Vers une Église « liquide » ?

Un long article paru dans la revue Études [1] analyse très finement le phénomène (approche phénoménologique) de la paroisse en devenir vers une forme de « paroisse liquide », bien difficile à inventer. Ce qui nous a surpris, c’est, sur les douze pages de l’article, l’absence d’une référence explicite au Christ, ou au Corps Mystique, ou même à un argument précis tiré de l’Évangile. Devons-nous surfer sur cette « liquidité » sans nous ancrer nulle part ?

La dimension mystique est cependant mentionnée, quoique brièvement. Or, cette dimension-là, qui est relation intime, directe, personnelle au Christ, constitue le fondement, le moteur et le carburant de toute vie chrétienne. Sans une telle relation – Sans moi, vous ne pouvez rien, dit le Christ - aucune vie de foi ou d’Église n’est possible. Elle se réduira à des pratiques, à des réseaux, dont l’objectif premier est d’être gérés par des « structures » (grand souci de l’auteur de cet article).

La dimension mystique, si vive au temps des cathédrales, nous paraît donc essentielle, basique, fondatrice en fait. Or, le Magistère s’en est constamment méfié, la traitant au mieux avec condescendance (quand la pression des fidèles devenait trop forte [2]).

Aujourd’hui, il apparaît que la hiérarchie et les théologiens seraient bien inspirés de changer de regard et d’attitude, de voir quel terreau il convient de nourrir, quelle dimension favoriser et développer en priorité : les structures ou la « liberté des enfants de Dieu ». Et qui dit liberté dit créativité. En contact vivant avec le Christ (mystique, sinon rien), nous vivons ipso facto en communion les uns avec les autres et nous nous sentirons assez forts pour inventer (localement d’abord), même dans les tsunamis et les tempêtes.

Ainsi vivrons-nous dans la pleine conscience, la forte confiance que le Christ est l’Alpha et l’Oméga de toute vie de foi, motivation première et objectif ultime.

[1] Armand Join-Lambert, Vers une Eglise « liquide », Études n° 4213, février 2015. L’auteur est professeur de théologie à l’Université catholique de Louvain.

[2] Exemple : Ste Hildegarde, décédée en 1179, enfin canonisée, entre autres, par Benoît XVI. Comme le dit bien l’axiome : Vox populi, vox Dei.

Publié le 23 février 2016 par Fernand Kochert