Qui sommes-nous ?

Une petite société missionnaire, société de vie apostolique selon la terminologie officielle, sans prestige, si petite en comparaison des grandes congrégations missionnaires. Le « moins nombreux de tous les peuples » [1], dispersé au milieu de peuples nombreux. Cela est-il bien vrai ?

A y regarder de plus près, ne sommes-nous pas le peuple le plus nombreux ? Les plus nombreux dans ce monde ne sont pas les riches, les puissants, les forts, semble-t-il, mais les pauvres, les faibles, les petits. Ceux-là sont nos frères et nous sommes les leurs.

En prenant conscience de cette réalité, nous ne ferons plus de complexe. Si nous voyons dans notre pauvreté la plus grande richesse, nous ne chercherons plus à « être comme les autres peuples » [2] avec un roi, des docteurs. Nous serons heureux d’être « comme des enfants contre leur mère, qui ne poursuivent ni grands desseins, ni merveilles qui les dépassent » [3].

Serait-ce pécher par pusillanimité ? Ce manque d’ambition serait-il condamnable ? Être pauvres avec les plus pauvres, n’est-ce pas un bel idéal ? Des pauvres qui ne comptent pas, qu’on ne compte pas, dont on ne tient pas compte, qui sont laissés pour compte. Certes, par moment, nous ressentirons le poids du mépris, « notre âme sera rassasiée du rire des satisfaits, du mépris des orgueilleux » [4] mais, au fond de nous-mêmes, si heureux de ne compter qu’aux yeux du Seigneur. Sachant et croyant que « ce qui est méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, Dieu l’a choisi, pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant lui » [5].

Et surtout sans oublier que notre existence a débuté par un échec retentissant, prenant ainsi part à l’échec de celui qui est mort comme un malfaiteur cloué a sa croix, abreuvé de vinaigre et d’injures. Et si cet échec à vue humaine fut un sacrifice, celui qui l’accomplit « obtiendra une descendance il prolongera ses jours » [6].Et puisque le crucifié a été écrasé à l’extrême, il aura été exalté au-delà de toute mesure. Il est devenu le Seigneur, le Maitre de l’univers. Et nous aussi, nous aurons part à son triomphe, à la mesure de notre échec réel ou apparent.

[1] Dan. Cantique d’Azarias.

[2] 1 Sam. 8, 20a.

[3] Ps 130.

[4] Ps 122.

[5] Cor 28-30.

[6] Is 52, 10b.

Publié le 13 juin 2014 par Alphonse Kuntz