Rendre grâce avec les Pères

Homélie de la fête des Jubilaires du 26 juin 2012 à Saint-Pierre [1]

Alors que le substantif jubilé indique entre autre « un anniversaire important, généralement cinquantenaire, d’un mariage, de l’exercice d’une fonction, et particulièrement du début d’un règne », le verbe jubiler est plutôt la manifestation d’une joie intense.
Nous y voilà. En effet, nous nous sommes rassemblés en ce jour pour nous réjouir avec certains de nos pères et de nos sœurs qui marquent les cinquante et soixante-cinq ans de leur engagement et de leur fidélité à la suite du Christ. L’occasion vaut véritablement une célébration. Et c’est avec raison que nous avons fait aujourd’hui le déplacement à Saint Pierre.

Le jubilé est avant tout la reconnaissance de la grâce de Dieu dans la fragilité de notre humanité. Saisis par l’Esprit du Seigneur, les jubilaires ont porté en eux cette Bonne Nouvelle qui les a éveillés à l’amour et à la sollicitude à l’égard de leurs frères et sœurs. Dans l’esprit de la mission, naguère confiée au prophète Isaïe, ils ont été « envoyés porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur [2] ». Cette page du prophète Isaïe apparaît davantage comme une feuille de route pour qui veut se mettre à la suite du Christ et se faire son disciple.

Les jubilaires se sont-ils laissé guider en tout point de vue par ce cahier de charge ? Il n’est point de mon ressort d’en juger. Toutefois je voudrais avec eux reconnaître la présence de Dieu au cœur des événements qu’ils ont vécus et lui en rendre grâce. Dieu se manifeste en effet au cœur de notre fragilité. La conscience de cette fragilité empêche parfois l’homme de prendre de la hauteur. Aussi trouve-t-il des excuses pour ne pas rendre grâce au Seigneur et chanter sa gloire. Pourquoi lui rendre grâce ? se demandent certains. Notre vie manque d’orientation et de sens, se rassurent-ils. Rien ne s’y passe ; rien ne se fait.
Néanmoins, le jubilé est une occasion qui nous est offerte pour faire en vérité le bilan de notre vie dans la lumière incandescente de l’amour de Dieu qui nous brûle. Comme le rappelle un cantique anglais, nous serons surpris en faisant le compte des bénédictions que chacun a reçues du Seigneur. Alors que nous nous sous-estimons, la grâce de Dieu nous a bien souvent précédés.

Avec une certaine docilité, les jubilaires ont répondu à l’appel du Seigneur. Ils se sont rendus disponibles pour témoigner en actes et en paroles de la sollicitude que Dieu manifeste à ses enfants. Telles sont les dispositions qui les ont fait partir loin de leur terre natale. Que ce soit au service de leur entité, dans leur ministère pastoral ou encore dans leur mission d’éducation, ils ont gardé à cœur le souci intégral de l’homme. Ils ont œuvré pour le plein épanouissement de l’homme, et de tout l’homme. Ils ont alors traduit à leur manière le principe directeur défini par le prophète Isaïe.

Dans l’aujourd’hui de la Parole de Dieu qui se réalise à travers les choix que nous opérons et surtout par notre docilité à l’Esprit du Seigneur, rendons avec les jubilaires grâce à Dieu qui fait de nous des témoins de son amour en dépit de notre fragilité humaine. C’est la raison pour laquelle nous devons nous réjouir dans le Seigneur et chanter à jamais ses merveilles.

[1] Textes : Is 61, 1-3a. 6a.8 ; Lc 4, 16-21.

[2] Is 61, 1b-2a.

Publié le 24 octobre 2012 par Nestor Nongo Aziagbia