Une famille comme tant d’autres

Oui, une famille comme tant d’autres. Le père gendarme et qui n’a pas voulu « devenir allemand » et nous voilà repliés avec armes et « peu » de bagages à Saint-Étienne (à l’intérieur !) en 1940. C’est là que Richard, le grand frère, est entré au séminaire chez les Spiritains. Quant à moi, tout en l’admirant, je suis resté à la maison. Jusqu’au jour où un missionnaire barbu est venu à l’école nous parler de l’Afrique et des éléphants… A la fin de sa causerie, il a demandé à chacun de mettre sur un bout de papier ce qu’il voudrait devenir plus tard, sans oublier d’y ajouter son adresse. Après avoir mâchouillé un bon moment mon crayon, j’ai pris la première grande décision de ma vie et j’ai écrit : « Missionnaire … ou aviateur ! » (ce n’est pas si contradictoire que cela car il est vrai que les deux planent parfois !)

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Les trois frères
Photo Claude Rémond

Lorsqu’après la guerre nous sommes retournés en Alsace, le Père Myard, de la Province de Lyon, a fait suivre mon adresse au Père Hollender, recruteur de l’Est. Il est venu à Mulhouse et a tout expliqué à maman pour mon trousseau, les frais, la date de la rentrée etc. Maman demande alors : « Et pour le train, c’est comment ? » Le Père lui explique : « De Mulhouse vous allez à Sélestat, puis vous prenez la direction Barr jusqu’à Eichhoffen, le séminaire est à deux kilomètres. » Réponse de ma mère : « Mais le train ne va-t-il pas jusqu’à Saverne ? » Un ange est alors passé… Maman croyait que c’était un Père du Saint Esprit et que j’allais dans la même Congrégation que mon grand frère. On m’a alors demandé mon avis et j’ai choisi Saint-Pierre. C’est à ce moment que j’ai pu toucher du doigt la Sagesse et la Prédilection du St Esprit pour sa Congrégation car il a dû se dire : « Un Rémond dans ma Congrégation, ça peut encore aller, mais deux ce serait intenable ! » Et c’est ainsi que je suis entré aux Missions Africaines plutôt que chez les Spiritains.

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Sur la tombe du P. Myard à Danané (Côte d’Ivoire)
Photo Claude Rémond

Partir et quitter les siens à 11 ans, c’était certainement à mon sens la pire bêtise qui pouvait être faite. A cet âge on a encore besoin du cocon familial, de ses parents, de ses frères et sœurs. Ce qui m’a manqué le plus, au début du petit séminaire, c’était le dos de mon frère Bernard avec qui je dormais à Mulhouse. La chaleur de ce dos me manquait dans ce petit lit étroit et froid du séminaire ! Mais c’est là que j’ai trouvé des amis et une nouvelle famille qui m’accompagne encore maintenant à l’automne bien dépassé de ma vie. Ce qu’il y a aussi d’étonnant, c’est qu’au cours de notre vie, mon frère Richard et moi nous nous sommes très peu vus, chacun suivant ses affectations : l’un les séminaires spiritains et la Martinique, l’autre les administrations, les paroisses et l’Afrique…

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Claude et Richard en Martinique
Photo Claude Rémond

Maintenant nous sommes tous deux retraités et nous nous trouvons à une demi-heure de route l’un de l’autre, lui à Wolxheim et moi à Saint-Pierre ! Il ne se passe guère de semaine sans que nous ne nous voyons et j’expérimente chaque jour la vérité de la parole du Christ : « Quiconque aura laissé maison, frères sœurs… à cause de moi et de l’Évangile, recevra au centuple maintenant ». Eh oui, il avait bien raison, Jésus : quand j’additionne les Spiritains et les Missions Africaines, ça fait bien des centaines de frères !

Publié le 5 septembre 2016 par Claude Rémond