Pâques - Un éclair de lumière

Mais il ne suffit pas de voir…

La terreur, pour Jésus, a commencé la nuit du Jeudi Saint. Elle a duré toute la nuit et Pilate le condamne à mort aux environs de midi. Abandonné de tous, il mourra seul, à la 9e heure.
Le pire, c’est que personne n’était là au matin de Pâques, alors qu’il avait dit et redit : Le 3e jour, je serai là ! Il y avait bien quelques femmes, venues pour embaumer le corps du défunt. Elles ne s’attendaient pas du tout à voir un tombeau vide et du linge bien rangé. A leur appel, Jean et Pierre courent au tombeau. Tous deux le voient vide, mais seul Jean comprend et croit.
Deux gaillards déçus, et qui eux n’avaient rien vu, sont en route vers leurs villages. Ils ne reconnaissent pas l’étranger qui les accompagne et qui va rompre le pain avec eux. Ce n’est qu’alors qu’ils voient et croient. Cet étranger, c’était bien lui… Mais il est déjà parti.

Aujourd’hui, c’est plus simple, on expulse les étrangers. Alors comment reconnaître en eux le Ressuscité ? Qui plus est, ils ont mauvaise réputation - voleurs, bagarreurs, casseurs, que sais-je encore… - et ils n’ont jamais été invités à nos fractions de pain précédées du baiser de la paix. Ils sont trop loin de nous, et nous pas assez proches d’eux… Oui, comment reconnaître le Ressuscité en eux, et donc parmi nous ?
Pourtant, la fraction du pain – le mémorial de la mort et de la résurrection - c’est tout ce qu’il nous reste au matin de Pâques et à tous les matins de nos vies. Chaque fois que vous rompez ce pain, c’est le corps du Christ que vous brisez, nous dit Paul [1]. Briser ? – Nous ne brisons jamais rien… Mais nous ne voyons pas non plus qu’en l’étranger jeté dehors, c’est le corps du Christ qui se brise en dedans de nous-mêmes…

Il ne suffit pas de faire « mémoire » en paroles. Il faut aussi faire mémoire en actes, et c’est là où le bât blesse. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne [2]. Ce qui veut dire que le Seigneur ne peut revenir tant qu’on expulse l’étranger au lieu de l’intégrer. Absurde me direz-vous…

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Chemin de Croix de la cathédrale de Sokodé (Togo).
Photo M. Charis Schmitt

Lisons Luc 4, 18 : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté. Nous renvoyons les étrangers vers leurs pays en les spoliant leur espérance et de leur dignité. Comment, dans ces conditions, le Ressuscité pourrait-il encore rompre le pain avec nous ?
C’est là tout le drame des chrétiens. Et la terreur continue, sous une forme ou une autre. Qui de nous peut dire ce que dit Luc : Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté.

Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez [3]. Et nous disons que nous ne pouvons pas libérer l’étranger ?... Qu’il faut d’abord nous en protéger car il risque de prendre notre place au soleil ?... Mais non ! C’est que nous manquons de confiance dans le Ressuscité qui a dit toutes ces paroles.
Malgré le désordre organisé et généralisé de la mondialisation actuelle, il reviendra pour tout mettre ou remettre en place. Cela prendra du temps. Depuis le matin de Pâques, il ne fait que partir et revenir. Et aujourd’hui, plus que jamais, il est en train de revenir… Mais qui va le reconnaître ?

Longtemps les Eglises ont eu peur de la Parousie parce qu’elles craignaient le juge et, par extension, l’enfer et son feu éternel. Mais Jésus est venu prêcher un Dieu de miséricorde et de réconciliation – voyez les évangiles de Luc et de Jean - et non un Dieu qui prend plaisir à envoyer en enfer ! C’est alors que Jésus serait mort pour rien, si la moitié de l’humanité se retrouvait dans la géhenne ! Or n’a-t-il pas dit : Quand je serai élevé (glorifié dans le Père), j’attirerai TOUT à moi [4] ?

Pâques et sa résurrection sont bien le signe de victoire et de rassemblement de toutes les nations de la terre dans la nouvelle Jérusalem – tôt ou tard… Aussi ne jetons pas notre méfiance et nos doutes sur la Parole de Dieu !

[1] 1 Cor 11, 26.

[2] Ibid.

[3] Luc 4, 21.

[4] Jean 12, 32 : Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi.

Publié le 6 juillet 2012 par Jean-Pierre Frey