Tremblements de terre : des dérives et de leurs conséquences

Si quelqu’un voulait relier ce qui se passe dans la société occidentale à ce qui se passe dans des sociétés qu’avec notre superbe d’Occidentaux évolués nous traitons volontiers d’archaïques, il passerait à coup sûr pour fou à lier, sinon pour pratiquer l’amalgame.
Sous prétexte que les évènements proviennent de sociétés à des stades différents du développement humain, il est tellement plus commode de compartimenter la réalité du monde. C’est oublier que le monde est un tout en étant multiple, que la création est une dans sa diversité. Babel n’y change rien.

Osons une comparaison à l’aide de ce qui se passe dans les séismes : une plaque tectonique, dit-on, en heurte une autre qui ne dérive pas à la même vitesse. Et si, par hypothèse, les dérives qu’on observe dans le monde occidental provoquaient des secousses dans d’autres « mondes », un extrémisme en appelant un autre ? Les dérives libertaires du monde occidental peuvent-elles rester sans conséquences sur le reste du monde ? Il s’agit bien de séisme, la société étant ébranlée dans ses fondements. Et vous voudriez qu’il n’y ait pas de heurt avec une société qui se situe aux antipodes du monde occidental ? L’anarchie des mœurs appelle le totalitarisme des idéologies qui souvent s’imposent par la violence.

C’est d’ailleurs à se demander qui est le plus fou. Celui qui relie tout à tout ou celui qui sépare tout de tout ? Celui qui voit des signes partout ou celui qui ne veut en voir nulle part ? Étaient-ils fous, ceux qui au temps d’Attila le considéraient comme « le fléau de Dieu » ? Il est vrai que leur interprétation de l’Histoire reposait sur une certaine compréhension de l’Histoire sainte : « Chaque fois qu’Israël sort du droit chemin que lui a tracé Dieu, Celui-ci le corrige pour le faire revenir. » Ce que nous sommes tentés d’appeler simplisme relève en réalité d’un « sens » (non pas sixième, mais supérieur) que beaucoup aujourd’hui ont perdu faute de l’avoir utilisé, le « sens du sacré ».

Finalement, qui se trompe ? Celui qui refuse une vision de l’Histoire à partir de la foi, ceux pour qui toute tentative d’interpréter les évènements est une extrapolation, ou celui pour qui l’Histoire à un sens à chercher au-delà des évènements ? Hildegarde de Bingen, récemment déclarée docteur de l’Église, avait une vision du monde que beaucoup récuseraient aujourd’hui. On la dit pourtant visionnaire, « la Sybille du Rhin ». Elle écrivait en son temps : « La nature bouleversée perd son équilibre et inflige aux hommes de grandes et nombreuses tribulations, afin que l’homme qui s’était tourné vers le mal soit par elle châtié. La terre ne doit pas être blessée, elle ne doit pas être détruite. Chaque fois que des éléments de la terre seront violés par de mauvais traitements, Dieu les purifiera par des souffrances, des tribulations du genre humain. Toute la création est donnée à l’humanité pour qu’elle l’utilise. Mais en cas d’abus de ce privilège, la justice de Dieu permet à la création de punir l’humanité. »
Il est facile d’écarter du revers de la main ces paroles sous prétexte qu’elles sont d’un autre âge, mettant en jeu des notions « dépassées de longue date » comme, par exemple, « le mal », « la justice de Dieu », « punir »… Ne serait-il pas plus sage de méditer ces considérations d’un autre âge qui relèvent d’une saine écologie au lieu de l’écologie dévoyée de certains de nos contemporains ? Il ne faudrait pas oublier qu’à une certaine profondeur, la réalité humaine transcende les époques.

Les révolutions qui ont ensanglanté le monde au cours de son histoire ne montrent-elles pas assez que la violence de certains groupes est une réplique à une violence originelle qui souvent reste cachée, qui ne veut pas dire son nom, ordre injuste, dérèglements etc.
N’est-il pas tentant de parler « d’un autre âge » quand on se considère comme « sortis de l’Histoire » ? Ceux-là, où vont-ils atterrir ? A moins qu’ils soient réellement devenus des extra-terrestres qui n’ont plus à atterrir, étant appelés à se dissoudre dans le vide primitif tel que l’évoque la Genèse. Mais rien n’est perdu puisque l’Esprit de Dieu capable de recréer le monde plane sur l’abîme, le chaos d’avant l’Histoire.

Publié le 9 octobre 2013 par A. K. sma