Tout chemin mène à Rome

Dès l’annonce de ma nomination comme évêque de Bossangoa en Centrafrique, beaucoup d’amis n’ont cessé de me demander : « A quand ton départ à Rome ? » Désormais c’est chose faite. Certes cette phase est importante dans la manifestation de la communion au Saint Père. Je me suis acquitté de cette procédure à la Nonciature apostolique de Bangui où j’ai émis la promesse de fidélité au Pape et fait ma Profession de foi en présence du cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, et de Thaddeus Okolo, Nonce apostolique en Centrafrique et au Tchad.

A l’issue de l’ordination épiscopale, j’ai été invité à la session de formation qui est organisée tous les deux ans à l’intention des nouveaux évêques. Nous sommes 91 à prendre part à ce programme. Il convient de le préciser, les évêques sont répartis en deux groupes et dépendent de deux autorités différentes. L’un dépend du dicastère des Evêques. Dans le langage civil, cette structure vaticane correspond au ministère chargé des évêques. Ce groupe est constitué essentiellement des Evêques issus des Eglises locales d’Europe et d’Amérique du Nord, notamment les Etats-Unis et le Canada.

Le deuxième groupe, auquel j’appartiens, dépend de la Propaganda Fide, c’est-à-dire la congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. Il est de loin le plus important numériquement. En effet, il est constitué d’évêques venant des pays dits de mission en Afrique, en Amérique Latine, en Asie et en Océanie. Du 3 au 15 septembre 2012, l’Eglise était représentée dans sa catholicité au Collège pontifical Saint Paul Apôtre à Rome. Nous avons fait l’expérience de la pentecôte grâce à la magie de la technique nouvelle de communication. La traduction instantanée en français, anglais, portugais et italien a permis à presque tous les participants de bien profiter de ces deux semaines de formation.

L’intensité du programme, la densité et la richesse des thèmes, ont contribué à la réussite de la session. On peut d’ores et déjà affirmer que la Congrégation a atteint son objectif. Est-ce que les participants sont devenus pour autant de bons évêques ? C’est une autre paire de manches ! J’en laisse l’appréciation aux collaborateurs, tant laïcs que religieux, religieuses et prêtres diocésains. Néanmoins, de précieuses indications nous ont été fournies pour la réussite de notre ministère. La session n’a rien laissé au hasard. Elle a couvert un large spectre de la charge pastorale de l’évêque comme l’indique le programme détaillé des interventions. Ces dernières ont été assurées par des personnes qui ne sont pas seulement compétentes, mais aussi à la pointe dans leur domaine respectif. Le tableau ci-après permet en effet de se représenter la variété des sujets traités lors de cette session :
L’actualité de la Mission Ad Gentes dans le monde et l’Eglise aujourd’hui ;
La Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples (origine, développement, compétences, problèmes, défis…) et ses entités dépendantes (universités, instituts affiliés, collèges) ;
Le munus sanctificandi : la liturgie et la sanctification de l’Eglise ;
Le Synode des Evêques et la communion épiscopale ;
Les facultés spéciales et la praxis de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples ;
La doctrine sociale de l’Eglise et l’Evangélisation ;
Les OPM : structures, compétences et activités ;
La spiritualité de l’Evêque ;
La participation des laïcs à la vie et à la mission de l’Eglise ;
L’Evêque, comme responsable des programmes pastoraux et la nécessité de constituer des structures diocésaines de collaboration ;
L’Evêque et l’exercice du munus gubernandi ;
La paternité de l’Evêque vis-à-vis des prêtres et la formation permanente du clergé ;
L’Evêque et l’utilisation des moyens de communication dans l’Evangélisation ;
L’Evêque et la formation dans les Séminaires et du clergé diocésain ;
L’Evêque et l’administration de la justice ;
Le service administratif et financier de l’Evêque dans le diocèse ;
Le Saint Siège et les relations avec les Etats ;
Le ministère épiscopal au service de la Famille et de la vie ;
L’Evêque et la vie consacrée dans l’Eglise : communion et mission ;
L’Evêque et les organisations caritatives dans les Pays de Mission ;
L’Evêque et le dialogue interreligieux et œcuménique dans les territoires de mission ;
L’Evêque et l’exercice du munus docendi ;
La famille dans la culture post-moderne du monde aujourd’hui.

Au-delà de la mise à jour, j’ai particulièrement apprécié l’expérience de la collégialité, de l’amitié et de la fraternité qui était manifeste dans les relations que nous avons entretenues les uns avec les autres. La profondeur et la sincérité de ces échanges ont favorisé une plus grande communion dans le partage des joies et des défis que chacun est appelé à relever dans l’exercice de son ministère.

Aussi pouvons-nous relativiser nos malheurs, et même en rire. En ce sens, la session a été une bonne thérapie pour un ministère fructueux et équilibré. Il ne faut surtout pas se prendre la tête pour ce qui dépasse nos capacités humaines. Notre consolation réside dans le fait que la mission appartient d’abord à Dieu. Même si la triple charge de sanctifier, d’enseigner et de gouverner nous incombe, notre volontarisme et notre capacité intellectuelle ne suffisent pas à eux seuls.

C’est pourquoi nous devons absolument compter sur la grâce de Dieu et nous laisser porter par lui. D’ailleurs, nous ne sommes que des serviteurs inutiles ou des intendants d’une œuvre ou d’un projet qui nous dépasse. Heureux serons-nous lorsque le maître nous dira « serviteur bon et fidèle… entre dans la joie de ton seigneur ». J’ai perçu cette dépendance dans l’insistance que les différents intervenants ont accordée à la qualité de l’écoute. La bonne gestion d’un diocèse ne se résume pas uniquement à l’application servile des principes canoniques, mais plutôt dans la qualité des bonnes relations qui déterminent l’évêque comme un père, un frère et un ami.

L’une des problématiques qui est revenue tout au long de la session est l’identification de la figure de l’évêque. La question semble être bien tranchée. Le code du droit canonique et les textes conciliaires perçoivent en lui un pasteur, un maître, un guide et un père. Dans le contexte actuel de crises institutionnelles liées à la perte de repères, la figure du père est-elle encore porteuse de valeurs ? La question se pose d’autant plus que dans certaines cultures, la figure du père n’appelle pas nécessairement la proximité.

Le sérieux de cette session de formation et d’initiation à la charge épiscopale a été modulé par trois moments que je considère comme des temps de grâce, à savoir l’audience avec le Saint Père dans sa résidence d’été à Castel Gandolfo, le pèlerinage à Assise et la messe de clôture présidée par le Préfet de la Propaganda Fide à la Basilique Saint Pierre. Au moment prévu pour l’audience, le Pape recevait encore un groupe d’évêques colombiens en visite ad limina. Il nous fut alors accordé l’exceptionnel privilège de visiter son jardin privé qui est d’une beauté exquise.
Le pèlerinage à Assise nous a menés sur les pas du « poverello » qui a marqué l’Eglise par la radicalité de son témoignage évangélique. Non seulement les pères conventuels qui sont les gardiens du lieu nous ont accueillis à leur table, mais encore nous ont-ils fait découvrir la richesse culturelle, spirituelle, intellectuelle et religieuse du site. Même si la visite parut être menée à pas de course, elle nous a fait faire, à nous qui venions pour la première fois, un énorme saut dans l’histoire de l’Eglise. Enfin, la concélébration eucharistique qui clôturait le séminaire a mis en valeur le caractère apostolique de notre ministère dans la communion avec le successeur de l’Apôtre Pierre.

Comme le rappelle ma devise épiscopale, et à la manière des premiers disciples, nous sommes venus, nous avons vu. Loin de vouloir planter nos tentes dans la ville éternelle, le service nous attend dans nos diocèses respectifs. Soutenus par la prière de toute l’Eglise, la vérité de notre ministère ne se manifestera pleinement que dans le témoignage de notre vie. Aussi, rafraichis par cette formation, devenons d’authentiques témoins de l’amour de Dieu auprès de nos frères et sœurs.

Monseigneur Nestor NONGO AZIAGBIA SMA
Evêque de Bossangoa (RCA)

Publié le 11 février 2013 par Nestor Nongo Aziagbia