Un des serviteurs des noces de Cana

Je viens de lire l’ouvrage intitulé : « Les oubliés de l’Evangile », par Jean Aubrun [1]. L’auteur a imaginé les témoignages qu’auraient pu donner des personnes citées dans les Evangiles, par exemple Zachée, la Samaritaine, les voisines de Marie à Nazareth… J’ai trouvé le procédé intéressant. C’est une façon concrète de commenter un passage évangélique par une réflexion spirituelle, qui peut être discutable mais qui n’engage que son auteur. Ceci suppose une certaine cohésion avec les autres textes évangéliques et aussi avec les commentaires des exégètes. A cette condition, chacun peut oser écrire comment il imagine le témoignage qu’aurait pu formuler tel ou tel personnage. Avis à tous les lecteurs de « Ralliement ».

Témoignage (imaginé) de l’un des serviteurs des Noces de Cana

Une famille de mon village, Cana, à célébré les noces de l’un de ses enfants. Elle a invité des gens du village et des amis des villages voisins, telle que Myriam, veuve de Joseph, le regretté charpentier de Nazareth.
Je suis un des camarades du fiancé. Avec quelques autres garçons du village, nous avons été embauchés pour faire le service à table. C’est un service que l’on ne refuse pas. Le repas avait commencé lorsqu’un groupe d’hommes se présenta. Ils étaient entraînés par Yeshoua de Nazareth. On commençait à parler de lui. De plus, comme il était le fils d’une invitée, Myriam, la famille lui a dit de venir prendre place à la fête, avec ses amis.

Tout se passait bien lorsque Myriam, l’air préoccupé, vint vers son fils Yeshoua. J’étais en train de servir à cette table. Myriam a chuchoté : « Ils n’ont plus de vin ! » Son fils a paru embarrassé et lui a répondu : « Femme, nous n’avons pas à nous occuper de cela… Mon heure n’est pas encore venue ». A mon grand étonnement, Myriam n’a rien répliqué mais s’est adressée à notre groupe de servants en nous disant fermement : « Faites tout ce qu’il vous dira ! » Oui ! Mais qu’allait-il nous dire ? Nous le sûmes bientôt, car Yeshoua s’était levé et nous entraîna vers l’entrée, où se trouvaient six jarres pour les purifications. « Remplissez-les toutes ! » nous a-t-il ordonné.

C’était un gros travail, car il fallait aller au puits et les jarres étaient grandes. Quand elles furent remplies jusqu’au bord, nous les avons rapportées auprès de Yeshoua, qui nous a dit aussitôt : « Portez-en au maître de la fête ! » Alors, j’ai rempli une coupe de ce liquide que je pensais être de l’eau. Mais, à ma grande stupéfaction, le maître de la fête, après avoir bu, a été émerveillé et s’est adressé au nouveau marié : « Tu ne fais pas comme on fait d’habitude ! Tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ! » De fait, c’était du vin, et du très bon vin. Je peux le certifier, car nous, les servants, après avoir servi tout le monde, nous nous sommes octroyés une bonne rasade. Car il en restait beaucoup !
Les invités nous ont questionnés sur l’origine de ce vin de qualité supérieure. Nous avons simplement dit comment les choses s’étaient passées. Yeshoua avait l’air un peu gêné et il est parti très vite. Quand à ses disciples, ils ne regrettaient pas d’être venus avec lui. On les comprend. Certains d’entre eux avaient l’air marqués par l’évènement. Ils réfléchissaient et échangeaient, à voix basse. Puis, ils sont partis vers Capharnaüm.

Pour ma part, je suis resté à Cana.J’y cultive pour ma famille. Mais je suis resté attentif aux rumeurs concernant Yeshoua. Notamment celle-ci que nous avons apprise par Myriam de Magdala, une connaissance de mon épouse. Cette convertie, devenue fervente disciple, était au pied de la croix de Yeshoua, à côté de la mère du condamné et de Jean, son meilleur ami. Il a dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ! » Je me suis rappelé alors des mots qu’il avait prononcés à Cana : « Femme, mon heure n’est pas encore venue ! »… Sur la croix, son heure était venue ! A cette heure-là, il offrait à sa mère, à laquelle il ne pouvait rien refuser, beaucoup plus que le dépannage d’une famille amie ! Il lui donnait, à travers Jean, l’Humanité entière dont elle devenait la Mère ! Il lui offrait le dépannage du Monde entier !

Mais la femme de Magdala nous à fait une révélation beaucoup plus belle encore. Elle a évoqué la mort de Yeshoua et sa mise au tombeau. Elle a achevé, avec un sourire plein de paix joyeuse : « Le troisième jour, Il s’est montré à nous et nous savons et nous témoignons qu’Il est vivant pour toujours ! »

[1] Jean AUBRUN, Les oubliés de l’Evangile, Foi Vivante 1995.

Publié le 16 avril 2014 par René Soussia