Un comportement en contrastes

Qui saluez-vous dans la rue ? Au village, tout le monde. En ville, personne – à l’exception des connaissances. Dans un bourg, dans un quartier, c’est selon. Mais je crois remarquer qu’il se passe, dans tous les cas, une chose presque imperceptible : des gens parfaitement inconnus, des piétons, ne se croisent pas sans un brin d’attention, un petit geste, un regard, un léger changement d’allure ou de parcours, un rien qui suffit à marquer que ces inconnus ont conscience de se croiser.

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Transports en commun au Togo !
Photo sma strasbourg

Or, dans mes déplacements au loin, c’est assez souvent autre chose que je remarque. Un comportement en contrastes : saurai-je l’exprimer comme je le ressens et comme il le mériterait ? Entre amis, entre proches, on se montre en pleine rue aussi chaleureux que possible, et rien d’autre ne semble plus exister autour. Avec les autres, c’est simple : les autres ? Il n’y a pas de place pour d’autres.
Où cela devient gênant, c’est lorsqu’on est impliqué dans une situation de ce genre. Dans un taxi-brousse, par exemple. En périphérie des villes, ou entre deux localités. Et quand on n’a pas soi-même de véhicule dans un pays comme le Togo, vive le taxi-brousse !

Que se passe-t-il donc là ? Oh, rien. Quoi ? Justement, rien. Une portière s’ouvre, un passager descend, le chauffeur – toujours averti au dernier moment – sort les bagages du coffre, la course est réglée sans un merci, évidemment, pas un mot n’est échangé, pas un signe pour les compagnons. Vais-je de ma place rompre le silence, hasarder un « Au revoir » ? Même un sourire paraîtrait dénoncer l’unanimité de l’indifférence.
La portière s’ouvre à nouveau, un client monte, des passagers se reconnaissent : une discussion animée s’engage, il n’y en aura plus que pour eux, leurs liens occuperont la voiture et nos oreilles jusqu’à l’arrivée.

Ce style de relation en zigzag va finir par me devenir un peu suspect. Démonstrations amicales d’un côté, indifférence abyssale de l’autre. Quand même, ces effusions avec quelques sélectionnés n’auraient-elles pas quelque chose de mécanique, ou alors d’intéressé ? Et d’où peut bien venir cette froideur qui jure tellement avec ce que nous croyons savoir de l’âme africaine ? Amis africains, et vous qui aimez l’humanité des Africains, votre éclairage me serait précieux.

Publié le 12 novembre 2012 par Raymond Mengus