Regards sur le monde

Regards sur le monde

Des extraits, sélectionnés par le Père Jean-Pierre Frey dans l’introduction-motivation de l’ouvrage d’Anne-Christine Fournier Regards sur notre monde [1]… « La vérité, même si elle dérange, est plus forte et plus puissante que la menace [2]. »

C’est cette vérité que je voulais entendre. Cette vérité qui dérange, qui, bouscule les idées reçues, qui est une remise en question de nos certitudes, de nos connaissances, de nos croyances. Il ne s’agit pas de séparer la pratique du discours philosophique, celui-ci fait partie intégrante du mode de vie. On ne peut pas apprendre la philosophie, dit Kant, il faut apprendre à philosopher, il faut s’ouvrir à philosopher. Ce n’est donc pas dans les livres que l’on apprend à philosopher. On s’y donne, s’y adonne. La philosophie, bien avant d’être une question, une quête, est un penchant, une inclination qui nous occupe, nous habite et que nous avons à faire fructifier. C’est, primordialement, avant tout, une praxis, une pratique qui continue à diriger la theoria, la théorie. Si l’on devait tenter de s’approcher de la sagesse, il s’agirait alors pour ce faire de se glisser dans la position du philosophe, de se risquer à une mise en question permanente, à un exercice et à une gymnastique constante de l’âme.

Pourquoi ai-je interrogé des philosophes contemporains ? Nous vivons quotidiennement un changement radical de nos conditions de vie. L’homme doit se réinventer, réinventer son mode de vie, sa pensée, son rapport à la société et au monde, son rapport à la religion. Dans un monde de plus en plus mondialisé, interdépendant, technicisé, la parole du philosophe me semblait donc plus que jamais nécessaire. Cette parole nous aide à décrypter le flux incessant d’images, d’informations, de marchandises qui irrigue la planète village.

C’est pour les faire réagir et mettre en résonance leurs pensées respectives que je suis allée à la rencontre des philosophes et plus particulièrement de cinq d’entre eux : Eric de Rosny, Bertrand Vergely, Edgar Morin, Jean-Luc Marion et Rémi Brague. En répondant à mes questions, ils donnent un éclairage original sur ce qu’est et sera notre société, et ouvrent de nouveaux horizons.

Leur pensée libre de tout conformisme exprime une perspective innovante sur le futur de l’humanité. Leur parole est comme un testament laissé à l’homme du XXIe siècle et aux jeunes générations.

Comment être homme face aux monstres qui nous dévorent : mondialisation, technologie, médias, politique, fractures sociales multiples, ignorance, maladies, guerres ? Comment affirmer son identité et ses croyances ?

Avec mon bâton de pèlerin, dans ma quête de vérité, j’ai arpenté un chemin de questionnement : « Dieu existe-t-il ? Les monothéismes peuvent-ils SE réconcilier ? Sommes-nous tentés par le manichéisme ? Le Mal est-il notre tache originelle, essentielle, dont nous ne pouvons nous débarrasser et qui nous conduit irrémédiablement aux pires horreurs ? Les préceptes christiques sont-ils les seuls à pouvoir nous sauver ? La tempérance, la prudence, le courage et la justice et les vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité sont-elles des vertus encore praticables dans notre monde ? » Toutes ces questions et bien d’autres restaient sans réponse. J’ai tenté de les éclaircir grâce à la parole de ces « proches de la sagesse » qui s’expriment sur tous les sujets de notre temps. À travers mes interviews, je voulais mettre en valeur les thèmes qui nous sont chers à tous, à nous et à eux : la réflexion philosophique porte sur des champs extrêmement contemporains, qu’ils soient scientifiques, littéraires, philosophiques, éthiques, religieux.

Il y a une interaction possible entre l’actualité et la pensée philosophique.

La quête du bonheur, les dangers de notre civilisation, la violence et le sacré, l’accès au savoir, les nouvelles technologies, les progrès de la science et de l’éthique, mais aussi les grands thèmes philosophiques et chrétiens, le courage la vérité, la liberté, le pardon, la maladie, la vieillesse, la souffrance, la mort, l’Autre, l’Amour, les monothéismes, les vertus, la foi, la charité, l’espérance et les valeurs du christianisme sont autant de concepts et de réalités qui s’inscrivent dans la mouvance contemporaine et qui sont, si nous les comprenons mieux, un gage de survie et de vie pour l’homme du XXIe siècle.

La retraite du mot a laissé place aux sciences, seul langage capable de décrypter le réel. Mais peut-on tout expliquer scientifiquement ? La technique peut-elle remplacer l’éthique et la spiritualité ? Le philosophe réveille la cité et dit ce que d’autres n’osent dire. Il construit l’avenir. Quelle place lui réserve-t-on dans notre monde contemporain ? Quel message d’espoir porter pour la nouvelle génération ?

Face à la violence et au sentiment spirituel d’une possible rédemption, toutes les civilisations ont eu à rendre compte de la réalité d’un monde invisible, d’un au-delà. Toutes les cultures ont tenté de donner un sens à la vie de l’homme sur la terre [3].

[1] Anne-Christine FOURNIER, Regards sur notre monde, Mame, 2012.

[2] Yeshayaouh Leibowitz, p. 14 du livre.

[3] Pages 14-17.

Publié le 8 mars 2016 par Anne-Christine Fournier