Servez-nous et nous vous servirons !

L’origine de cette dévotion est un miracle qui eut lieu en Bavière. En 1445, un berger vit dans un champ du monastère cistercien de Lagheim un enfant en pleurs qui disparut lorsqu’on voulut le recueillir. Il réapparut ensuite en compagnie de 13 autres enfants. Il déclara au berger qu’ils étaient les quatorze intercesseurs et qu’ils désiraient qu’on leur construise une église à cet endroit.
- Si vous nous servez, nous vous servirons, aurait-il ajouté.
Quelques jours plus tard survint une première guérison miraculeuse. Les moines érigèrent alors une basilique qui est aujourd’hui encore un important lieu de pèlerinage.

Excepté St Gilles, les Saints Auxiliaires sont tous des martyrs. Leur vie mouvementée, jalonnée de miracles, de conversions et de supplices cruels que les légendes se complaisent à raconter, fournit les caractéristiques de leurs représentations et les raisons pour lesquelles on les invoque. Ils sont en général représentés ensemble et sollicités collectivement. La Vierge Marie se joint parfois à eux. Cette dévotion s’est largement répandue en Allemagne et en Suisse, mais aussi en France. On en trouve une image dans de nombreuses églises d’Alsace et de Lorraine [1].

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La Collégiale St Etienne à Hombourg-Haut.
Photo Marc Heilig

Nous allons faire la connaissance de ces saints avec le pèlerinage de Hombourg-Haut, en Moselle, où leurs effigies bordent un chemin de procession en haut d’une colline. La vénération semble ici antérieure à la Guerre de Trente Ans [2]. De nouvelles statues furent érigées au XVIIIe s., mais elles furent renversées à la Révolution. En 1898, le curé Victor Belner, désireux de raviver cette dévotion, en fit refaire par un tailleur de pierre. Tout au long de ce chemin se succèdent Cyriaque, Marguerite, Acace, Catherine, Georges, Pantaléon, Christophe, Denis, Eustache, Barbe, Blaise, Erasme et Gilles. Il faut ajouter St Guy, dont la statue a disparu [3]. On devait pouvoir les reconnaître aisément, c’est pourquoi leurs représentations obéissent à des stéréotypes dont les attributs sont connus de tous les fidèles [4]. Peter Dome, le sculpteur, s’est conformé à ces modèles, et s’il s’est parfois autorisé quelques libertés, on identifie immédiatement les saints que la région vénère tout particulièrement, comme St Christophe et Ste Barbe. On reste sous le charme de son travail un peu fruste et naïf qui donne à cet ensemble la saveur de l’art brut. Découvrons à présent les principales figures de ces saints compatissants.

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La Collégiale St Etienne à Hombourg-Haut.
Photo Marc Heilig

[1] Par exemple à Heckling et à Zetting en Moselle, à Hindisheim dans le Bas-Rhin, à Oberlarg dans le Haut-Rhin…

[2] On rapporte en effet que les Suédois, vers 1636, ont décapité les statues.

[3] Sa statue a été dérobée en 1960. St Guy est très vénéré dans la région. Il a près de Phalsbourg un sanctuaire rupestre à la grotte St Vit, l’autre nom sous lequel il est connu. Il est le patron des jeunes gens. On l’invoque contre l’épilepsie et les maladies nerveuses. Il sortit indemne de la poix bouillante dans laquelle on l’avait jeté, aussi le chaudron est-il son principal attribut.

[4] Il en allait déjà ainsi pour les divinités romaines : les attributs de leurs images, en particulier dans la sculpture gallo-romaine, les rendaient immédiatement reconnaissables.

[5] Ste Marguerite et St Pantaléon sont représentés deux fois à Hombourg car leurs effigies du XVIIIe s. ont été retrouvées et placées dans la chapelle Ste Catherine.

[6] Il partage cette fonction avec st Luc et les sts Côme et Damien.

[7] La statue est d’ailleurs fort abîmée et incomplète.

Publié le 28 juin 2011 par Marc Heilig