Paul Rostoucher. Un départ vers le Véritable Jubilé

En 2004, notre confrère Paul célébra à Kappelkinger, le berceau de sa famille, son jubilé d’or sacerdotal. Nous croyons que son dernier appel par le Seigneur, le 7 août 2011, annonçait pour lui le meilleur des jubilés : le jubilé céleste, au festin du Royaume. C’est l’épanouissement de sa vie terrestre, consacrée à la mission de l’Eglise, d’abord en Afrique, puis en Moselle.

La Mission en Afrique orienta la première moitié de sa vie. D’abord par ses études dans les séminaires des Missions Africaines, puis par son envoi au Togo en 1956. Il exerça de nombreux postes dans les diocèses de Lomé, puis d’Atatakpamé. Il y mit en valeur son sens pratique (pour les constructions, par exemple), sa facilité pour les langues, son sens de l’adaptation, sans parler de son zèle pastoral. Il apprécia les valeurs des cultures africaines.

L’année 1973 marqua un grand tournant pour lui. Il y eut d’abord le décès de sa mère. Il fut ensuite chargé par l’évêque d’Atakpamé, Mgr Atakpah, de fonder une nouvelle paroisse dans cette ville. Il commit alors, peut-être, l’erreur d’établir son domicile dans une autre mission, à 30 km de là. Il reçut une nouvelle nomination, la fondation d’une paroisse à Datcha, mais des évènements familiaux le firent rentrer en France. Etant libre de nouveau, il aurait bien voulu revenir mais il avait besoin de l’appel de son évêque. Depuis que des évêques du pays étaient nommés, c’étaient eux les premiers responsables de l’apostolat, et non les supérieurs des sociétés missionnaires, comme auparavant. Paul le savait ; c’est pourquoi il mit en demeure Mgr Atakpah de lui dire s’il avait besoin de lui ou non. L’évêque ne lui a jamais répondu. Pour quelle raison ? Etait-ce déjà un effet de la maladie qui devait, les années suivantes, causer de grands torts à cet évêque sur le plan politique ? La raison est-elle à chercher dans des relations personnelles difficiles entre l’évêque et Paul, qui ne prenait pas de gants pour exprimer sa pensée ? Toujours est-il que Paul a souffert de cette rupture du ministère dans lequel il était engagé à fond. Il me l’a confié par deux fois, longuement.

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Le Père Paul Rostoucher avec des confrères à Ars.
Paul Rostoucher est le deuxième à partir de la droite.
Photo Marc Heilig

La Mission en Moselle le récupéra aussitôt. Je pense que Paul a compris bien vite que le temps était venu de laisser aux Africains la plupart des responsabilités de la Mission en Afrique, pas seulement en théorie, mais aussi en pratique. Il avait compris aussi que la France était devenue pays de mission, même son pays natal de Moselle. Dés 1973, il s’engagea dans des ministères diocésains. Ce fut d’abord Grostenquin, durant 10 ans, puis Insming, avec les villages qui en dépendaient, pendant 20 ans, et enfin, à sa retraite, Nelling et les paroisses des environs pour lesquelles il était sollicité. Il était très soucieux de répondre à ces demandes, au point de les faire passer, parfois, avant les réunions programmées par les responsables SMA.

Dans les nombreux témoignages rendus à son sujet, deux aspects ont été particulièrement relevés : sa proximité et son franc-parler. Proximité : attitude bien missionnaire. Franc-parler, qui attire parfois des ennuis, mais qui peut rendre service à beaucoup de personnes. Le Maire d’Insming a dit de lui : « En raison de son esprit d’ouverture, de son bon sens, de son objectivité, de son souci des autres et de sa bonne humeur, je l’appelais souvent notre Don Camillo et il en souriait de bon cœur. » Le Maire de Nelling, lui, a terminé son témoignage ému par cette citation de notre défunt : « La vie continue malgré tout ce qui peut nous arriver aux uns et aux autres, vivons ensemble dans l’espérance d’un monde meilleur. »

Publié le 10 octobre 2011 par René Soussia