Visages de la mission aujourd’hui ...

Incorporé dans la Société des Missions Africaines par un serment public, le membre assermenté s’engage « à annoncer l’Evangile aux nations, et spécialement en Afrique… Il promet de suivre le Christ et de tendre à la perfection de la charité ». Cet article 37, alinéa 2 des Constitutions et Lois, définit le cadre spécifique de la mission et en souligne par ailleurs l’esprit.

Des nations à l’Afrique

La spécificité de l’Institut se réduirait-elle à son engagement missionnaire et pastoral en Afrique et auprès des Eglises de ce continent ? Dans une certaine mesure, il est permis de le penser. Pour certains confrères, le champ exclusif de la mission est l’Afrique. Les missionnaires viennent d’Europe et d’Amérique du Nord pour y annoncer la Bonne Nouvelle, former des prêtres autochtones, établir une hiérarchie locale et promouvoir le progrès des peuples, spécialement des plus abandonnés. C’est dans le strict respect de ces principes que les membres se conformeraient aux traits esquissés par le fondateur. On se rappellera à cet effet que la Société des Missions Africaines a « pour but principal l’évangélisation des pays d’Afrique qui ont le plus besoin de missionnaires (…) ; indépendamment du soin qu’elle donnera aux missions qui lui sont confiées, la Société travaillera constamment à préparer les voies pour pénétrer dans les lieux d’Afrique où il n’y a pas encore de missionnaires [1]. » L’orientation est toute indiquée. Le mouvement se fait du nord au sud même si l’article 2 des Constitutions et Lois en relativise la portée. L’insistance sur la spécificité africaine n’atténue en rien la vocation première de tout missionnaire à proclamer le Royaume de Dieu : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création [2]. » Force est de constater que les Missions Africaines n’ont pas échappé à cette dynamique. C’est ce qui explique, même de manière marginale, la présence SMA en Argentine et en Australie.

De la première évangélisation à la pastorale urbaine

Cette discussion est aussi portée sur un autre registre dans l’opposition entre l’évangélisation en milieu rural et l’évangélisation en milieu urbain. La valeur du missionnaire serait mesurée à l’aune de son insertion. Le prototype du missionnaire serait donc celui qui recule les limites de la « civilisation », brave les conditions d’existence difficiles, intègre les différences culturelles et demeure toujours prêt à explorer d’autres voies. C’est le modèle traditionnel du missionnaire itinérant et fondateur.
Tel est le charisme exprimé par Mgr Melchior Marion de Brésillac : « Le missionnaire est avant tout l’apôtre des non chrétiens ; il doit toujours être disposé à aller ailleurs : Heureux le missionnaire apostolique qui fonde des Eglises et qui, aussitôt qu’il les voit établies, court ailleurs pour en fonder de nouvelles [3]. » Dans cette logique, un véritable missionnaire passe la main dès que possible au clergé diocésain pour la gestion pastorale des structures établies. La mission en milieu urbain apparaît dès lors comme un luxe. Mais nombreux sont aussi les détracteurs de ce modèle de la première évangélisation. Au-delà des particularités relatives à chaque milieu, il ne faut jamais perdre de vue que le missionnaire se veut un signe du Royaume. Il oriente les hommes vers Dieu et les rend attentifs aux besoins que les uns ont des autres.

Des aréopages modernes

Tout en sauvegardant la spécificité de la mission ad gentes, Jean-Paul II reconnaît dans l’Encyclique Redemptoris missio « un bouleversement des situations religieuses et sociales qui rend difficile l’application effective de certaines distinctions et catégories ecclésiales jusque-là communément utilisées [4]. »
Cette réalité appelle à un dépassement de l’imaginaire missionnaire qui doit désormais intégrer la triple dimension des territoires, des phénomènes sociaux nouveaux et des aréopages modernes. L’activité missionnaire n’est donc pas confinée à un domaine spécifique. Elle oriente l’homme vers la pleine connaissance de Dieu. Dans un tel contexte, ce qui importe davantage, c’est le témoignage.
« La première forme de témoignage est la vie même du missionnaire, de la famille chrétienne et de la communauté ecclésiale, qui rend visible un nouveau mode de comportement. Le missionnaire qui, malgré toutes ses limites et ses imperfections humaines, vit avec simplicité à l’exemple du Christ est un signe de Dieu et des réalités transcendantes. Mais tous, dans l’Eglise, en s’efforçant d’imiter le divin Maitre, peuvent et doivent donner ce témoignage ; dans bien des cas, c’est la seule façon possible d’être missionnaire [5]. » Cette nécessité du témoignage est de plus en plus ressentie dans les entités d’envoi en Europe, en Amérique, en Inde et aux Philippines. Même si certaines expériences concluantes sont en cours, il reste encore beaucoup de chemins à parcourir pour en faire une pratique normale au sein de la Société des Missions Africaines.

« Etre missionnaire du fond de mon cœur… »

Sans renier la préférence africaine, la mission doit alimenter toute l’existence du missionnaire, le motiver dans chacun de ses choix, le disposer dans la fidélité à l’appel du Seigneur qui fait de lui son messager au monde et à tout homme. Le missionnaire devient ainsi dépositaire de valeurs qui le dépassent. Dans la continuité aux convictions qui animaient Mgr Melchior de Marion Brésillac, comment pouvons-nous être missionnaires du fond de notre cœur dans un contexte sans cesse en mutation ? Telle est, à mon sens, la principale question qui doit nous tenir en éveil. Le grand défi auquel l’Institut est aujourd’hui confronté est celui de l’adéquation entre l’idéal promu par le fondateur et les réalités présentes. Au vu de l’évolution actuelle, l’avenir de la mission réside dans la mutualisation des forces, des moyens et une plus grande internationalisation des équipes.
Une chose est certaine, au-delà de tout attachement à un territoire donné, l’enjeu essentiel de la mission se joue dans le vécu de la foi et l’imitation du Christ. C’est d’ailleurs toute la problématique de la nouvelle évangélisation, qui affecte non seulement les communautés de vieille tradition chrétienne, mais aussi les nouvelles communautés dont les membres se sentent de plus en plus écartelés.
Il s’agit de susciter une véritable ferveur dans la transmission de la foi et le témoignage de la charité. C’est en ce sens qu’on peut parler d’évangélisation comme art de vivre. Elle porte des fruits qui illuminent la vie de l’homme, donne la lumière, la joie et un chemin de vie à tant de personnes. Il est important que les Missions Africaines accompagnent ce mouvement aussi bien en Afrique qu’ailleurs. Dans un cas comme dans l’autre, les missionnaires sont au service de l’Eglise par l’annonce de la Bonne Nouvelle, le vivre ensemble et la communion fraternelle.

[1] Société des Missions Africaines, Constitutions et Lois (révisées), « Liminaire : l’esprit du fondateur », n° 3, Rome, 2004.

[2] Mc 16, 15.

[3] Société des Missions Africaines, Idem, n° 4, a.

[4] Jean-Paul II, Redemptoris missio, n° 32.

[5] Jean-Paul II, Idem, n° 42.

Publié le 28 septembre 2011 par Nestor Nongo Aziagbia