Vies enfouies

...en Dieu. Le levain dans la pâte, nul ne le voit. On reconnaît sa présence à son action.

Il existe des gens qui ont horreur qu’on parle d’eux. Il leur suffit d’être. Or il n’y a d’être véritable qu’en Dieu, ce feu caché au cœur du monde. Les vrais silencieux rayonnent de par leur présence. Que serait le monde sans eux ? S’il leur arrive de sortir de leur silence, ce peut être par devoir ou par nécessité. Leur parole a le poids du silence qui l’a porté. La chanson ne ment pas qui dit que trop parler, c’est maladie.

Que cachent donc les flots de paroles ? Sont ce des gens qui n’arrivent pas à en finir avec eux-mêmes qui parlent ainsi ? Interrogeons notre propre expérience. Les hommes assoiffés de silence et d’être méconnus, nous en avons connu. Qu’ils étaient grands, ceux qui s’enfonçaient dans le désert, toujours plus loin. Près de nous, il y a Charles de Foucauld. C’était dans le vrai désert qu’il s’enfonçait, celui fait de sable et de silence.
Il y en a eu bien d’autres. Qui parlait de cette petite fille, Thérèse Martin, qui a fait des mains et des pieds pour pouvoir s’enfouir dans le couvent de sa ville ? C’est seulement après sa mort, tôt survenue, qu’on n’en finit plus de parler d’elle.

Et puis, oui, il y a ceux qui ont toujours été sur le devant de la scène. Ils ont tenu le crachoir une vie active durant et ils n’arrivent pas à le déposer. Ils ne peuvent se résigner à rentrer dans les coulisses. Ils ont été victime des règlements humains (ce qu’on peut regretter) : démission forcée à 75 ans, ou même avant.
Qu’à cela ne tienne. Ils ont à reformer le monde par leur parole. Sont-ils de vrais ou de faux prophètes ? Maintenant que leur charge ne pèse plus sur leurs épaules, ils se sentent libres de parler, et ils ne s’en privent pas. Vous ne pouvez faire un pas sans tomber sur leur nom ; il y a ceux qui leur tendent la perche, comme au cinéma. Ce qu’ils ont été ajoute à leur notoriété. Ne jugeons pas trop vite qu’ils en soient assoiffés. Peut-être la méritent-ils ? Peut-être leur mission réelle est-elle de renverser les quilles. On ne peut éviter que les quilles fassent du bruit en tombant, mais c’est eux qu’on applaudit. Sont-ils des boules, ou des astéroïdes qui n’ont pas de trajectoire définie ?

Publié le 23 février 2016 par A. K. sma