Travailler ensemble, cela crée des liens !

Kombolokoura est une Mission de première Evangélisation. Sur les 37 villages contactés, il n’y a que très peu de baptisés, mais le christianisme y est bien vu en général.

Le rôle de la Mission
La Mission, en effet, intervient dans beaucoup de domaines qui touchent la vie de tous les jours de la population : santé, écoles, développement… Le contact direct avec les autorités traditionnelles permet des échanges de confiance, crée des liens avec la Mission et, en fin de compte, instaure un climat d’amitié où l’on peut aborder tous les domaines de la vie des villages : échanges de nouvelles, conseils mutuels, éducation des jeunes, salubrité publique, organisation des marchés et prix des denrées produites à la sueur de leur front, protection de la nature… bref tous les domaines de la vie courante.

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La communauté chrétienne de Pygnon autour du P. Kunegel.
Photo Pierre Kunegel

La population étant illettrée, le Père, et à travers lui les catéchistes, sont souvent porteurs des nouvelles régionales et nationales qui, par le bouche à oreille, atteignent ainsi les villages et les campements les plus reculés de la Mission. Il n’est pas étonnant alors que les autorités traditionnelles demandent à la Mission d’intervenir auprès des responsables politiques et gouvernementaux pour obtenir soit une école, soit un dispensaire, soit la réfection de pistes ou le lotissement d’un village isolé. Tous les chefs des villages, surtout les plus peuplés, ont envie de valoriser leur commune. C’est pourquoi ils sollicitent la Mission pour qu’elle implante un lieu de culte qui, la plupart du temps, est le plus grand bâtiment de l’endroit et souvent le mieux entretenu.

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L’église de Pygnon.
Photo Pierre Kunegel

Tout commence à Pygnon
Ainsi Katiénéfoa, le chef de Pygnon, musulman de surcroît, a voulu que j’en construise un dans son village. Ce fut le premier que je réalisai dans le secteur ; il remplaçait une cabane qui menaçait ruine et se trouvait aux abords d’un petit marché local. Je m’interrogeai sur les motivations du chef jusqu’au jour où il me dit son regret de ne pouvoir devenir chrétien à cause de son statut social dans le village. Il s’est créé une grande amitié entre nous et nous avons eu des échanges profonds sur la foi et le salut apporté par Jésus Christ à tous les hommes de bonne volonté. Il surveilla lui-même les travaux et veilla à ce que la population participe au chantier par la main d’œuvre ordinaire, l’apport de l’eau nécessaire et la fourniture du repas pour tous les ouvriers. L’archevêque, Mgr Marie Daniel Dadiet vint bénir cette chapelle « St Pierre et St Paul » en présence de toutes les autorités du village, qui occupèrent les premiers bancs durant la cérémonie. Le chef avait fait appel à différents orchestres et organisé l’accueil des gens qui étaient venus d’ailleurs.

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La chapelle de Doforovogo.
Photo Pierre Kunegel
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La chapelle de Kakwavogo.
Photo Pierre Kunegel

Par la suite, d’autres villages désirèrent avoir, eux aussi, un lieu de culte pour se rassembler. C’est ainsi que j’ai construit la chapelle « Ste Thérèse de l’Enfant Jésus » à Doforovogo et la chapelle « Ste Odile » à Kakwavogo. Ces deux petits villages avaient une communauté composée surtout de personnes âgées très pratiquantes, mais les chapelles permirent aux jeunes de se rapprocher des fidèles et, par la suite, de participer aux célébrations.

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La chapelle de Dassoumgboh.
Photo Pierre Kunegel

Dassoumgboh se trouve sur la piste de Korhogo, à une quinzaine de kilomètres de Kombolokoura. C’est un village important, avec un grand marché hebdomadaire, qui deviendra chef-lieu de sous-préfecture. Il est aussi appelé à devenir paroisse dans un proche avenir. La plupart des célébrations se faisaient en plein air car la maison qui servait de chapelle était bien trop petite pour contenir les fidèles. Avec les autorités et les chrétiens, nous avons décidé de faire bâtir un lieu de culte de 300 places environ. Ce qui m’a étonné, c’est que toute la population y a travaillé avec entrain. L’édifice a été construit en un temps record. Le jour de sa bénédiction, une foule nombreuse est venue des villages des environs. Par la suite nous y avons déposé une sculpture représentant « St Joseph » protecteur de la Ste Famille et patron de la future paroisse.

Nidyon, un village symbolique
Un jour, le chef de Nidyon a participé à une veillée funéraire dans un village proche de Korhogo. Toute la nuit fut consacrée à la prière et à l’enseignement de la parole de Dieu, sous la direction du Père Pierre Lévêque, prêtre Fidéi Donum du diocèse de Strasbourg. Le lendemain matin, après l’enterrement, le chef lui a dit : « Mon Père, la parole que tu as dite durant la nuit, il faut venir nous la porter dans mon village. » Le Père Lévêque est donc allé à Nidyon, d’où il a rayonné dans les bourgs des environs [1].

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La communauté chrétienne de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel
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L’église de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel

Comme la Bonne Nouvelle est partie de Nidyon, et que les célébrations y étaient très fréquentées, nous avons souhaité y construire un lieu de culte de bonne taille [2]. Cela réjouit tout particulièrement Bathélémy, responsable des chrétiens du village et fils du chef qui avait autrefois fait appel au Père Lévêque. En mémoire de ce dernier, la chapelle est dédiée à « N.-D. de l’Epiphanie » car il a fini sa vie au pèlerinage des Rois Mages de Gildwiller, où l’on vénère aussi la Vierge Marie.

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Dans l’église de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel

Réalisations récentes
Le chef de Dassoumblé est aussi venu me trouver à la Mission et m’a dit son désir d’avoir un lieu de culte pour son village. Il m’a précisé qu’il avait contacté les chefs des 7 autres bourgs alentours qui sont concernés [3]. J’en ai fait part aux chrétiens et, lors d’une réunion, un dimanche après la messe, nous nous sommes mis d’accord avec les chefs, qui avaient assisté à la cérémonie. Les travaux ont commencé en septembre 2010. Malheureusement, je suis tombé malade en novembre et j’ai été rapatrié en décembre. Mais la construction a continué, avec comme intermédiaire le Père Pierre Chassaigne, de Korhogo. L’entrepreneur a terminé vers la mi-janvier 2011. C’est une chapelle de plus de 300 places qui est consacrée au « Sacré Cœur de Jésus ».

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La chapelle de Dassoumblé.
Photo Pierre Kunegel

Il reste encore un village important, Kombolokoro, qui n’a pas de lieu de culte. Les démarches ont été faites et les travaux devraient commencer. J’espère que ce chantier pourra se réaliser dans un proche avenir. Ainsi, dans la plus grande partie de la Mission, les fidèles auront moins de 4 km à faire pour assister aux célébrations. Lorsqu’il n’y a pas de messe, les catéchistes assurent des prières et enseignent la Parole de Dieu d’après les lectures du jour dans chacune de ces chapelles. Plus tard, au fur et à mesure que les communautés chrétiennes se développeront et que se multiplieront les paroisses, il faudra en envisager dans d’autres villages.

Construire un lieu de culte est très important lorsque la population et les autorités le demandent. Non seulement cela donne une visibilité à la petite communauté des chrétiens, mais cela les rapproche aussi des gens qui ne viennent pas aux célébrations. En effet, chaque fois que j’entreprends un nouveau chantier, je précise aux autorités villageoises que ce lieu de prière concerne toute la population, et pas seulement les chrétiens. Je demande alors que les habitants participent : les jeunes pour la main d’œuvre, les femmes pour l’eau, le village pour nourrir et loger les ouvriers. Tout cela rapproche les gens entre eux et, lorsque l’ouvrage est terminé, ceux qui y ont participé viennent tout naturellement se joindre à la communauté. Car ils ont travaillé ensemble à bâtir cet édifice, c’est une œuvre dont ils sont fiers, et cela crée des liens !

[1] Plus tard, lorsque Monseigneur Nobou décida de fonder de nouvelles Missions dans la région de Korhogo, il a demandé au Père Jean Founchot de s’occuper de ce secteur, en vue d’une fondation. Le Père a proposé un lieu plus facile d’accès et plus près de la grande piste. C’est ainsi qu’il s’est établi à Kombolokoura.

[2] La chapelle fait 180 places.

[3] Son village, en effet, tient un petit marché hebdomadaire.

Publié le 1er mars 2012 par Pierre Kunegel