Un survol des rites chrétiens orientaux

Ce que l’on rassemble sous le nom d’Églises de rites orientaux est une mosaïque de communautés chrétiennes qui remontent aux débuts christianisme.

Né à Jérusalem du témoignage des apôtres, les premiers à faire état de l’événement pascal et de la Pentecôte, le christianisme s’étendit rapidement aux diverses populations de l’Empire - en Syrie, en Arabie, en Asie Mineure, en Grèce et à Rome – en réponse au mandat du Christ « Allez dans le monde entier… », jusqu’aux extrémités du monde selon la géographie du temps. Certaines traditions relatent les persécutions des chrétiens, à Jérusalem puis à Rome ; ailleurs, comme au Moyen Orient, l’expansion du christianisme sera plus aisée.

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Église St-Siméon Stylite, près d’Alep (Syrie)
Photo Bernard Gagnon wikimedia

Lors de l’événement de la résurrection de Jésus-Christ, le Proche-Orient était déjà fort peuplé, avec des villes importantes : Jérusalem, Antioche, Éphèse, Alexandrie... Certaines étaient des centres philosophiques, spirituels et théologiques qui marqueront l’histoire de l’humanité. C’est dans ces métropoles que se sont formées les premières communautés de chrétiens, ce qu’on appelle en grec eklesia – le terme qui donnera le nom d’Église.

Les experts et historiens du christianisme oriental reconnaissent généralement que, déjà au Ve s., il existait cinq centres d’organisation et d’animation des Églises en Orient : Alexandrie pour l’Égypte, Antioche pour la Syrie, Constantinople pour la Grèce et l’Asie Mineure (depuis 395). L’Église latine, tout en gardant son siège a Rome, était déjà activement présente dans cette partie du monde. Toutes ces Églises se côtoyaient sans chercher à se rencontrer à cause de la complexité de leurs différences. Jérusalem, enfin, avait un statut à part : elle était à la fois l’origine de ces entités et le lieu où elles étaient représentées.

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Moine au monastère St-Paul (Égypte)
Photo Marc Heilig

Ces considérations socioculturelles, géopolitiques et philosophiques influenceront les divisions qui surgiront en Orient dans le christianisme naissant. Plusieurs communautés verront vite le jour, chacune affichant la couleur culturelle de son milieu et, parfois, la spiritualité, la formulation théologique et le rite liturgique d’un groupe particulier. Certaines étaient florissantes car elles étaient confortablement soutenues par des dirigeants de l’État où elles prospéraient. Il est important de souligner que, même s’il est vrai que ces communautés « ne cesseront de s’éloigner, sans jamais cesser de communiquer et d’échanger pour autant » [1], Jésus Christ ressuscité et vivant sera le trait d’union de toutes leurs expressions spirituelles, théologiques et rituelles.

Les différents rites des Églises orientales
Nous allons présenter rapidement les différentes communautés des chrétiens d’Orient [2], en portant une attention particulière à l’histoire, à la théologie, et surtout au rite afin de permettre au lecteur de mieux les apprécier. Les Églises d’Orient peuvent être regroupées selon leurs nuances théologiques ou leurs expressions rituelles ; nous avons choisi cette seconde option. Ces rites vont de l’Église éthiopienne-orthodoxe en Afrique du Nord à l’Église malabare-catholique très présente en Inde.

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Patriarcat catholique arménien à Bzommar (Liban)
avec les drapeaux hissés du Vatican, du Liban et de l’Arménie.
Photo wikimedia

a) Le rite alexandrin
La principale Église orientale de rite alexandrin est l’Église copte-orthodoxe (10 millions de fidèles), dont le siège est Alexandrie. En sont issues les Églises éthiopienne-orthodoxe, née en 1959, et érythréenne-orthodoxe, en 1993. Une Église copte-catholique a vu le jour en 1741 (250 000 fidèles), une Église éthiopienne-catholique en 1622 (1 million de fidèles) et, en 2015, une Église érythréenne-catholique.

b) Le rite arménien
Séparée en 451, l’Église arménienne apostolique, dite aussi grégorienne, compte actuellement 6 millions de fidèles. Elle est dirigée par deux catholicos, l’un d’Etchmiadzin (Arménie), l’autre de Cilicie siégeant à Antélias (Liban). Une Église arménienne-catholique (600 000 fidèles) a vu le jour en 1742, dont le patriarche siège à Beyrouth.

c) Le rite byzantin
Le rite byzantin est commun à la quinzaine d’Églises orthodoxes qui toutes reconnaissent une primauté du patriarche œcuménique de Constantinople. Il y a aujourd’hui entre 125 et 180 millions d’orthodoxes dans le monde. Il existe plusieurs Églises catholiques de rite byzantin, dites « uniates », dont les plus importantes sont l’Église grecque-catholique d’Ukraine (7 millions de fidèles, siège à Kiev), l’Église grecque-catholique de Roumanie (1,7 million, siège à Blaj) et l’Église melkite (1,3 million, siège à Damas).

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Cathédrale St-Grégoire l’Illuminateur à Érévan (Arménie)
Photo wikipedia

d) Le rite syrien occidental (antiochien)
La principale Église de rite syrien-occidental est l’Église syrienne-orthodoxe, dite jacobite, qui compte 250 000 fidèles et dont le siège est à Damas. En 1665, des fidèles de l’Église malabare-catholique, refusant la latinisation forcée de leur Église, sont entrés dans la communion de l’Église syrienne pour former l’Église malankare-orthodoxe (1,7 million). Une partie de ses fidèles est revenue à Rome en 1930 pour former l’Église malankare-catholique (270 000). Il existe également une Église syrienne-catholique, forte de 100 000 fidèles, unie à Rome en 1797 (siège à Damas). L’Église maronite (4 millions), qui n’a jamais été formellement coupée de Rome, relève, elle aussi, du rite antiochien.

e) Le rite syrien oriental (chaldéen)
Séparée aujourd’hui en deux juridictions (Bagdad et Chicago), l’Église assyrienne d’Orient rassemble entre 100 000 et 200 000 fidèles. La plus importante Église de cette famille demeure l’Église chaldéenne, unie à Rome en 1552 (1 million, surtout en Irak). La tradition chaldéenne est présente en Inde avec l’Église malabare-catholique (6 millions), unie à Rome en 1599, mais dont une partie des fidèles est revenue en 1907 dans la juridiction de l’Église assyrienne.

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Église à Ani (Arménie)
Photo sputnik.am

f) Les autres rites
Le rite latin est aussi présent en Orient ; il est généralement pratiqué à Jérusalem et en Jordanie. Bien que la communauté presbytérienne en Israël (Jérusalem et Tibériade) soit presque insignifiante, il faut pourtant mentionner la présence des Églises orientales protestantes [3]qui peuvent être regroupées comme suit :

- Les Luthériens en Israël
La première présence protestante officielle dans la région fut une présence « œcuménique » avant la lettre. Les protestants de Prusse étant luthériens et réformés, le roi Frédéric Guillaume IV souhaita pour son royaume une Église dans laquelle les uns et les autres seraient unis. Pour ce faire, et en guise d’essai, il imagina d’ériger un « évêché protestant » à Jérusalem, ce qui lui permettait par la même occasion de mettre pied en Orient. C’est ainsi que fut créé en 1842 un évêché anglo-prussien à Jérusalem, avec pour but officiel d’assurer la protection des protestants (colporteurs bibliques et missionnaires, mais aussi commerçants, aventuriers, naturalistes etc.).

- Les Réformés en Israël
L’Église d’Écosse envoya en 1885 un missionnaire à Tibériade pour y fonder un hôpital, mais la présence réformée ne s’établit véritablement qu’en 1930, lorsque fut consacrée à Jérusalem, en mémoire des soldats écossais tombés en Terre Sainte en 1917, l’église écossaise St-André, à laquelle est associé un hospice pour pèlerins. Outre le culte en anglais auquel participent presque exclusivement des étrangers, cette église sert aussi de lieu de référence à une présence hollandaise s’occupant des ressortissants des Pays-Bas en Terre Sainte et sporadiquement à la célébration d’un culte en français.

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La basilique catholique latine d’Héliopolis, au Caire
Photo Jean-Paul Silué

- L’Église évangélique copte
L’Église évangélique copte, ou Église évangélique d’Égypte - Synode du Nil, est une Église protestante de tendance presbytérienne née de l’activité de missionnaires protestants dans la communauté copte en Égypte à partir du XIXe s. C’est aujourd’hui la plus importante communauté protestante du Proche-Orient, avec plus de 100 000 membres.

[1] Florent Besson, Les clés du Moyen Orient.

[2] Cf. Nicolas Senèze, dans La Croix du 16 février 2015.

[3] Cf. Églises orientales protestantes

Publié le 27 janvier 2016 par Basil Soyoye