« Réveille-toi, Père Perrin ! »

Célébration des obsèques du Père Jean Perrin au sanctuaire Notre Dame de la Merci à Sotouboua.

« Réveille-toi, Père Perrin ! » C’est par ces mots qu’une jeune enfant, représentante des majorettes, a introduit son émouvant témoignage sur le Père Perrin, lors de l’enterrement : « Réveille-toi, Père Perrin [1] il est 15 heures, la sieste est terminée, tes enfants sont là pour jouer de la musique et ont besoin de toi… Le Père Perrin ne répond pas, il ne répondra plus, il est parti… Merci papa… [2] »

La veillée de prière
La liturgie d’adieu, qui s’est déroulée le jeudi matin 24 novembre, a été précédée, comme il se doit, par une veillée de prière qui a débuté le soir du mercredi vers 18h 30. Les gens du quartier et des deux paroisses de Sotouboua, l’évêque, un bon groupe de religieuses et de prêtres s’étaient rassemblés, sur l’esplanade du sanctuaire. La cérémonie a commencé par un chant de profession de foi, « Je crois en toi mon Dieu ». Des prières et quelques lectures de la Parole de Dieu [3], des chants exécutés par les diverses chorales présentes ont encadré la récitation du chapelet. Quelques témoignages ont aussi été donnés, dont celui du curé de la paroisse principale de Soutoboua, Saint François d’Assise. Il a évoqué les funérailles du Pape Jean-Paul II durant lesquelles une rumeur s’est mise à grandir « Santo subito ». Cela pourrait aussi arriver pour le Père Perrin. Il a insisté sur la « signature », telle la signature des artistes ou des architectes, que le Père Perrin a apposée partout où il a travaillé, par les nombreuses églises, écoles, dispensaires qu’il a fait construire, toujours reconnaissables au même style. Son œuvre, insistait-il doit être poursuivie. Il nous revient d’en prendre soin, de la pérenniser ou de la « perrinniser » [4].

La veillée officielle a duré un peu plus de deux heures. Une pause a ensuite été accordée pour laisser aux participants qui le voulaient la possibilité de partir. La veillée a repris, avec des prières, des chants en toutes les langues locales et de la musique, qui ont duré toute la nuit, interrompue par des cris et des tams-tams lors de l’accueil du corps du Père Perrin à 3h du matin. Il a alors été exposé dans le sanctuaire à droite de l’autel, sous la petite statue de Notre Dame de la Merci. Toutes ceux qui l’ont voulu ont pu venir le voir, jusqu’à 8h ce jeudi matin.

La liturgie des adieux
À 8h, prêtres et religieuses se sont retrouvés devant le corps à l’intérieur du sanctuaire pour le chant de l’office des défunts. Discrètement, tandis que les prêtres se préparaient pour la procession d’entrée, le corps a été déposé dans le cercueil, un cercueil ouvragé, loin d’être en bois blanc ou en planches de coffrage comme le voulait le Père Perrin. Il a été amené devant l’autel dressé sur le parvis du sanctuaire. Les prêtres étaient nombreux, peut-être une centaine, dont presque tous les confrères sma présents au Togo. Les gens, au premier rang desquels les personnalités politiques et locales, avaient occupé les chaises disposées sur les côtés. Ils arrivaient petit à petit, par milliers, envahissant les chemins d’accès et les espaces ombragés devant le sanctuaire. Les enfants des écoles catholiques, reconnaissables à leurs uniformes, avaient grimpé sur les murs de la clôture.

La célébration eucharistique, présidée par Mgr Célestin Gaoua, évêque de Sokodé, a été introduite par l’abbé Ernest Koula, curé de la paroisse locale de la Nativité du Seigneur. Elle a commencé avec les rites installant sur le cercueil la lumière, la croix, l’aube, l’étole, le calice, les Constitutions et Lois de la SMA, les fleurs. Plusieurs fois, par exemple pour l’acclamation de l’évangile, l’offrande, la proclamation du mystère de la foi, les majorettes et groupes des jeunes musiciens, dont l’existence revient au Père Perrin, ont pu se déployer.

À la fin de la messe, avant l’absoute et la bénédiction finale, des témoignages ont été lus, venant de la paroisse, de la communauté catholique de Blitta, du groupe des majorettes, du groupe Panorama [5], du représentant de la SMA, des autorités administratives locales. Le 16 décembre 2016, au nom du Président de la République, le ministre de « l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales » a remis la médaille nationale d’officier de l’ordre du Mono au Père Perrin à titre posthume [6].

La liturgie s’est terminée par le rite de l’absoute et par l’enterrement. Une tombe avait été creusée du côté droit, devant le petit mur de clôture qui délimite l’esplanade ; elle avait été cimentée et carrelée, selon la coutume actuelle, ce qui n’était pas la volonté du défunt. Tandis que le cercueil était descendu dans la fosse et que le Père Fabien Sognon, supérieur du district sma du Golfe de Guinée, procédait aux derniers rites de bénédiction, musique et cris ont retenti, les gens se précipitant vers la tombe, essayant de danser selon la coutume, empêchés dans leur mouvement par tout ce monde qui arrivait à peine à trouver place… Matthias, comme les femmes de l’évangile de Luc [7] lors de l’ensevelissement de Jésus, regardait. Tout était accompli selon la tradition, le Père Perrin avait eu droit aux honneurs et aux rites qui conviennent, il peut désormais reposer en paix. Matthias est le serviteur fidèle qui a servi comme chauffeur, assistant cuisinier, et personne à tout faire, à plusieurs confrères sma, à commencer par le Père Ugo Bosetti à Agbandi il y a une vingtaine d’années. Il a été le compagnon fidèle et attentif des dernières années et des derniers jours du Père Perrin, prenant soin de lui comme un fils de son père. Tout de suite après la cérémonie, la tombe a été recouverte d’une dalle en ciment. Déjà des petits groupes et personnes individuelles venaient se recueillir…

[1] « Père Perrin », ou simplement « Perrin », c’était ce par quoi il était familièrement connu et appelé.

[2] Les enfants, apprenant à jouer des instruments musicaux, se retrouvaient régulièrement auprès du Père Perrin pour des répétitions. Les dernières semaines avant sa mort, alors qu’il ne pouvait plus se déplacer et gardait le lit, ils venaient autour de lui, continuant à apprendre, autant pour leur propre joie que pour la sienne.

[3] Isaïe 25, 6-9 ; Romains 14, 7-12 ; Jean 17, 24-26.

[4] Une extension de l’école primaire sur le terrain du sanctuaire a été commencée, inachevée par manque de moyens, soit 12 millions CFA ou 20.000 €. Et bien sûr, il y a les grands projets de finition des dépendances du sanctuaire et de la construction de l’université.

[5] Le groupe Panorama est un groupe de jeunes qui se réunissaient tous les mois sous l’animation du Père Perrin pour réfléchir et échanger autour du thème mensuel de la revue Panorama à laquelle le Père Perrin était abonné.

[6] Certaines personnes se sont étonnées qu’on ait attendu le décès du Père Perrin pour lui remettre cette médaille, mais c’était oublier que, fuyant les honneurs, il l’avait plusieurs fois refusée. Cette fois-ci, il n’a pas pu refuser.

[7] Lc 23, 55.

Publié le 21 mars 2017 par Jean-Marie Guillaume