Un sanctuaire-mémorial de sainte Odile au Nord-Togo, une idée incongrue ?

On pourrait le croire à en juger par le faible écho qu’a eu l’appel pour sa réalisation, paru dans le numéro de Terre d’Afrique de mars 2011.

Et pourtant les églises dédiées à sainte Odile ne manquent pas à travers le monde. Il y a celle de Port-Gentil, au Gabon, celle de Dapaon, au Togo. Il y en a ailleurs encore, sans compter les cliniques ophtalmologiques. Les Alsaciens ne s’intéresseraient-ils plus à leur patronne comme les Siciliens s’intéressent à sainte Lucie, fêtée de même le 13 décembre ? Ces fêtes sont nées à une époque où la foi était sans doute plus enracinée localement.

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Le sanctuaire de ste Odile dans le beau paysage de la montagne kabiyè.
Photo Alphonse Kuntz

Ce sanctuaire-mémorial de sainte Odile, perché sur le promontoire de la montagne kabiyè, au dessus de la ville de Kara, au nord du Togo, existe pourtant, même s’il est très modeste.

Raconter sa genèse serait trop long. Au commencement, il y avait un tableau de sainte Odile, un bas-relief en bois sculpté et doré. Promis à l’oubli, il avait été recueilli par Agelina Weiss, une laïque consacrée de la région de Wurtzbourg, en Bavière. Elle a sauvé le tableau quand l’autel qui le portait, dans la chapelle de la clinique ophtalmologique de la ville a été dépiécé. Faut-il ajouté que cette personne a travaillé en Afrique ? A sa mort, ce tableau, qui n’est sans doute pas une grande œuvre d’art (il date de 1932), est revenu à M. Henri Pabst, de Wurtzbourg lui aussi, qui a longtemps travaillé au Togo. Il cherchait dans ce pays une église qui serait dédiée à sainte Odile. Le tableau a trouvé place dans le modeste sanctuaire dont il est question. Sa cloche, qui porte l’effigie de sainte Odile et qui fut offerte par M. Pabst, fait entendre sa voie au loin.

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Le cloche du sanctuaire de ste Odile.
Photo Alphonse Kuntz

Sainte Odile est présente d’une manière singulière par une relique donnée par le chanoine Xibaut, bien placé pour en garantir l’authenticité. Si beaucoup ne croient plus aux reliques aujourd’hui, elles retrouvent cependant un regain de faveur dans un large public. Au dire du P. Raymond Zambelli, recteur de la basilique de Lisieux, les reliques des saints sont « le support d’une présence, sans idéologie ni calcul ».

Pourquoi appeler ce sanctuaire « mémorial » ? A l’intérieur du petit bâtiment se trouve un tableau avec les noms des missionnaires de la Société des Missions Africaines de la Province de Strasbourg qui ont travaillé au Togo depuis 1918. Pour éviter tout ethnocentrisme s’y trouvent aussi des noms à consonance française. Y ont été ajoutés les noms des prêtres « Fidei Donum » envoyés au Togo par le diocèse de Strasbourg. C’est ici l’occasion de remercier tous ceux qui ont participé à la réalisation de ce sanctuaire.

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L’autel du sanctuaire de ste Odile.
Au fond, le bas-relief en bois doré.
Photo Alphonse Kuntz

Quel avenir pourrait-il avoir ? Rêvons un peu… Est-il interdit de penser qu’un amoureux de sainte Odile puisse le faire vivre ? N’y aura-t-il jamais pour y vivre quelqu’un de la trempe de Charles de Foucauld, dont Strasbourg est justement fier ? Une cellule s’y trouve déjà, rudimentaire, sans confort aucun.

Publié le 9 octobre 2012 par Alphonse Kuntz