Procession du Saint Sacrement : d’une fête populaire au témoignage de foi

Alors que je terminais en 1994 mon année d’initiation spirituelle au sein de la Société des Missions Africaines à Calavi au Bénin, j’ai été témoin, pour la première fois, d’une grande ferveur populaire liée à l’eucharistie. C’était la grande procession annuelle de la Fête-Dieu qui se tenait au mois de septembre. Le Saint Sacrement était porté avec fierté au son de la musique, tandis que le cortège faisait le tour de la ville dans une ambiance extatique. Je découvris deux ans plus tard le même enthousiasme à Ibadan, au Nigeria voisin. Néanmoins, la propension de l’immense foule de chrétiens qui ralliaient de bonne heure le grand séminaire, point de départ et de clôture de cette procession qui s’étalait sur toute une journée, en constituait une des grandes différences. Au terme de plusieurs arrêts, les fidèles se sont rassemblés dans l’un des deux stades de la ville où était dite la messe.

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La Fête-Dieu à Niederschaeffolsheim.
Photo Nestor Nongo Aziagbia

Comment se vit en Europe cette dévotion populaire qui a été introduite par les missionnaires en Afrique ? Mon séjour en France et mon insertion pastorale m’ont permis, non seulement de me faire une idée de la question, mais surtout de m’y impliquer personnellement. Alors que beaucoup de paroisses se sont détournées de cette pratique, la tradition est encore joyeusement mise en œuvre au sein de la Communauté de paroisses Terre de Missions dont j’ai la charge pastorale. A cette occasion, les paroissiens se retrouvent à la paroisse Saint Michel de Niederschaeffolsheim. Aussitôt après l’eucharistie, le prêtre tient à la vue des fidèles l’ostensoir sous le dais porté par les pompiers du village. Le cortège, précédé de jeunes filles munies de pétales de fleurs et des servants d’autel, avance en chantant d’un reposoir à l’autre, jusqu’au quatrième.

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La Fête-Dieu à Niederschaeffolsheim.
Photo Nestor Nongo Aziagbia

Cette dévotion suscite un engouement général des fidèles, qui s’investissent avec soin dans l’organisation. Une attention particulière est accordée à la décoration des autels-reposoirs et du parcours. Les femmes se lèvent très tôt pour réaliser des motifs floraux au sol. Quel travail de fourmi ! C’est l’art à son niveau sublime et exquis. On ne peut qu’être fasciné par l’expression et l’exaltation de cette beauté qui ouvre l’homme à l’ultime Beauté qu’est Dieu en personne.

A la dernière procession participaient certains de mes copains africains de passage. Ils m’ont rendu attentif à un détail qui fait désormais partie de l’organisation et auquel presque personne ne prête attention. Tout au long du parcours d’environ trois kilomètres, des statues de la Vierge Marie sont mises en exergue sur des tablettes richement décorées ou dans des niches conçues à cet effet. En ce qui concerne mes amis, ces objets de piété invoquent l’exposition du sortilège européen. C’est un débat traditionnel récurrent dans le procès qui est généralement fait aux missionnaires contre la dégradation des valeurs culturelles des peuples conquis au christianisme.

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La Fête-Dieu à Niederschaeffolsheim.
Photo Nestor Nongo Aziagbia

Dans cette ambiance carnavalesque qui les rassemble, les fidèles expriment quelque chose de la foi qui les habite et les fait vivre. Le lien entre cette dévotion et la vie du fidèle ne peut être sous-estimé. Tel est le principe qui se dégage des directives relatives au culte eucharistique : La piété, qui pousse les fidèles à pratiquer l’adoration de la sainte eucharistie, les attire à participer plus profondément au mystère pascal et à répondre avec reconnaissance au don du Christ qui, par son humanité, ne cesse de répandre la vie divine dans les membres de son Corps. En s’attardant auprès du Christ Seigneur, ils jouissent de son intime familiarité, et, devant lui, ils épanchent leur cœur pour eux-mêmes et pour tous les leurs, ils prient pour la paix et le salut du monde. En offrant leur vie entière au Père avec le Christ dans le Saint-Esprit, ils puisent dans cet admirable échange un accroissement de leur foi, de leur espérance et de leur charité. Ils entretiennent donc ainsi les bonnes dispositions qui leur permettent d’avoir toute la dévotion voulue pour célébrer le mémorial du Seigneur et recevoir fréquemment ce pain que le Père nous donne [1].

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La Fête-Dieu à Niederschaeffolsheim.
Photo Nestor Nongo Aziagbia

Quelle que soit la forme de cette dévotion, il est rappelé aux fidèles qu’ils sont les témoins de l’amour du Christ au cœur de la communauté humaine. Cette expression populaire de la foi met ainsi l’homme en marche vers Dieu et vers son prochain.

[1] Commission internationale francophone pour les traductions et la liturgie, Rituel de l’eucharistie en dehors de la messe, 2ième édition, Paris, Desclée – Mame, 1983, 1996, n° 80, p. 67.

Publié le 28 juin 2011 par Nestor Nongo Aziagbia