Témoignages

Du fin fond des Vosges jusqu’à Sinématiali…

Quelque part au fin fond des Vosges du nord, une imposante bâtisse adossée à l’église du village a longtemps résonné des chants et prières de ceux qui y sont passés. Avec bienveillance et patience, Jacques nous a emmenés revisiter la pastorale et donné le goût d’aller toujours plus loin dans le partage et la richesse de l’échange.

De grandes balades en belles soirées contemplatives, nous avons avancé grâce à l’indissociable solidarité qui tous nous lia. Avec simplicité et attention, mais aussi truculence et convivialité, Jacques nous a accompagnés et aidés à grandir. Nous avons patiemment cheminé, de joggings bibliques en veillées de prière, grandi dans l’espérance et la foi, accompli tout ou partie de nos rêves, avec au fond du cœur, comme pour le tapisser d’une enveloppe protectrice, la douce espérance de pouvoir donner au moins autant que nous avions reçu.

Cette formidable aventure humaine nous a emmené en Côte d’Ivoire. C’était en 1983, cela fera trente ans cette année. Nous étions sept à accompagner Jacques cet été là, après avoir multiplié les actions pour financer notre périple longuement préparé : Christine, Geneviève, Marie-Claude, Antoine, Guy, Philippe et moi. Presque trente ans, et pourtant j’ai l’impression de me souvenir de chacune des journées de ce voyage, tant il fut riche de rencontres généreuses et inoubliables.

Hébergés au dispensaire de Sinématiali, nous avions découvert le nord de la Côte d’ivoire en sillonnant la région à bord d’une mythique 404 bâchée, héroïne bien malgré elle d’une hymne longtemps chantée par une petite troupe toujours vaillante, renforcée dans sa foi par les nombreux témoignages partagés lors de ce séjour.

Aujourd’hui, je peux dire qu’il y eu un avant et un après, et l’indécision relative que peut connaître tout jeune adulte se préparant à affronter la vie active, sans trop savoir par quel bout commencer, s’est vite estompée par la perspective de vouloir orienter ma vie professionnelle dans une dimension d’échanges et de partages.

En cela, je suis pleinement heureuse. Et sur mon bureau, j’ai un gri-gri qui me suit partout : un petit cadre abritant le billet de train de Bobo-Dioulasso à Ferkessédougou, cet épique voyage pendant lequel nous avons fait nos premières rencontres africaines.

Aujourd’hui, le ciel est gris, mon cœur est triste, mais une petite voix me dit qu’avec l’ami Brassens et l’ami Brel, vous êtes déjà en train d’accorder vos guitares pour nous en chanter une bien bonne... Dans ma mémoire, un refrain s’impose, et à l’évidence, il me trottera dans la tête en ce vendredi de février : « J’veux qu’on rie, j’veux qu’on danse, j’veux qu’on s’amuse comme des fous, j’veux qu’on rie, j’veux qu’on danse, quand c’est qu’on m’mettra dans l’trou [1]. »

Ingrid, Groix, le 19 février 2013

Expériences inoubliables à Dambach-Neuhoffen

Avec Jacques, nous avons cheminé de l’âge de l’adolescence à l’âge adulte. Il nous a appris qu’être chrétien, c’est être joyeux, aimer la vie et vivre enraciné dans ce monde en s’y mêlant, s’y engageant.

Il nous a appris aussi qu’être chrétien, c’est puiser sa force dans la prière quotidienne, la lecture de la parole de Dieu et l’eucharistie. Que c’est une discipline et que parfois il faut savoir faire violence à la fatigue et à la paresse. Il nous a appris à toujours aller de l’avant, à avoir des projets et à ne pas vivre sur des regrets.

Alors aujourd’hui, si nos cœurs sont tristes de son départ, nous continuons notre chemin avec tout ce qu’il nous a appris, sûrs qu’il nous entrainera sur le chemin vers l’éternité. Nous rendons grâce à Dieu pour tout ce que nous avons vécu avec lui.

Geneviève, Waltembourg

[1] Le moribond, Jacques Brel.

Publié le 11 juin 2013 par Marc Heilig