Tous les chemins...

... mènent à Rome. C’est connu. Ce n’est pas seulement une image, un symbole.

Ce fut une réalité au temps de la Rome antique. Les grands axes routiers partaient de Rome et y ramenaient. Ce sont eux qui garantissaient le pouvoir de Rome sur tout le bassin méditerranéen et bien au- delà, jusque sur les froides brumes du Nord. Ils permettaient le déplacement rapide des légions, la force de l’empire, du centre vers la périphérie. Un empire colossal.

Sa force : l’organisation. Bien longtemps avant l’informatique, Rome possédait le génie de l’organisation. Un miracle (chose étonnante). Et pourtant un virus s’était introduit dans le système, le rongeant de l’intérieur : le culte du divin empereur. Le choc était inévitable avec cet autre empire, celui de Dieu dont témoignaient les psaumes : « ton empire pour les âges des âges [1] ». L’orgueil aveuglait nombre d’empereurs et leurs courtisans. L’orgueil et la cupidité.

Une lutte à mort s’instaurait, une persécution effrénée contre ceux qui au nom de leur conscience, par fidélité à la vérité, refusaient de plier le genou devant la statue de l’empereur.

Les chrétiens ont payé le droit de diffuser la Bonne Nouvelle au prix fort, celui de leur sang. Comment ne pas admirer les voies choisies par la Providence ? En même temps que l’empire s’acharnait contre l’Eglise avec la volonté de la détruire, ses voies servaient à la diffusion rapide de l’évangile. En s’attaquant à la hiérarchie de l’Eglise, il libérait la Parole. Car, dit saint Paul, « on n’enchaîne pas la parole de Dieu [2] ».

Même si on dit que « comparaison n’est pas raison », risquons-la avec ce qui se passe aujourd’hui. Un autre empire s’établit, sans empereur. Son pouvoir tentaculaire, sans tête, qui ne montre pas son visage, effrayant comme une vision d’Apocalypse [3], est servi par une machine formidable, les medias modernes surpuissants. Rien, ni personne, ne semble en mesure de lui résister.

Ce n’est certes pas nouveau. L’Apocalypse tout justement en présente l’archétype, qui vaut pour tous les temps. N’a-t-on pas vu, il n’y a pas si longtemps de cela, un empire qui prétendait durer mille ans ? On y a vu apparaître, sur le modèle présent dans l’Apocalypse du faux-prophète au service de la Bête, un ministre de la propagande « inspiré » capable de remuer les masses en délire. C’était l’antithèse parfaite de l’empire qu’annonçaient les prophètes, les vrais. Une contrefaçon qu’on eut pu juger grotesque, n’eussent été les millions de morts qu’elle a laissés derrière elle. Plutôt tragique.

Aujourd’hui, le décor a changé. Le schéma reste inchangé. Le temps qui passe a affiné le système, moins brutal, plus subtil et d’autant plus dangereux que la propagande y est administrée en doses homéopathiques. A long terme, la pensée de Dieu devrait disparaître de l’esprit des masses, à moins que ces médias, une fois encore, ne servent finalement à la diffusion de la Bonne Nouvelle. Ce serait une répétition de ce qui s’est passé au début, alors qu’on dit, à tort ou à raison, que l’histoire ne se répète pas. Quoiqu’il en soit, nous savons, ou plutôt nous croyons, que le Maître de l’histoire veille, « lui qui fait tout contribuer au bien de ceux qui aiment Dieu [4] ».

Il a donné la victoire à son Christ, lui donnant le pouvoir de tirer le bien du mal. Cette victoire du Ressuscité s’étend à l’histoire tout entière et la traverse de part en part. Le dernier mot lui revient, à Lui que l’Apocalypse appelle, non sans raison, l’Alpha et l’Oméga.

[1] Ps 144.

[2] Tim 2, 9

[3] Lire Elija, une apocalypse, de Daniel O’Brien.

[4] Rom 8, 28.

Publié le 25 novembre 2013 par A. K. sma