Souvenir d’un séjour au monastère de Toffo, au Bénin

Le récit d’une implantation

La tradition de la retraite des séminaristes sma au monastère de Toffo se renouvelait pour la deuxième fois avec notre promotion en 1994. Partis en convoi de Calavi, le petit pèlerinage nous conduisit dans les enceintes du monastère Saint Joseph qui a été érigé en octobre 2008 en Prieuré conventuel sous la vigilance de Mère Marie-Reine, élue première prieure le 17 janvier 2009 [1].

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Le monastère de Toffo
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Dans la pure tradition monastique, ce lieu a été voulu comme un havre de silence et de recueillement pour des hommes et des femmes en quête de Dieu. Ce fut dans cet esprit que Mgr Gantin, alors archevêque de Cotonou, demanda en 1958 aux Bénédictines de Vanves d’établir une fondation dans son diocèse. Plusieurs années plus tard, en 1965, la requête fut honorée avec l’envoi des deux premières sœurs. Au fil des ans, la communauté s’est agrandie, passant d’un nombre stable de 6 à une douzaine de professes, au nombre desquelles les Béninoises sont aujourd’hui de loin majoritaires. Les grains portés timidement en terre se sont enracinés et donnent désormais de très beaux fruits.

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Monastère de Toffo. Plaque décorative
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Un séjour spirituel

Il est de coutume, dans la vie religieuse, de faire précéder tout engagement important par un temps de réflexion. Ce moment de recueillement est communément appelé retraite spirituelle. Comme le mot l’indique, la personne se met en retrait de ses activités courantes pour apprécier l’impact du choix qu’il va entreprendre ou évaluer les implications de ceux qu’il a déjà pris. C’est donc un moment d’introspection. L’individu se met en vérité, sans artifice et dans la nudité de son être, devant le Seigneur.

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Monastère de Toffo. Plaque décorative
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La Société des Missions Africaines ne fait pas exception à ce principe. Aussi, avant la prise du premier serment temporaire à la fin de l’année spirituelle, tous les séminaristes que nous étions furent conduits au monastère des sœurs bénédictines à Toffo, sur l’axe qui mène de Cotonou, la capitale économique du Bénin, au nord du pays. L’objet de ce séjour à connotation spirituelle était que chacun puisse scruter son cœur et discerner s’il était vraiment appelé à donner sa vie à Dieu et au service de l’homme dans la Société des Missions Africaines.

L’expérience de la beauté

Chaleureusement accueillis à notre arrivée par la sœur hôtelière, nous prîmes possession de nos quartiers après les consignes pratiques. Dès les premières vêpres, un accord unanime se fit autour de la beauté physique des moniales. Quel gâchis, regrettaient certains ! Ces belles créatures auraient pu combler un homme en fondant une heureuse famille.

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Monastère de Toffo. La communauté à la chapelle
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Toutefois, force est de constater que cette harmonie se décline dans tous les aspects de la vie du monastère. Les domaines sont énormes. Je citerai pour ma part l’emplacement géographique, le grand parc boisé, la diversité et la variété des fleurs, sans oublier le chant des oiseaux qui invite au repos, à la sérénité et à la méditation. Par ailleurs, l’architecture est un splendide chef-d’œuvre qui reprend fabuleusement le motif des palais royaux de l’ancien royaume d’Abomey en le transcrivant dans un langage chrétien. C’est un bel exemple d’inculturation réussie. L’art béninois sert là de support à la transmission du message chrétien. On pourrait dire la même chose de la splendeur de la liturgie. Le chœur angélique des moniales et la grâce avec laquelle elles exécutent chaque geste ne pouvaient que fasciner. Il n’est donc pas étonnant que même ceux qui s’adonnaient avec parcimonie aux pratiques religieuses aient été emportés par ce grand élan de spiritualité. D’emblée ils le trouvaient si normal qu’ils n’hésitaient pas à participer aux offices des heures même, au milieu de la nuit.

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Monastère de Toffo. La communauté des soeurs
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La contemplation de Dieu

Cette expérience n’est pas sans rappeler la notion de la beauté chez saint Augustin [2]. De prime à bord, ce sentiment paraît futile. Mais, dans l’admiration de l’œuvre créatrice de Dieu, l’homme s’ouvre au Créateur. En effet, la beauté est sans cesse tendue vers la contemplation de Dieu.

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Une soeur de Toffo au travail
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Aussi pouvons-nous clamer avec le psalmiste : « J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple [3]. » Dès lors on pourrait reconnaître dans cette intention l’objectif que les moniales se sont donné, à savoir l’annonce du Christ dans le silence et la louange de leur monastère.

[1] Le monastère de Toffo

[2] En ce qui concerne l’homme, Jean-Michel Fontanier retient de la pensée de l’évêque d’Hippone une définition plutôt synthétique : « Mais cet écart entre les principes de son anthropologie et sa vision concrète de la beauté humaine a, pour ainsi dire, un alibi eschatologique. Le destin ultime de l’homme est, en effet, la révélation de la totalité de sa forme propre, la parfaite expression d’une âme en un corps qui deviendra non seulement son signe évident (σήμα) mais son « symbole » (σύμβολον) : partie nécessaire de la totalité, harmonisée à la totalité, et image de la totalité ». Cf Jean-Michel FONTANIER, La Beauté selon Saint Augustin, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1998, p. 128.

[3] Ps 26, 4.

Publié le 29 mars 2011 par Nestor Nongo Aziagbia