Rencontre avec Marc Arbogast

Le Musée vodou, initiative privée, voulue par Marie Luce et Marc Arbogast est aujourd’hui installé dans un ancien château d’eau qui a ouvert ses portes le 28 novembre 2013. Sur visite privée et guidée, un public strasbourgeois et international pourra y découvrir une collection exceptionnelle d’objets issus des cultures vodou d’Afrique de l’ouest. Il s’agit du premier musée de ce type au monde.

JPEG - 53 ko
Marc Arbogast et Adjoh Montassi, prêtresse à Comé (Bénin).
Photo David Arnold

Valérie Bisson : Racontez-nous votre rencontre avec la religion vodou.
Marc Arbogast : La rencontre avec le Vodou ne s’est pas faite d’un bloc ; derrière cette collection, il y a un cheminement ; celui d’un petit garçon fasciné par le Tarzan de Johnny Weissmuller, baigné dans la culture d’Albert Schweitzer, un ami de la famille, fasciné par les récits africains et totalement fictifs de son père… Dès que j’ai pu le faire, je suis parti pour l’Afrique, j’étais très jeune et le virus est resté. Au cours de mes pérégrinations, j’ai récupéré quelques fétiches et j’ai eu des contacts avec les sorciers. Il était alors très difficile de rentrer en contact avec le vodou, très localisé sur la côte des esclaves. L’histoire s’est construite peu à peu, puis je me suis ensuite totalement concentré sur le sujet.

Valérie Bisson : Votre collection est très impressionnante, elle fait l’objet d’un inventaire raisonné qui sort ces jours-ci, elle intéresse nombre de collectionneurs et d’ethnologues du monde entier…
Marc Arbogast : Le Vodou est une religion très ancienne qui est née dans l’ancien royaume du Dahomey et elle est aujourd’hui aussi une religion d’état. Le musée et l’ensemble de ma collection présentent des objets liés aux cultes des divinités dites Vodou d’Afrique de l’ouest ainsi que des objets utilisés dans des pratiques religieuses, le culte des ancêtres, la médecine traditionnelle etc. Le Vodou fascine par son aspect méconnu, sa puissance, ses mystères et ses représentations impressionnantes ; pourtant c’est une religion monothéiste qui s’entend très bien avec le christianisme. Elle intéresse autant les scientifiques, pour sa pharmacopée par exemple, que les anthropologues, pour le lien social qu’elle maintient grâce à l’action de ses prêtres. C’est un riche terrain d’étude et beaucoup de manifestations seront organisées autour du musée de Strasbourg avec des passerelles vers le musée du Quai Branly mais aussi des musées du monde entier.

JPEG - 91.1 ko
Marc Arbogast.
Photo David Arnold

Valérie Bisson : Comment s’est élaborée la création de ce lieu atypique ?
Marc Arbogast : Je cherchais un lieu en contact avec la région ; ce bâtiment était à vendre et je l’ai acheté il y a six ans sans réfléchir. C’était un bâtiment classé en train de s’effondrer… J’ai pu enlever trois cuves sur quatre afin de créer des espaces d’exposition dignes de ce nom ; le rez-de-chaussée héberge le centre d’étude, le premier étage héberge la collection permanente et présente une approche pédagogique, le deuxième étage est consacré au secret, le troisième espace abrite un défilé des costumes d’Egunguns et de Gélédés. Il y aura également un cycle de conférences, des visites contées pour les enfants, un ciné club et la possibilité de louer les lieux pour des manifestations privées.

Valérie Bisson : Vous avez beaucoup voyagé. Quel regard portez vous sur la ville de Strasbourg où vous vivez depuis toujours ?
Marc Arbogast : J’aime beaucoup cette ville, j’y ai grandi et je l’aime, c’est aussi pour cela que j’ai choisi d’y implanter mon musée. Je trouve cette ville extraordinairement belle, les touristes ne s’y trompent pas et la gastronomie y est de surcroît fort sympathique !

Propos recueillis par Valérie Bisson

JPEG - 73.2 ko
Marie-Luce Arbogast et Adjoh Montassi, prêtresse à Comé (Bénin).
Photo David Arnold

Musée Vodou
4 route de Koenigshoffen
67000 STRASBOURG
Visites uniquement sur réservation Musée Vodou
Catalogue : Vodou, autour de la collection Arbogast, sous la direction de Bernard Müller et Nanette Jacomijn Snoep, ed. Loco.

Publié le 29 novembre 2013 par Marc Heilig