Retrouver la raison

« Tu ne suivras pas une majorité qui veut le mal et n’interviendras pas dans un procès en t’inclinant devant une majorité partiale [1]. »

Ces paroles seraient-elles dépassées alors que beaucoup la reconnaissent comme Parole du Dieu qui n’est ni d’hier ni de demain, mais qui est éternel ? On pourrait pourtant le croire en considérant les démocraties dévoyées. Une saine démocratie est une chose que résume bien l’adage immémorial « Vox populi, vox Dei ».

Autre chose est la démocratie née d’un coup de force, se coupant ainsi de sa source. N’est-il pas ahurissant de voir avec quelle légèreté on traite de sujets aussi graves que les fondements de toute société, de tout vivre-ensemble ?

Et puisque nous parlons de démocratie, beaucoup pour voter ne suivent pas leur conscience éclairée par la raison, mais l’émotion du moment. Leur émotion avec laquelle savent si bien jouer les magiciens du verbe et de l’image, charlatans des temps nouveaux. Simplement ahurissant !

Qui n’a pas vu que les idéologues s’arc-boutent contre leur idéologie révolutionnaire, entre autres, mettant en jeu des cortèges de foules en délire ? Ils sont prêts à tous les sacrifices pour faire dure le mythe. D’ailleurs, n’ont-ils pas commencé par sacrifier à la déesse Raison au moment où eux-mêmes perdaient la leur ?

Pourquoi alors ne pas dire les choses comme elles sont ? Sera-t-on condamné pour avoir appelé un chat un chat, et un philosophe dévoyé un « voyou de l’esprit » ? Parlons-en, sans crainte des huées. « Les chiens aboient, la caravane passe », n’est-ce pas ? Quitte à nous en prendre aux dogmes de la nouvelle religion, celle qui a mis Dieu au rencart pour le remplacer par des succédanés.

La raison remplacée par l’émotion qui s’en prend à tout ce qui est ancien au nom du mythe de la nouveauté. « A temps nouveaux, ordre nouveau. » On n’en est toujours pas sorti. Ne perdons pas la tête pour autant. Il y aura bien un après, où les choses reprendront leur place d’elles-mêmes, même si c’est dans une synthèse nouvelle.

Ce gâchis aurait-il pu être évité ? Paul VI a fait remarquer que seules les réformes peuvent éviter les révolutions. Essayons de passer de l’autre côté de la toile, là où se nouent les fils. Nous verrons comment tout se tient au-delà des temps changeants, là où se situe la vérité durable. Allons-y à la suite de Pie XII. Il a sans doute simplifié à l’extrême. Il n’était pourtant pas simple d’esprit, mais plutôt clairvoyant. Il a partagé les temps modernes en trois grandes étapes. La première où l’Eglise est abolie en faveur du Christ. La deuxième où le Christ est aboli en faveur de Dieu, celui des philosophes. Souvenons-nous du cri : « Ecrasons l’infâme ! » La troisième où Dieu est nié au profit de l’homme. Que reste-t-il à abolir, si ce n’est l’homme lui-même ?

Nous sommes peut-être parvenus à cette époque ultime, à moins que l’homme, sortant de son délire, ne retrouve la raison.

[1] Exode 23, 2.

Publié le 21 août 2013 par A. K. sma