Tant qu’il le faudra… nous protesterons

Qu’est ce qui nous rassemble donc chaque mois en silence autour d’une lampe tempête et qui transcende nos diversités culturelles, sociales, politiques, religieuses, générationnelles ? Quelque chose de très bête, de basique, d’élémentaire, qui est la nécessité, un moment, de se lever pour dire non lorsque notre propre humanité est mise en péril.

Pour emprunter l’expression de notre psychanalyste du terroir, Charlotte Herfray : Non, il y a des choses qu’on ne fait pas ! Non il y a des choses qu’on ne fait pas si on veut encore se reconnaître comme un « Mensch ».
Non, on ne renvoie pas des demandeurs d’asile dans un pays où ils sont en danger de mort ;
Non, on n’arrache pas un père ou une mère à ses enfants ;
Non, on n’enferme pas des enfants dans une prison, et le fait que cette prison s’appelle Centre de Rétention ne change rien pour eux ;
Non, on ne renvoie pas une personne gravement malade dans son pays d’origine où elle n’aura pas accès aux soins ;
Non, on ne brise pas la vie de quelqu’un qui l’a construite ici depuis une décennie en travaillant, en payant ses impôts, en y fondant tout son cercle familial et social ;
Non, on ne renvoie pas une grand-mère dont toute la famille est en France et qui veut juste finir sa vie auprès des siens ;
Non, on n’arrête pas ces mêmes personnes à proximité des Restaurants du Cœur, des abris de nuit, de Médecins du Monde, de la maison Casalis où travaillent Casas et la Cimade... là où vont les plus pauvres et les plus vulnérables d’entre nous pour juste avoir à manger, avoir un lit pour la nuit, être soigné, espérer régulariser leur situation administrative ;
Non, il y a des choses qu’on ne fait pas, et rien de ce qu’on pourra nous raconter de la real politik n’y changera rien.

Il ne s’agit malheureusement pas de mots. Non ! Il s’agit de faits. Tout cela se fait quotidiennement et partout, à Strasbourg comme dans toutes les villes de France et, plus alarmant encore, dans toute l’Europe qui est sur le même versant sécuritaire. Tout cela se fait bien banalement, et nous refusons la banalité du mal.

Albert Camus nous disait qu’une société se juge à l’état de ses prisons. Elles ne sont pas belles comme vous le savez et nombre de personnes sans papiers contribuent d’ailleurs à les surpeupler alors qu’elles n’ont jamais fait de mal à personne, ces hommes, ces femmes, ces enfants sans défense et pourchassés par la police.

[1] Des Cercles de Silence ont lieu aussi dans d’autres villes d’Alsace, notamment à Colmar, Mulhouse, Haguenau, Guebwiller, et à Saverne le 30 de chaque mois, de 18 à 19h, place Général de Gaulle. Plus d’info : http://cerclesdesilence.info

Publié le 20 juin 2011 par Simone Fluhr