Paul, un prêtre envoyé en mission

Les funérailles de notre confrère Paul Rostoucher, décédé le 7 août 2011, à l’âge de 82 ans, ont été célébrées le mercredi 10 août dans l’église de Nelling, le village où il s’était retiré en 2004 au moment de sa retraite. Elles furent présidées par Monseigneur Bernard Clément, Vicaire Général du diocèse et enfant du pays. C’est lui qui prononça l’homélie que nous proposons à votre méditation ci-dessous.
René Soussia, ordonné la même année que le défunt, nous a introduits dans la prière. Une couronne de près de trente prêtres, sma et diocésains, se pressaient dans le petit chœur de l’église. Plusieurs témoignages, à l’issu de la célébration, ont manifesté l’attachement des fidèles à leur ancien pasteur.

Notre frère Paul doit être heureux de voir cette église de Nelling remplie, et autant de personnes à l’extérieur. La joie d’un prêtre, c’est d’avoir une église remplie de personnes attentives et motivées. C’est pourquoi nous reprenons la prière d’entrée :
Nous te recommandons, Seigneur, ton serviteur Paul, que tu avais choisi parmi les hommes pour qu’il soit prêtre à la manière des Apôtres... Maintenant qu’il a rempli sa mission, donne-lui de rencontrer dans la gloire Celui qu’il a cherché avec ses frères.

Pour nous, croyants, la mort est un accomplissement. Notre vocation et notre mission de baptisés trouvent dans cette ultime rencontre avec Dieu l’accomplissement de ce qu’elles portaient en germe, comme l’affirme la Préface des défunts : La vie n’est pas détruite, elle est transformée. Cette ultime rencontre avec Dieu est vraie pour chacun de nous, laïcs et prêtres. Aujourd’hui, à travers cette liturgie des funérailles, s’accomplissent la vocation et la mission sacerdotales de notre frère Paul.
L’évangile que nous venons d’entendre nous rappelle, à juste raison, l’aspect important de la mission confiée à tout prêtre : Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant et leur apprenant à garder toutes mes prescriptions. Faut-il le rappeler ? L’apôtre, mais aussi tout baptisé, est un disciple choisi et appelé par Jésus pour collaborer à son œuvre. Comme tout prêtre, Paul a été un jour choisi et appelé par Jésus pour être associé à sa mission. Cet appel est notre plus grande richesse, il est au cœur de notre vie le signe permanent qu’en dépit de notre indignité et de notre pauvreté, nous sommes aimés par le Christ et voulus par lui pour être ses collaborateurs.

Répondre à cet appel, c’est se laisser instruire et guider par Jésus. Le principal reproche qu’un prêtre puisse se faire au terme de sa vie terrestre, c’est de ne pas avoir été assez disciple, de s’être trop mis en avant, au point d’avoir éclipsé le Christ... Il m’a été donné de rencontrer Paul au mois de juin dernier, à Saint-Avold, au cours d’une rencontre des prêtres retraités. Il m’a donné l’impression d’être un prêtre apaisé et heureux d’être prêtre.

C’est souvent le jour de la mort d’un prêtre que l’on découvre tout à coup la fécondité et l’importance de son ministère. Au nombre d’avis mortuaires [1], on constate combien notre frère Paul était une présence au milieu de vous. Mais quelques jours après le décès d’un prêtre, il arrive souvent que les paroisses adressent une demande à l’évêque pour demander un remplaçant.
La mort de notre confrère, même retraité, appauvrit le presbyterium diocésain, déjà bien diminué, et est un appel lancé aux jeunes au nom de Jésus. Qui entendra cet appel ? Bien sûr, on ne saurait limiter aux prêtres les ouvriers de la moisson : il y a les diacres, qui sont invités à œuvrer au nom de la solidarité et de la charité, mais aussi tous les fidèles laïcs : vous tous, de par votre baptême, votre confirmation, vous êtes invités à prendre votre part à la mission. La mort d’un prêtre doit interpeller tous les chrétiens.
Les habitudes sont difficiles à changer... Combien de fois les prêtres constatent-ils que la notion de communauté de paroisses ne se vit pas naturellement ! Ainsi, lorsqu’on célèbre une messe dans un village, ce sont majoritairement les chrétiens de ce village qui se déplacent. Pourquoi les autres ne se sentent-ils pas invités à se retrouver ? Par contre, on n’hésite pas à faire 10 ou 15 km pour faire ses achats dans un supermarché !
L’esprit de communauté nous invite à chercher, entre nous, des solutions à des situations nouvelles et inédites. On ne peut plus tout attendre de l’évêché ou de l’évêque. On ne peut plus tout attendre que du prêtre seul.
Entendre l’appel du Christ est source de vie. Accepter son invitation est un appui sans défaut. Croire, c’est demander au Christ la parole qui nous permet de le rejoindre. Croire, c’est donc se mettre en marche vers lui, mais c’est aussi savoir l’invoquer pour qu’il nous délivre de la division, cette part de mort qui nous guettera jusqu’à la fin de notre vie.

Aujourd’hui, parce que nous sommes nous-mêmes habités par l’Esprit de Jésus, par la présence du Ressuscité dans l’eucharistie, nous sommes invités à tendre la main vers les autres, non seulement par esprit humanitaire, mais comme un prolongement du geste de Jésus. Oui, à travers nous, c’est Jésus qui continue de tendre sa main pour donner son salut. Il suffit d’un geste, d’un sourire, d’une présence offerte, peut-être simplement d’un silence aimant. Nous n’avons pas à chercher ailleurs la présence de notre Dieu. Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Si nous sommes convaincus de cela, ce sera le plus bel hommage que nous puissions rendre à notre frère Paul pour le travail accompli. Quittons cette église avec un esprit renouvelé.

[1] Le quotidien Le Républicain Lorrain a publié 18 annonces de décès de notre confrère Paul. Au delà des formules de convenance, nous devinons l’impressionnante part de sympathie dont jouissait notre cher défunt. Ils soulignent « son ouverture et son dévouement pour tous », « sa disponibilité et sa foi profonde au service des fidèles ». « C’était un prêtre aimé, ouvert, dévoué en toutes circonstances, toujours très proche de ses paroissiens ». « Nous garderons de lui le souvenir d’un homme actif et dévoué »… ndlr.

Publié le 28 septembre 2011 par Bernard Clément