Une école à Nidyon

Nidyon est un village éloigné de la grande route et situé à proximité de deux autres bourgs distants l’un de l’autre de moins de 2 km : Kabévogo et Tyalo. C’est le village emblématique de la paroisse de Kombolokoura car c’est ici qu’avec le Père Pierre Lévêque a commencé la Mission dans le secteur [1].

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La communauté catholique de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel

Au départ de mon confrère, Gino Sanavio, je suis allé assurer le service dans ces villages. Je disais la messe sous les arbres. Au vu de l’assistance, j‘ai décidé de construire une chapelle de 170 places à Nidyon, le village central. Lorsqu’il s’est agi de trouver un saint Patron, il m’a semblé naturel de choisir la date du 6 janvier, fête de l’Epiphanie, pour deux raisons. D’une part le Père Pierre Lévêque a terminé son cheminement sur terre à Gildwiller, pèlerinage qui a une vénération pour la Sainte Vierge et les Rois Mages ; d’autre part, le chef Soro Fougnakon, comme les Rois Mages, s’est mis en route à l’annonce d’un événement et s’en est revenu « par un autre chemin », le chemin de la foi !

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Les élèves de Nidyon et leur instituteur.
Photo Pierre Kunegel

Lorsque je me rendais dans ces villages pour la messe, et surtout lorsque j’allais, en semaine, sur le chantier de la chapelle, je croisais souvent des enfants qui allaient à l’école de Litio, à 8-10 km de chez eux, ou en revenaient. Ils me faisaient pitié, car c’est une distance importante pour de si petites jambes ! La fatigue et la faim ne sont pas, non plus, très propices à de bonnes études !

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Dans l’ancienne école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel
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Dans l’ancienne école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel
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Dans l’ancienne école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel
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Dans l’ancienne école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel

Le jour de la bénédiction de la chapelle, le 8 mars 2012, j’ai eu une grande surprise. A la fin de la célébration, un groupe d’enfants, bien disciplinés, se présenta pour saluer Mgr Dadiet. Lorsque j’ai demandé d’où venaient ces enfants un jour de classe, un jeune homme m’a répondu : « La population a commencé une école dans le village ! » C’était l’enseignant, un musulman. Curieux et intéressé, je lui ai promis de revenir les voir dans la semaine.

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Les briques pour la nouvelle école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel
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Construction de la nouvelle école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel

Le mardi suivant, accompagné de Georges, mon cuisinier, j’ai pris le chemin de l’école. Il y avait là quelques briques en ciment. Par contre, l’école n’était qu’un simple abri en paille avec un petit muret en briques de terre sur trois côtés. C’est là que 58 écoliers suivent les cours, assis sur des planches qui leur servent de bancs. Pour écrire, ils se mettent à genoux ou s’accroupissent derrière le banc qui leur sert alors de pupitre. Afin de les encourager, je leur ai procuré un ballon pour leur récréation.

C’est alors qu’à germé l’idée de participer à la construction de l’école, en partie grâce à un don des Sternsinger de Lörrach. Le 10 novembre, avec le maçon, nous sommes allés nous concerter avec les autorités des trois villages pour débuter les travaux. Je leur ai bien précisé qu’ils doivent prendre leur responsabilité et faire leur part du travail.

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La nouvelle école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel
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La nouvelle école de Nidyon.
Photo Pierre Kunegel

La première classe est quasiment terminée et les élèves pourront y suivre les cours. Il reste à construire les habitations des enseignants, ainsi que deux classes, dont l’une avec un bureau et une pièce pour les fournitures et le matériel. Les enfants, reconnaissants, me font la fête à chacun de mes passages. La majorité d’entre eux était présents, avec leur enseignant, à la célébration de la fête patronale, le 6 janvier. Avant la messe, ils sont tous venus à l’autel, la plupart en uniforme scolaire, pour me serrer la main.

Depuis la fin de la crise politique et le changement de régime, l’Etat se préoccupe de la formation des jeunes. Un peu partout, on réhabilite des bâtiments scolaires délabrés, mais il y a tant à faire dans tous les domaines ! Lorsqu’un village prend l’initiative, les élus du secteur ont plus de chance d’être entendus.

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Les enfants à l’église.
Photo Pierre Kunegel

[1] En effet, 1973, le chef de ce village, Soro Fougnakon, était parti à un enterrement à Dokaha, village qui jouxte la ville de Korhogo. Lors de la veillée funéraire, le chef fut touché par les lectures et les explications du Père Pierre Lévêque. Il lui demanda de venir à Nidyon, et le Père alla bientôt visiter les villages environnants, car les gens venaient d’un peu partout. Après le départ du Père Lévêque, le Père Jean Founchot prit la relève et décida d’implanter la Mission à Kombolokoura, près de la grande piste qui mène à Korhogo.

Publié le 4 avril 2013 par Pierre Kunegel