Roberto Pazzi

Se rendre chez le missionnaire Roberto Pazzi n’est pas une mince affaire. Il habite entre Adidotivi, petit baobab, et Adidotigan, grand baobab, non loin de Vogan (Togo). A Adidotivi, on bifurque à droite sur un sentier bordé de fleurs, de bougainvilliers et d’une allée de palmiers. A la fin du deuxième sentier on aperçoit un homme qui semble être sorti de sa case pour aller à la rencontre de visiteurs qu’il n’attendait pas, mais que le bruit du moteur annonçait depuis longtemps. Le sourire édenté de cet homme âgé n’enlève rien à la lumière qui semble habiter son regard. Il vous souhaite la bienvenue en ouatchi, la langue locale. Dans sa case, paillotte en terre rouge au toit de chaume, trône une table recouverte de livres. Trois chaises attendent les visiteurs dans cette pièce unique où il dort sur une simple natte. Pazzi est étonné quand on lui dit qu’on est venu le voir spécialement : « Moi ? Ma personne ne signifie rien. Je ne suis personne. C’est seulement mes idées qui existent ». Qui est donc Roberto Pazzi ?

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Roberto Pazzi.
Photo Gaétan Noussouglo www.togocultures.com

L’originalité de son approche réside à la fois dans sa formation et dans sa méthode de recherche sur le terrain. Ni historien, ni anthropologue, ni linguiste, dès le départ le Père Pazzi se révèle un chercheur exceptionnel. Sur le terrain, il s’applique à apprendre la langue locale pour s’attirer la sympathie des populations et s’y fondre entièrement.

Sa démarche témoigne de l’ambigüité des missionnaires à l’égard des religions traditionnelles. Si, pendant longtemps, ils se sont acharnés à démontrer le caractère idolâtre et satanique du vodou, l’approche sensible et intelligente de certains d’entre eux a plutôt révélé la richesse de cette mystique. Jusqu’à la visite que le Pape Jean-Paul II rendit aux prêtres vodous de Togoville en 1985. Au delà de la surprise des adeptes de toutes confessions, ce geste permit de tourner une page dans la grande histoire des malentendus interculturels.

Partisan d’une immersion totale, le Père Pazzi vit aujourd’hui sur la terre de Vogan, à l’écart des habitations, en un lieu-dit nommé par lui « ermitage atitsoga yayratoa », La Croix bénie, non loin de là où les navigateurs portugais plantèrent la première croix sur le sol ouest africain, en 1472. Il demeure l’un des spécialistes les plus réputés du vodou.

Publié le 16 janvier 2014 par Gaétan Noussouglo