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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Entre le bœuf et l’âne gris
Article mis en ligne le 25 janvier 2009
dernière modification le 24 août 2010

par Jean-Pierre Frey

Une méditation pas très « orthodoxe » sur Noël… En « bruit de fond », écoutons le conte des Trois messes basses d’A. Daudet dans « Les lettres de mon moulin ». En tout cas, vu la conjoncture, Noël est à consommer avec modération cette année.

En Afrique, pour le baptisé catholique, trois choses marquent Noël : pour « présenter » la fête, il faut un nouveau pagne, et pour « manger la fête », il faut un foutou d’igname et une bonne part de « cochon ». Il faut dire que l’igname dans le quotidien a été peu à peu « chassé » par le riz, plus facile à cultiver et à transporter, et le nouveau pagne est souvent un « produit » de la mission [1]. Mais le cochon reste le vestige d’une coutume que les anciens Pères de l’Est, alsaciens et autres, avaient introduite dans le Nord de la Côte d’Ivoire comme ressource de survie pour la mission [2]. Ce sont les trois items de la fête de Noël dans cette région, un territoire très limité. Mais ailleurs ?…
« Ailleurs », et depuis fort longtemps, Noël est devenue la fête de la consommation en masse, alors qu’elle devrait se situer aux antipodes comme la fête de « l’anti consommation » dont rêvait St François, qui voulait en faire la fête des pauvres et du partage. Mais les hommes, et même les chrétiens,se sont laissés emporter par l’esprit du temps. L’empereur Auguste, déjà, avait fait sa recension pour voir combien « valait » son empire en matériel humain, donc en impôts à percevoir ! Travaillez plus pour gagner plus (ou moins !) est l’aboutissement logique du slogan : allons acheter au supermarché, et en passant, allons consommer à la cafétéria. On ne travaille plus pour produire ou créer, mais pour consommer. Et la « pub » invente et génère de plus en plus de besoins à satisfaire ! Mais tout ceci, c’était avant… Oui, avant la déroute des banques et du capitalisme qui a tout inversé.

Affiche de la Banque Alimentaire espagnole.
Photo Marc Heilig

Car, selon les paramètres de l’Évangile, dans le Royaume, c’est le plus qui sera le moins et le moins sera le plus, selon une logique du type : les premiers (servis ?) seront les derniers et les petits seront les grands… Vous me direz que cela ne peut exister ! Sans doute, mais uniquement parce que nous ne voulons pas que cela existe. Or selon l’Évangile, c’est nous les « intendants » responsables du Royaume et de ses comportements. Et voici venus, semble-t-il, les temps de la sagesse, orientale ou occidentale, ou l’art de savoir se passer de l’accessoire - le culte du « rien » ou le rêve équilibré et sans excès à la portée de chacun : si ton budget ne te permet pas d’aller en Thaïlande, va à Vienne. « Todo y nada » – le tout et / est le rien, disait Saint Jean de la Croix, l’ami de la grande Thérèse d’Avila. Tu choisis le rien et le tout te sera donné en surcroît. J’avoue que cela « vole très haut » au dessus de nos têtes et de nos capacités. Mais avec un peu de méditation, cela marchera peut-être.

Les Juifs ont appelé pendant des siècles un messie libérateur. A peine était-il né qu’ils voulaient déjà le tuer (Hérode et les Sts Innocents). C’était donc un homme dangereux dès le commencement, précisément parce que dans son Royaume, c’est le petit qui est grand et que pour lui l’essentiel devient vite l’accessoire. Mammon, vous connaissez ? C’est le démon des richesses, et c’est une force quand il n’est pas « perverti » ou détourné par toutes ces pratiques barbares comme hedge funds et sub primes [3], et parachutes dorés pardessus le marché ! …. Alors on pourra dire : en ce temps-là, en l’an 2008 il est né entre une sub prime et un hedge fund… Arrivant en parachute doré, on aura ainsi fait ce que les spécialistes appellent un « midrash », une adaptation de l’Écriture à la réalité actuelle !

Affiche de la Banque Alimentaire.
Photo Marc Heilig

Oui, le temps est venu de célébrer avec sagesse et équilibre cette fête dans une vraie étable, en faisant taire nos désirs exaspérés de consommateurs ! Tout le reste nous sera donné par surcroît ! Cela suppose ce que l’on appelle en allemand eine Umstellung – que les dictionnaires traduisent par inversion / introversion / conversion. Jésus également parle de conversion : « En vérité, je vous le déclare, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux [4]. » Alors, ne gâtons pas « les enfants du Royaume ». C’est dur, je le sais ! Mais une Umstellung / inversion s’impose, vous dis-je !

Car n’oublions pas qu’un milliard de personnes auront faim en 2009 [5] … Une personne sur six !

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