Pour un Centrafrique réconcilié

Dans les préambules de son message à l’occasion de la Journée Mondiale de la Paix 2013, sa Sainteté Benoit XVI exprime le vœu d’un monde meilleur pour tout être humain : « Chaque année nouvelle porte en elle l’attente d’un monde meilleur. Dans cette perspective, fondée sur la foi, je prie Dieu, Père de l’humanité, de nous donner la concorde et la paix afin que puissent se réaliser pour tous les aspirations à une vie heureuse et prospère ».

Ces vœux semblent retentir dans le vide en ce qui concerne le peuple centrafricain. Les aspirations à une vie heureuse, au bonheur et à la prospérité paraissent une illusion, ou plutôt une utopie qui ne sera jamais à la portée des citoyens et des citoyennes de ce pays dont la devise exhorte pourtant à l’unité et à la concorde dans la dignité par le travail. Quelle ironie ! Alors que tous nos voisins se livrent à la bataille contre le sous-développement, les Centrafricains semblent avoir opté pour la politique du sur-place.
Serait-ce que le peuple a pris goût à la facilité ? Il est certes vrai que le démon des guerres civiles, disons plutôt fratricides, et des rébellions à répétition a donné envie à beaucoup de nos compatriotes de vivre au dépens des autres par le racket. Il suffit d’avoir une arme. En ce sens, on dirait que tout le pays est une poudrière. Les événements militaro-politiques ont malheureusement permis la dissémination de ces engins de mort. Les incidents se multiplient et la vie humaine n’est guère prise en considération.

De nombreuses initiatives, soutenues par la communauté internationale, ont pourtant donné confiance au peuple. Des signes positifs ont été donnés à travers divers rendez-vous où les protagonistes se sont parlé comme des frères. Ils se sont faits des promesses et ont pris des engagements à l’endroit du peuple. Même si les conditions de vie demeuraient difficiles, les Centrafricains commençaient à se reconstruire. Peut-être n’envisageait-on pas des lendemains brillants, mais l’espoir d’un recommencement était réel.
Le peuple avait-il tort d’aspirer à une vie heureuse et pacifique ? Pour beaucoup de nos concitoyens, ce rêve s’est transformé en un véritable cauchemar avec l’avancée fracassante des rebelles du SELEKA contre le régime du Président François Bozizé. Même si l’objectif de ces opposants militaro-politiques est de contraindre le régime à la table de négociation, c’est encore le peuple qui est pris en otage. En effet, en ce qui concerne le diocèse de Bossangoa dont je suis le Pasteur, la chute de Kabo et de Batangafo a été suivie de quelques exactions contre la population, qui a été dépouillée de son bétail et d’autres ressources. On déplore par endroit des saccages et même des cas de viol. Ce sont des accusations graves dont il conviendrait de vérifier la véracité.

Il se peut qu’il y ait des manquements dans l’application des différents accords qui ont été signés depuis toutes ces années. Le sentiment d’injustice justifie-t-il la prise d’arme ? N’y aurait-il pas d’autres voies à explorer pour résoudre ces différends ? Le bien commun, le développement de tous les hommes et de tout homme, ne sauraient émaner d’une quelconque violence.
La sagesse nous exhorte à la tempérance et au dialogue. Quels que soient les malentendus, un compromis est toujours possible à travers le dialogue. Opter pour cette voie royale, c’est manifester le désir d’une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. Aussi le Pape lance à tous les chrétiens et aux personnes de bonne volonté de relever le défi d’une paix véritable. Cette dernière nous engage dans notre responsabilité individuelle. Tel est le sens du message des Béatitudes qu’il nous propose en cette Journée Mondiale de la Paix : « Heureux les artisans de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu [1]. »

Alors, devenons les artisans de la Paix dans notre pays en privilégiant le dialogue, la concorde et la fraternité.

Bossangoa, le 31 décembre 2012

S. E. Mgr Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA SMA Evêque de Bossangoa

[1] Mt 5,9.

Publié le 21 août 2013 par Nestor Nongo Aziagbia