« Un continent de trop » ?

Quelqu’un a osé dire « un continent de trop » en parlant de l’Afrique. Que cela soit écrit est déjà trop. Beaucoup ont été outrés de ces paroles. « Un continent de trop », est-ce le souhait qu’il soit rayé de la carte du monde ?

Pourtant celui qui a parlé ne croyait pas si bien dire : l’Afrique dont il parlait n’existe déjà plus. Celle des pauvres, des démunis qui se soutiennent dans leur malheur. Où sont passées les solidarités d’antan, quand les palais au luxe insolent voisinent avec les taudis ?

Oui, l’Afrique que nous avons connue et admirée se meurt, si elle n’est pas tout à fait morte, victime de ce virus mortel qu’est l’individualisme à l’occidentale. On est pourtant en droit de se demander combien de temps tiendront ces palais construits sur les décombres d’un beau continent. Vous avez dit « beau continent » ? Oui, c’est tout ce que savait encore répéter ce vieux missionnaire que l’âge avait rendu amnésique : « Elle était belle, l’Afrique ! » Lui, si proche de son trépas, parlait à bon droit de l’Afrique au passé.

Et si ce virus que, sans doute involontairement, nous avons véhiculé dans nos bagages, continue à faire son œuvre de mort, n’y aura-t-il pas une résurrection pour l’Afrique ? N’y aura-t-il pas une parole capable de la faire sortir de sa tombe ? Bien sûr que si ! Mais qui profèrera cette parole qui demeure à jamais : « Lazare viens dehors » ? Et le mort sortit, lisons-nous, les pieds et les mains attachés. Et la Parole ajouta : « Déliez-le et laissez-le aller ».

Oui, déliez l’Afrique des laissés pour compte innombrables, que l’égoïsme des nantis a attachés et entassés dans des tombeaux immondes et nauséabonds. Eux-mêmes, les nantis, ne sont qu’une excroissance, un appendice de notre individualisme égoïste, celui de l’homme blanc.
Appelez-les comme vous voudrez, ces ghettos qui ont survécu d’un passé qu’on a cru à tort révolu, qui se trouvaient à Soweto, à Varsovie et ailleurs. Aujourd’hui, ils sont disséminés tel un archipel à travers tout le continent. Qu’ils viennent, ceux qui doivent tirer les Lazare de leurs tombeaux et donner l’ordre de les détacher !

Mais au fait, qui est de trop ? N’est-ce pas celui qui a dit que l’Afrique était de trop ? Car, même morte et sentant mauvais, l’Afrique existe. Et elle pèse lourd, plus lourd que l’or en barre qui tombe en poussière dans les banques centrales, bien qu’il soit de notoriété que l’or ne rouille pas.
Oui, ils pèsent lourd, tous ces morts. Morts victimes de l’égoïsme des nantis. Et tous ces morts vivants, ils pèsent lourd à la face du Dieu vivant, qui a déjà dit : « Debout les morts ! » Et ceux qui s’étaient chargés de garder sa tombe, en voyant se redresser « le continent nécrosé », pris de terreur, tomberont à la renverse « comme morts », comme se sont écroulées les deux fameuses tours, symboles de l’arrogance des nantis...

Car viendra le jour où l’on n’achètera plus ni ne vendra [1], le jour où tout sera donné gratuitement au Royaume où règne le pauvre, le plus pauvre. Car en vérité, dites-le moi, qui est plus pauvre que Dieu, puisqu’il a tout donné et n’a rien gardé pour lui ? Dieu, cœur à jamais ouvert…

[1] Prenez l’Apocalypse au chapitre 18, verset 10 et suivants.

Publié le 16 avril 2014 par A. K. sma