Un Sanctuaire Sainte Odile à Saoudè

Pourquoi un Sanctuaire de sainte Odile à Lamapu-Aladè, Paroisse de Saoudè, au diocèse de Kara au Togo ?

L’histoire d’une naissance
Toute naissance procède de la rencontre de deux personnes : le Père Philippe Mazay, qui offre le terrain, son héritage familial, à la paroisse de Saoudè dont il est originaire ; Monsieur Henri Pabst, de Würzburg en Allemagne, qui donne un tableau de Sainte Odile.
Sur ce terrain, on a construit très tôt un petit bâtiment en pierre et en terre. Le maçon Tilkpasaga Madeuna, alias Senghor, a élevé les murs au prix de beaucoup de difficultés : ils se sont écroulés à cause de la violence du vent et de la pluie sur ces hauteurs ; ils ont été reconstruits et laissés en l’état par manque de moyens.

Intervention de Monsieur Henri Pabst
Coopérant allemand (DED), il a travaillé au Togo en tant qu’infirmier dans le service de la lèpre DAHW de 1977 à 1983. Après son retour en Allemagne, il est revenu au Togo, d’abord comme procureur de l’Evêché de Dapaong, puis comme responsable du service de la santé à l’OCDI nationale du Togo de 1993 à 1998. Maintenant qu’il est retraité, il y revient régulièrement. Monsieur Pabst s’intéresse beaucoup à l’art. L’idée d’un sanctuaire de sainte Odile au Togo lui est venue de deux réalités. D’une part il a hérité d’un tableau sculpté de sainte Odile en bois doré. D’autre part, les missionnaires de l’Eglise Catholique au Togo sont, pendant une longue période, venus d’Alsace. Or sainte Odile, qui est la patronne de l’Alsace, est également populaire en Bavière [1]. Ce sanctuaire est aussi destiné à devenir le mémorial des missionnaires alsaciens qui ont travaillé au Togo. Tout cela fait que Monsieur Pabst aimerait que le tableau, qui a une petite histoire, trouve place dans une chapelle au Togo.

Petite histoire
Ce tableau était une aile du retable d’autel de l’église de l’ancienne clinique ophtalmologique de Würzburg. En 1986, alors que quelqu’un voulait le remettre à la déchetterie [2], l’aumônier Gérard Gedig l’a donné à Angéline Weis, une laïque consacrée qui a travaillé au Ghana et en Ouganda pendant 9 ans. Elle l’a gardé par respect pour une chose sainte. A sa mort, le tableau est revenu à Monsieur Pabst, qui nous l’a proposé plutôt que de le laisser dans son appartement de Würzburg.
A ce moment-là, nous n’avions pas de chapelle en projet. Nous n’avions qu’un petit bâtiment sans toit à Aladè. Monsieur Pabst trouva les fonds nécessaires auprès de l’Archevêché de Cologne [3]. A cette somme il faut ajouter quelques dons de particuliers pour l’achèvement du bâtiment qui, au départ, n’était pas prévu comme chapelle [4].
Monsieur Pabst insistait pour qu’on trouve une relique de sainte Odile : selon le Père Raymond Zambeli, recteur de la basilique de Lisieux, les reliques sont le support d’une présence, sans idéologie ni calcul. Le chancelier de l’Archevêché de Strasbourg, le chanoine Bernard Xibaut, en fournit une sans difficulté [5]. Un autre Bernard, le Père Bardouillet, l’achemina avec vénération jusqu’au Togo.
En janvier 2012, Monsieur Pabst vint au Togo avec deux tableaux de sainte Odile. Il avait ajouté un Christ en croix, un tableau de la Vierge à l’enfant, une plaque de marbre blanc pour l’autel et une cloche fondue spécialement pour sainte Odile et portant son nom comme donateur. Son attachement à sainte Odile s’explique, dit-il, du fait qu’il est né le 13 décembre 1947, donc le jour de la fête de la sainte.

Un sanctuaire de sainte Odile dans les monts kabiyè se justifie-t-il ?
Outre les motifs évoqués plus haut, il existe des analogies. La petite chapelle est construite sur un promontoire dans les monts kabiyè. Le monastère fondé par Sainte Odile, selon la tradition, s’élève sur un éperon rocheux des Vosges moyennes, à 763 mètres d’altitude.
S’il n’y a pas de forêt à Aladè, à part des arbres plantés qui grandissent difficilement à cause vent et du terrain pauvre et rocailleux, deux petites sources coulent au pied des rochers du promontoire, toujours sur le terrain du Père Philippe. L’une suinte encore au plus fort de la saison sèche, mais l’autre a pu être aménagée en puits et donne assez d’eau toute l’année.
Ces sources nous renvoient au mont Sainte-Odile où, en contrebas du monastère, coule une source abondante. La légende dit que sainte Odile aurait rencontré un aveugle à cet endroit. De sa crosse d’abbesse, elle aurait frappé le rocher et l’homme aurait été guéri grâce à l’eau qui en aurait coulé. Pendant longtemps, les croyants ont recherché cette eau pour soigner les maladies des yeux. De plus, Sainte Odile serait née aveugle et aurait recouvré la vue le jour de son baptême. Voilà pourquoi tant d’hôpitaux et de cliniques ophtalmologiques lui ont été vouées.
Un ensemble d’indices plaident ainsi en faveur du bien fondé de l’intuition de Monsieur Pabst. Simples coïncidences ou signes de la providence qui dirige les évènements ? C’est selon le degré de foi de chacun. Celui qui croit n’a pas besoin de manifestations éclatantes. Les marques de la présence du Seigneur au jour le jour lui suffisent. Nos ancêtres y étaient sensibles. Ils croyaient. Pourquoi ne croirions-nous pas nous aussi ?

Et la suite de l’histoire ?
C’est à nous de l’écrire par nos démarches de vénération pour sainte Odile. S’il est peu probable qu’un aveugle retrouve physiquement la vue au sanctuaire, combien de cœurs aveuglés ne peuvent-ils pas y retrouver la lumière ?

D’après le numéro spécial du bulletin « La voix de Marie Reine » de la paroisse de Saoudé au Togo.

[1] Elle aurait été baptisée par l’Évêque de Ratisbonne.

[2] Il aurait éventuellement fini sur un marché aux puces.

[3] Il est en effet un ami personnel du cardinal Meisner.

[4] Les gens de Lamapu racontaient pourtant que la paroisse était en train de construire une chapelle à Aladè. Comme quoi la rumeur peut quelquefois anticiper la réalité.

[5] Quelques éclats d’os de la taille de grains de sable.

Publié le 24 octobre 2012 par Alphonse Kuntz