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La crise sociopolitique au Togo
Article mis en ligne le 30 septembre 2019

par Jules Materne Adator

S’il existe, depuis 50 ans, un pays de la sous-région ouest-africaine où il n’y a ni alternance, sinon de père en fils, ni changement de parti politique au pouvoir, sinon une métamorphose du RPT en UNIR [1], c’est bien le Togo. En fait, le pays reste le seul dans le golfe de Guinée où les dirigeants font croire au peuple que tout va bien sur les plans politique, social et économique, alors que la vérité saute au yeux. Jusqu’à quand certains leaders politiques togolais vont-ils chercher à cacher le soleil avec la main ? Si le peuple a été dupe hier, du temps du père, il a aujourd’hui appris à connaître ses droits et les moyens légitimes de les revendiquer ; ayant ainsi grandi, il a finalement compris que le pays a besoin d’une réforme institutionnelle et constitutionnelle afin de s’inscrire enfin sur l’échiquier d’une véritable démocratie, gage de paix et de développement. Tout le monde parle de crise sociopolitique au Togo. Et c’est vrai : le pays ne va pas bien, il est en crise.

Place à Lomé
Photo Roby Bucher

Quelle est la toile de fond de cette crise ?

Tout a commencé le 19 août 2017, le jour où M. Tikpi Atchadam, leader du PNP, le dernier né des partis politiques de l’opposition, a organisé une manifestation pacifique pour réclamer des réformes constitutionnelles. Cette marche a été émaillée de violences, durement réprimées, à tort ou à raison, par les forces de l’ordre.

Puisque le pouvoir en place a voulu étouffer le droit à manifester de la population, et fort de la raison bien fondée des revendications pour un meilleur avenir des citoyens togolais, une coalition de 14 partis politiques de l’opposition s’est formée autour du PNP afin de mener à bien cette lutte de libération du Togo pris en otage par le famille Gnassingbe depuis un demi-siècle. Dès lors, les marches se sont répétées sur toute l’étendue du territoire. A chaque manifestation, le pouvoir a toujours réprimé violemment les manifestants. Mais ces intimidations violentes sont loin de neutraliser la détermination et la volonté des Togolais. Car s’ils ne réclament pas leurs droits par la voie des manifestations de rue, ils n’ont aucune chance, ni eux ni leurs enfants, d’aspirer un jour à la magistrature suprême. Les répressions des forces de l’ordre ou des milices ont fait beaucoup de victimes, de blessés graves et d’exilés dans leur propre pays. Pourtant, plus ils sont violentés, interpellés, voire emprisonnés, plus les gens, de toutes les couches sociales, sortent massivement à l’appel de la coalition de l’opposition pour exprimer leur exaspération contre la mauvaise gouvernance du pays par la seule famille Gnassingbe avec la complicité de ses alliés nationaux et internationaux.

Que revendique la population togolaise ?

Le peuple togolais veut désormais un changement de ses dirigeants. Il veut le renouvellement de l’équipe gouvernementale afin de donner un nouveau souffle au pays et un nouvel élan à sa jeunesse, qui a perdu tout espoir. Ainsi, sur la liste des revendications figurent, entre autre, le retour à la constitution originelle de 1992 qui limite le mandat présidentiel à deux, le changement de mode de scrutin à deux tours, le vote de la diaspora et la libération des prisonniers politiques.

La pression est telle que la population est plus que jamais décidée à en finir avec le régime RPT-UNIR. Le gouvernement a accepté les réformes, tout en transmettant au parlement un projet de loi pour la modification de la constitution. Le peuple veut que cette nouvelle loi sur le mandat présidentiel soit rétroactive. Mais le pouvoir s’obstine à dire que ce n’est pas possible. Et c’est là où le bras de fer entre gouvernement et opposition devient plus sérieux encore, poussant à de nouvelles manifestations. En réalité, accepter une simple réforme constitutionnelle seulement sur la base de la limitation du mandat présidentiel donnerait la possibilité au fils de Gnassingbe de briguer encore un nouveau mandat en 2020 si cela n’est pas accompagné de la phrase protectrice : En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats [2]. Sans cela, puisque chacun sait ce qu’a toujours donné le résultat des élections présidentielles depuis un demi-siècle, ce serait dire qu’il se présenterait encore en 2025, totalisant ainsi 63 ans de règne de la dynastie Eyadema et fils. Et qui sait ? De fil en aiguilles, cette famille pourrait régner indéfiniment sur le pays.

Marché à Badou (Togo)
Photo Jean-Marie Guillaume

Le Togo serait-il devenu la propriété privée de la famille Gnassingbe ?

Même si le comportement de certains leaders politiques togolais laisse penser que le Togo ne pourrait pas être proprement gouverné sans la famille d’Eyadema, le plus petit des Togolais sait aujourd’hui que c’est une manipulation de conscience et une supercherie. Le moment est donc arrivé de crier haut et fort qu’une seule famille s’est approprié la magistrature suprême de son pays pendant trop longtemps.

Les évêques, qui sont de dignes fils de leur pays, ne sont pas restés insensibles à la situation déplorable de cette crise. A cet effet, ils ont fait une déclaration en faveur des réformes tant souhaitées par le peuple en disant : La conférence des Évêques du Togo n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme sur la crise que traverse notre pays. Vivement préoccupée par la situation sociopolitique que nous vivons depuis quelques semaines, elle a jugé opportun d’organiser dans tous les diocèses une prière de supplication en faveur de la paix, plus précisément en faveur des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Son objectif est d’implorer la lumière de l’Esprit Saint sur les plus hautes autorités de notre pays afin qu’elles opèrent urgemment les réformes demandées par le peuple conformément à la constitution de 1992.

Ils ont ainsi condamné les violences occasionnées par la crise et ont invité chacun à la retenue pour éviter à notre chère patrie de sombrer dans le chaos. En tenant compte de leur fonction prophétique, ils ont invité les protagonistes à un dialogue, tout en plaidant en faveur d’une rencontre dépassionnée entre le pouvoir et l’opposition politique, une rencontre sincère et responsable devant l’Histoire, qui porterait sur les questions de fonds afin d’offrir des garanties sérieuses pour la mise en œuvre d’une solution consensuelle durable. Ils ont également invité les fidèles catholiques à intensifier leur prière de supplication et d’intercession pour que le Seigneur touche enfin les cœurs des uns et des autres et donne à chacun le courage de renoncer à ce qui pourrait bloquer le cheminement vers une sortie rapide de crise.

Y a-t-il un espoir ? Le gouvernement a fait quelques timides déclarations pour inviter l’opposition au dialogue. Mais la population n’attend qu’une chose des dirigeants au pouvoir : la volonté politique fondée sur la vérité pour signer la fin de cette crise. La simple annonce du président de la République disant clairement à son peuple qu’il ne se présenterait plus à la prochaine élection présidentielle de 2020 suffirait à résoudre l’inquiétude que connaît le pays depuis plus de deux mois. Tout rentrerait dans l’ordre ! Les yeux de tous les Togolais sont tournés avec impatience vers l’espoir de ce jour de salut afin que renaissent enfin la paix et la stabilité sur la terre de nos aïeux.

Jules Materne Adator, auteur de cet article, est Supérieur Régional SMA.

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