Tu nous as quittés pour une nouvelle vie…

Homélie de Jean-Pierre Frey, Supérieur du District

Jacques, tu nous as quittés pour un autre monde et une nouvelle vie…

Jésus, dans son évangile, nous dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme [1]. »

Jacques, voici venu pour toi le temps de l’éveil en Dieu et de la découverte dans la plénitude de celui en qui tu as cru, et que tu as si souvent représenté avec tant de juste profondeur dans tes réalisations, à travers ces icones tellement personnelles - toi l’artiste avec ton regard aigu et ton talent - et dont tu as si souvent discuté et témoigné à ta manière dans une subtile spéculation de théologien-anthropologue, comme tu disais.

Voici également venu le temps des retrouvailles en Dieu le Père, qui rassemble tous les hommes en lui... Les retrouvailles, dans la joie, de ta maman chérie, dont tu as porté si longtemps le deuil, et de ton solide papa, qui fut mon ami... Et, bien au-delà, des confrères et des amis… Tu vas retrouver et enfin comprendre en profondeur ces hommes et ces femmes de cette culture sénoufo, dont tu fus avec raison l’ardent prophète ; tu sauras désormais lire ces masques et ces rites dans leur vérité et leur réalité profonde, telles qu’ils sont sortis des mains et de l’esprit du Créateur dans sa collaboration avec ces hommes dans leur histoire. Car c’est en elles, ces ethnies sénoufo du Nord de la Côte d’Ivoire, et c’est par elles que tu es devenu le connaisseur et l’humaniste que tu fus.

Voici venu le temps de la célébration des noces de l’Agneau, avec ta fragile et précaire humanité enfin retrouvée et assumée dans la divinité, et enfin libérée de toute faiblesse et guérie de toute déchéance. Tu as lutté à ta manière, bien à toi, avec ce mal, qui te minait, telles ces termites qui, à force de les ronger faisaient tomber les plus beaux arbres africains. Et le mal t’a vaincu, mais il t’a enseigné la modestie, ce joyau qui ne brille pas avec superbe devant les hommes, qui ne s’impose jamais et qui est pourtant le compagnon discret du vrai disciple.

Voici donc le temps du renouvellement et de l’élévation – et je dirais, de l’entrée en gloire que Jésus nous a promis à chacun : « lorsque je serais élevé, j’attirerais tout à moi ». Voici le temps du mystère que tout homme porte en lui et qu’il est lui-même – mystère face aux autres et mystère face à soi-même - le mystère qui nous trouble et qui est souvent une source de souffrance. « On ne connaît jamais un être, on cesse parfois de sentir qu’on l’ignore », a écrit Malraux, ce grand prophète humaniste qui fut aussi, et à sa manière, un anthropologue.

Et enfin voici le temps de la renaissance et de l’exaltation que Jésus nous a promis par le libre don diaconal de sa vie… « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tout à moi. » Son cri sur la croix continue à retentir parmi nous, aujourd’hui, en ce moment même : « Père, c’est entre tes mains que je remets mon Esprit... » Et encore : « Jacques, aujourd’hui même tu seras avec moi au paradis… »

Et pourquoi ? Parce que telle est notre foi, et telle est la parole de la promesse de Jésus.

Et parce que un groupe de laïcs d’une paroisse, dans leur annonce mortuaire, a donné ce beau témoignage : « Nous garderons de cet homme humble et serviable, plein de bonne volonté, un souvenir ému et reconnaissant. » Cela ne s’invente pas.

A présent Jacques, entre dans la maison de ton Père, il t’attend... Va en paix !

[1] Jean 1, 51.

Publié le 11 juin 2013 par Jean-Pierre Frey