Un jubilé ouvert

Le 2 juillet 2011, à Sotouboua, le Père Jean Perrin célébrait le 60ème anniversaire de son ordination sacerdotale. Ce jour-là, l’évêque de Sokodé vint aussi bénir le sanctuaire Notre Dame de la Merci, couronnement des nombreuses constructions du Père Jean au Togo. Voici en quels termes il laisse exploser sa joie en reprenant avec la Vierge Marie : « Magnifique est le Seigneur ! »

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N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Jean-Pierre Frey

Merci à Dieu et à N-D de la Merci…

Vous vous demandez sûrement pourquoi j’ai construit ce sanctuaire à N-D de la Merci. J’ai mille et une raisons de le faire. La principale, c’est d’être revenu de deux ans de guerre, dont huit mois de captivité. N-D de la Merci est la patronne des prisonniers. J’ai vu la mort en face : nous étions en train de nettoyer les fusils lorsque tout d’un coup une balle est partie. Elle m’a déchiré la veste, le livret militaire que j’avais dans la pochette gauche, et heureusement n’a fait que me frôler la peau.

Et me voilà.

Un haut gradé était près de moi et m’incitait à tirer sur un soldat ennemi lorsqu’il reçut une balle à la tête. Cela aurait pu être moi…

Et me voilà.

Un éclat d’obus m’a déchiré la peau au niveau du genou…

Et me voilà.

Mais les huit mois de captivité ont été plus terribles que la guerre car nous étions sous-alimentés et privés de soins. 3000 morts sur les 9000 qui sont passés dans ce camp.

Et me voilà.

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Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Jean-Pierre Frey

J’ai aussi échappé à bien des dangers au Togo : un avion qui devait me déposer à Abidjan pour prendre celui de Paris a fait demi-tour à peine après avoir décollé de Lomé. Le moteur perdait l’huile, il avait coulé une bielle. En revenant, un autre avion a dû atterrir à Alger, le cockpit était fêlé. Et me voilà. Une autre fois, un bus que j’avais pris à Lomé a fait une crevaison après Notsé. Le bus a commencé à danser et, hop-là, deux tonneaux.

Et me voilà.

Un serpent m’a égratigné le petit orteil à dix heures du soir à Blitta. Malgré les soins immédiatement reçus à l’hôpital, ma jambe est restée enflée comme un ballon de rugby pendant huit jours.

Et me voilà.

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Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Jean-Pierre Frey

Enfin, un éléphant déchaîné tordait les poteaux télégraphiques, déracinait les tecks, renversait les camions de ciment et semait la terreur alors que je conduisais une femme en couches à Sotouboua. L’éléphant est là qui me barre la route ; j’ai juste le temps de faire demi-tour et de passer par Waragni et Yaloumbè. Mais, au retour, il est sur la route nationale. Les voitures sont arrêtées. Lorsque l’éléphant rentre dans le bois, elles démarrent, mais il revient sur la route. Et voilà que c’est mon tour, il rentre dans les tecks, je mets plein gaz. J’étais à peine passé, qu’il était de nouveau sur la route. Une chance, car avec sa trompe, il aurait bien pu me balancer à dix mètres…

Et me voilà.

Je me devais donc de remercier Dieu et Notre Dame de la Merci.

Magnifique est le Seigneur...

…et à ceux qui ont aidé à la construction

Construire un sanctuaire en période de crise financière mondiale, c’était une gageure. Cela n’a pas été simple. Ceux sur qui je comptais le plus ont répondu par la négative. C’est là que notre Supérieur Général a contacté l’Ordre de la Merci à Rome qui m’a trouvé le prix de la charpente. J’ai crié au miracle ! Et d’autres dons d’Italie, pour la statue, pour la sonorisation, pour un forage et des canalisations...

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Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Jean-Pierre Frey

Et d’ailleurs aussi… pour la première pierre, pour l’autel, pour l’orgue, pour le tabernacle et sa veilleuse… Ou encore de la part de mes confrères, de nos maisons de Saint-Pierre et Haguenau, et de tant d’autres amis d’Alsace et du Togo qui me soutiennent.

Je salue aussi ceux qui ont accepté de nous vendre le terrain pas trop cher. La réalisation de l’ouvrage a été confiée à un entrepreneur qui, bien qu’il ne soit pas de notre confession religieuse, est d’une incroyable serviabilité. Il a fait de ce projet son projet dans des prix acceptables. Il a vraiment réussi.

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Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Jean-Pierre Frey

Et comment ne pas saluer les ouvriers, qui ont tourné des tonnes et des tonnes de ciment à la pelle, et les femmes qui ont porté l’eau sur un long trajet, quelque fois depuis la Mission jusqu’au chantier. Dieu saura les récompenser mieux que moi.

Sans oublier le bénévolat. Les paroissiens sont venus déraciner les souches, ramasser du sable et surtout faire le remblai. A tous, connus et inconnus, un cordial merci !

Magnifique est le Seigneur !

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Le choeur de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Jean-Pierre Frey

Pour ce qui et de l’avenir…

La direction a accepté l’ouverture d’un jardin d’enfants en octobre. Un centre médico-social devra aussi être construit ainsi qu’une maison d’accueil pour retraitants, mais d’abord une maison pour l’aumônier. Espérons que N-D de la Merci continuera à intercéder en notre faveur et que les pèlerinages pourront bientôt commencer. Les grands pourront se faire en plein air à la saison sèche. Ils ne sont pas réservés aux seuls catholiques ; le Centre se veut interconfessionnel, ouvert à tous ceux qui veulent se mettre à l’école de Marie, qui n’est autre que l’école de la foi.

Magnifique est le Seigneur !

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Inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
Photo Jean-Pierre Frey

Aujourd’hui, ce n’est que mon jubilé de diamant, je vous invite à mon jubilé de saphir (65 ans) à moins que Dieu ne m’appelle auparavant et, s’il m’appelle, qu’est-ce que je devrai répondre ?

...Me voilà ! Magnifique est le Seigneur !

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Les membres SMA lors de l’inauguration de N.-D. de la Merci à Sotouboua (Togo).
De g. à dr. les PP. Frey, Bardouillet, Perrin et Guillaume ; au fond, le P. G. Klein.
Photo Patrice Apedo
Publié le 10 octobre 2011 par Jean Perrin