Une nouvelle route en exégèse

Exégèse en questions. Paroles et paraboles des Evangiles : Il n’enseignait qu’en paraboles [1].

La thèse : Les évangiles ne sont qu’une immense fiction à base de paraboles ou d’allégories. Il faut donc les décoder à la lumière des Psaumes, des prophètes et de tout l’Ancien Testament !

Un premier fait s’impose : Jésus a parlé et personne n’a pris note. L’exemple le plus flagrant est celui du récit de la passion que nous avons. La question se pose : d’où vient-il ? Car, à partir du moment où les disciples ont fui lors de l‘arrestation, il n’y avait plus aucun témoin qui ait vu ou entendu ce qui s’est passé. Pourtant, nous avons un récit élaboré du procès et de la crucifixion.
Il faut dire que, pendant une cinquantaine d’années, les pages des évangiles n’ont été transmises que par oral dans les différentes communautés des disciples éparpillés, avant que les évangélistes ne se mettent à les rédiger. Si nous consultons l’histoire de la rédaction des textes du Nouveau Testament, nous découvrons que le premier « écrit » où Jésus est mentionné est la lettre aux Galates, écrite en 56. Et que disait-elle de Jésus ? Quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la loi [2]. C’est tout.

Aux environs de 80, Marc sort son évangile ; il est le premier à présenter un récit d’une vie de Jésus après ce que l’on appelle la source « Q », un hypothétique écrit qui a disparu [3]. C’est ici que ce groupe d’exégètes se pose la question : puisque la « Parole » dite de Jésus est devenue parole écrite après quasiment 50 ans d’oralité, ces écrits appelés « évangiles » sont-ils des écrits authentiques de ce qui s’est passé historiquement, ou un montage symbolique plus ou moins commun pour donner sens aux diverses communautés dans leur foi ? Car on ne trouve aucune trace de ce qui est écrit, ni chez des écrivains profanes, Flavius Josèphe entre autres, ni dans des archives de l’époque. Ce qui veut dire qu’il ne reste rie, ou très peu, des évènements historiques de la vie et des paroles de Jésus. La révélation a pourtant continué et continue encore et toujours. Se posent donc de nouvelles questions. Comment les Écritures sont-elles nées ? Qu’est devenue la parole initiale de Jésus par rapport à celle des évangiles ?

De quoi donc est-elle témoin, cette parole évangélique telle qu’elle nous est parvenue ? D’un fait historique de la vie de Jésus ? Ou d’une approche symbolique [4] – ce qui semble le plus sûr - qui mène à l’expression de la foi comme elle est exprimée dans les évangiles ?
C’est là une des grandes différences dans l’approche des Écritures entre catholiques et protestants [5]. Chez les protestants, la parole est tout ; il faut donc qu’elle soit sûre. Pour les catholiques, par contre, c’est plutôt le sacrement qui a priorité car la parole mène au sacrement et fait le sacrement. Le prêtre « dit » selon le « rituel » Je te baptise ou Ceci est mon corps, et le sacrement se fait. De plus, c’est l’Église romaine qui est la gardienne du dépôt. Nous sommes ainsi invités à croire à ses paroles et à leur effet dans la personne qui, par le baptême dans l’Esprit, est devenue fils ou fille de Dieu et membre de la communauté ecclésiale. Et s’il communie, il reçoit le vrai corps de Jésus, non pas son symbole.

Rudes questions que tout cela, mais revenons à la parole. Comme seule compte la parole pour les protestants, ils doivent en être sûrs. D’où la grande préoccupation de leurs exégètes : découvrir les sources et les origines de la véritable parole écrite, dans sa première nudité et fidélité si je puis dire. Cela explique les énormes travaux entrepris dès avant le XIXe siècle pour dégager la Parole de ses scories historiques, apocryphes ou piétistes. Nos frères poursuivent d’ailleurs toujours des recherches pointues pour découvrir les origines de la parole écrite [6]. Il s’est ainsi constitué tout un corpus de livres qui ont parus ces dernières années sur ces travaux ; ils ont été publiés par des protestants, mais aussi par des juifs, qui sont très intéressés à ces questions, ainsi que par quelques catholiques, plus discrets mais tout aussi passionnés [7]. Dans leur ensemble ils sont arrivés à la conclusion suivante, qui est leur thèse : en tant que documents historiques, c’est-à-dire comme témoins authentiques, les évangiles ne sont pas fiables pour présenter l’histoire de Jésus comme elle a été vécue ; il faut donc les lire non pas comme une histoire, mais comme un ensemble de symboles qui donnent sens à une communauté de foi.

Bien qu’à première vue cela ressemble à une remise en question de la Parole révélée et de l’écriture-même, c’est loin d’être cela. Il s’agit plutôt d’un approfondissement du sens des Écritures par des recherches et avec des moyens modernes plus pointus et plus raffinés. Cette approche, logique et concevable, ne s’apparente pas à une épreuve pour la « foi », sauf si elle est trop formatée et trop dépendante de formules sans nuances. Cela oblige toutefois à penser et à remettre en question bien des attitudes intellectuelles et religieuses toutes faites et figées.

[1] Mc 4. 26-34.

[2] Ga4. 4.

[3] On ne sait pas très bien ce que contenait cet écrit perdu, peut-être des paroles ou un schéma.

[4] En ce qui concerne l’interprétation des premiers chapitres de la Genèse et la chute, tous semblent d’accord pour y lire un « poème » bourré de sens, bien loin de toute approche historique ou scientifique.

[5] Appelons-les ainsi, bien que les interprétations et les dénominations présentent des différences assez prononcées : Luther ne pense pas comme Calvin.

[6] N’oublions pas l’assertion : sola scriptura.

[7] Voir la liste de quelques ouvrages sur ce sujet à la fin de cet article.

[8] La Bible du premier testament traduite en grec par 70 vieillards, d’où son nom de « Septante ».

[9] Voir exemples plus loin.

[10] Message enseigné.

[11] Jn 16. 7.

[12] Is. 7.11-16.

[13] Rm 15. 8.

[14] Message de bonne nouvelle.

[15] Mc 11, 12-24.

[16] Jean Delorme, L’heureuse annonce de Marc, Éd du Cerf, p. 25.

[17] Voir Ac. 2. 42 et suiv.

[18] Détruit en 70 de notre ère !

[19] Actes 1, 46-47 .

[20] Ils ne sont au fond pas si apocryphes et sont souvent mal connus.

[21] Chercheur juif avec Grunewald.

[22] D’origine alsacienne.

[23] Archevêque épiscopalien émérite américain.

[24] Polytechnicien français.

Publié le 23 février 2016 par Jean-Pierre Frey