Un point de vue…

Simple, humble et pauvre doit être l’Église romaine selon le Pape François. Ou mieux encore, selon l’Évangile…

Il va son chemin et veut d’abord changer non pas les structures ou les canons mais l’esprit de l’Église romaine, pour que cet esprit soit ou devienne réellement l’Esprit de l’Évangile et de l’Écriture. Il y a dans tout cela un ensemble de signes qu’il faut savoir découvrir et observer.

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Le Pape François rencontre M Luc Humbert et le Chanoine Patrick Koehler, Recteur du Mont-Sainte-Odile.
Photo Patrick Koehler

Traditionnellement, le Pape était une vedette religieuse, applaudi et acclamé quasi « sauvagement » dès son entrée ou arrivée, dans un vrai « chahut ». François n’aime que modérément ces manifestations, surtout à l’entrée ou à la sortie d’une liturgie. Je prends pour exemple un CD de la veillée pascale que l’on m’a envoyé. Le « micro » a clairement annoncé dès le début : « Accueillons dignement l’arrivée du Saint Père, in silentio et sans flashes ». Car lorsque paraît le Pape, Dieu est déjà là bien avant lui, et c’est à Dieu que doivent aller notre louange et notre respect. De même, la sortie fut ponctuée par un discret applaudissement, alors que le Pape marchait tout concentré sur lui-même, avec sa croix, celle que Paul VI a introduite, au milieu des servants d’autel et autres célébrants
En un mot, François veut mettre les choses à leur place et éviter la confusion : Dieu à la sienne, et lui à la sienne… « Après » la cérémonie seulement, il quitte sa papamobile pour aller vers le peuple. Et là encore, on sait que les cris d’antant plus ou moins hystériques ne lui conviennent pas. Il cherche une proximité amicale et directe.

Il veut faire comprendre qu’il n’est que Pape et qu’un Pape, c’est un berger – un serviteur simple, humble et pauvre. Et il convie ses frères, cardinaux ou évêques, à faire de même.
Pourquoi ? La réponse est simple : parce que Jésus a ou aurait fait de même. Le Pape n’est ni souverain, ni pontife, ni successeur impérial… Il invite donc à se dépasser pour aller là où sont les vrais pauvres avec les vrais problèmes, ce qu’il appelle le périphérique, la Bible le désert et l’évangile la foule. Un au-delà de la normalité, parfois sans foi ni loi précises, et souvent sans dignité.
François propose ainsi une lecture spirituelle de l’Évangile et non pas une lecture rituelle, dogmatiste et moraliste. Une lecture qui pénètre le cœur là où la « loi » ou la « lettre » devient « esprit » dans une vraie et profonde rencontre avec l’Esprit Saint

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Le Pape François à Rome lors de la Pentecôte.
Photo Jean-Marie Guillaume

Pendant des siècles, l’Église, tout comme l’ancien Israël, s’est « livrée » au monde pour se laisser aller aux repères et aux critères du pouvoir et du paraître. En un mot, elle est restée à l’extérieur d’elle-même. Or François veut l’amener à la même proximité spontanée qu’avait Jésus avec le peuple au milieu de qui il « pérégrinait » au quotidien.

Certes, il ne fait pas encore de guérisons comme Jésus en faisait dans la simplicité transparente de son être, quelque chose qui allait de soi vu la détresse de la personne présente. Cela pourrait arriver et cela vaudrait bien plus que les obscurs miracles produits en vue d’une canonisation, donc comme une récompense, au mépris de la gratuité évangélique… Tout ceci n’est jamais dépourvu d’ambiguïtés.
Jean-Paul II, un de ses prédécesseurs, était « hollywoodien », porté sur le spectacle – ce que la foule, versatile, aimait, et que la foule de Jésus attendait en vain. François, à ce niveau, est Nazaréen et terre à terre, allant d’homme à homme… tout en boitillant. A sa suite, nous sommes engagés à découvrir où est cet essentiel qui invite à une foi simple mais profonde, et où est l’accessoire, le clinquant et le vain spectacle du paraître religieux ou médiatique.

Finalement, il célèbre et prie tout en intériorité pour mieux aller vers l’autre, vers la précarité et la misère du monde.

Publié le 26 août 2014 par Jean-Pierre Frey