagande, répond au P. Ranchin que la permission est accordée [4].

Le 29 octobre, le P. Ranchin remercie le cardinal Gotti de sa réponse : « J’exprime à Votre Eminence ma respectueuse reconnaissance pour l’autorisation donnée par lettre du 17 octobre de présenter plusieurs de nos Séminaristes à l’ordination du Sous-diaconat dans leur diocèse d’origine. Bien que les communications soient difficiles, j’ai eu connaissance de la grande bienveillance de Mgr Fritzen, et j’ai tout lieu de croire que ces jeunes gens pourront être ordonnés ; et par suite être maintenus à l’armée dans des emplois convenant mieux à leur état ecclésiastique [5]. »

[1] Les documents concernant cette élection sont conservés et consultables aux archives de la Propaganda Fide, NS vol. 554, fol. 533- 696. Toutes les références commençant par NS, qui suivent dans le présent article, renvoient aux archives de la Propagande.

[2] NS vol. 541, fol. 186 R.

[3] NS vol. 541, fol. 187 V.

[4] NS vol. 541, fol. 190 R.

[5] NS vol. 541, fol. 188 R.

[6] NS vol. 541, 191 R et V.

[7] NS vol. 541, fol. 193 R.

[8] NS vol. 541, fol. 200 R.

[9] NS vol. 588, fol. 542 V.

[10] NS vol. 588, fol. 545 R.

[11] NS vol. 588, fol. 559-561.

[12] NS vol. 588, fol 564 R et V.

[13] NS vol. 588, fol. 565 R.

[14] NS vol. 588, fol. 566 R.

[15] NS vol. 588, fol. 572 R et V.

[16] NS vol. 588, fol. 568 R.

Publié le 27 octobre 2016 par Pierre Trichet