Un monde fraternel

2ième dimanche de Pâques

1- Lectures [1]

Première lecture
Lecture du livre des Apôtres (Ac 2, 42-47)
La communauté fraternelle des premiers chrétiens

Dans les premiers jours de l’Église, les frères étaient fidèles à écouter l’enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ; beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les Apôtres.
Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun.
Chaque jour, d’un seul cœur, ils allaient fidèlement au Temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité. Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tout le peuple. Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut.

Psaume : Ps 117, 1.4, 13-14, 19.21, 22-23, 24-25

R/ Éternel est son amour !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !

On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ;
mais le Seigneur m’a défendu.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Ouvrez-moi les portes de justice :
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.
Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
tu es pour moi le salut.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
Donne, Seigneur, donne le salut !
Donne, Seigneur, donne la victoire !

Deuxième lecture
Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre (1 P 1, 3-9)
L’espérance des baptisés

Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, en vue du salut qui est prêt à se manifester à la fin des temps.
Vous en tressaillez de joie, même s’il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l’or (cet or voué pourtant à disparaître, qu’on vérifie par le feu). Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révèlera Jésus Christ, lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l’aboutissement de votre foi.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20, 19-31)
Apparition du Christ huit jours après Pâques

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

2- Homélie

Quelles sont les représentations que tout individu se fait de la vie et du monde ? Les aspirations à la paix manifestées par tant d’hommes et de femmes sont-elles transcrites dans la réalité ? Il est permis d’en douter. A l’allure à laquelle progresse le monde, il y a moult raisons de désespérer de la vie. Rien ne semble véritablement évoluer. La situation stagne, si elle n’empire pas : les catastrophes naturelles se succèdent les unes, les foyers de guerre s’étendent, les victimes se comptent par milliers et la précarité continue à faire des ravages.

Qui ne mettrait pas à profit le système pour exploiter impunément son prochain ? La première communauté chrétienne de Jérusalem n’était pas exempte de toutes ces dérives. Rappelons-nous la duplicité d’Ananias et de Saphira. Ils se sont mis d’accord pour tromper la communauté en se présentant comme des bienfaiteurs généreux alors que tout leur comportement était emprunt de supercherie, d’hypocrisie et de mensonge. Que dire alors de la tension qui couvait dans la communauté de Jérusalem et qui donna lieu à la constitution des diacres ? En effet, « en ce temps-là, alors que le nombre des disciples augmentait, les croyants de langue grecque se plaignirent de ceux qui parlaient l’hébreu : ils disaient que les veuves de leur groupe étaient négligées au moment où, chaque jour, on distribuait la nourriture [2] ».

Toutefois, au cœur de ce système qui semblait avoir sacrifié l’homme au profit d’immenses intérêts économiques et à l’incommensurable appétit de certaines personnes, l’auteur du livre des Actes des Apôtres nous aide à porter un regard renouvelé sur l’environnement dans lequel nous nous trouvons. Certes, la méchanceté existe, mais elle ne doit pas faire obstacle à la construction de la communauté fraternelle. Rêver d’un monde établi sur les valeurs de solidarité, de sollicitude mutuelle, d’attention à l’autre, d’entraide et du vivre-ensemble dans l’harmonie et la concorde n’est pas uniquement un idéal vers lequel l’homme tendrait en vain. La communauté fraternelle n’est pas nécessairement un pur reflet d’une réalité historique. Elle est par contre profondément enracinée dans l’espérance d’un lendemain meilleur.

Même si certains ne peuvent s’empêcher de voir une utopie dans la description de la première communauté chrétienne, il convient de rappeler que l’appel à la solidarité est essentiellement appel à une nouvelle perception dans laquelle les hommes sont reconnus comme des êtres vivants, et plus encore comme des enfants de Dieu. Ils partagent des droits et des devoirs au sein du même corps qui fait leur unité. Ainsi l’accent est-il particulièrement mis sur l’interdépendance et le sens de la responsabilité. Au cœur de la communauté chrétienne, il y a l’enseignement des disciples au sujet de Jésus. En effet, l’unité de la communauté réside dans la foi que les hommes ont placée en Jésus. C’est en cela que la fraternité exprime le sentiment d’appartenance à laquelle communient les hommes au-delà des convictions de chacun. En ce sens, la communion fraternelle dispose à la sollicitude mutuelle et à la solidarité. Car l’écoute de la Parole de Dieu rend l’homme attentif aux besoins fondamentaux de ses frères et le dispose à y répondre par le partage. Quels que soient sa fragilité et tout ce qui le handicape, celui qui répond aux critères exposés par saint Luc construit une communauté où des hommes se reconnaissent comme des frères en Jésus Christ.

[1] (c) AELF 2011 www.aelf.org, le site officiel de la traduction française de la liturgie catholique.

[2] Ac 6, 1.

Publié le 2 mai 2011 par Nestor Nongo Aziagbia