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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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La mission de Kolowaré, diocèse de Sokodé
Article mis en ligne le 30 septembre 2019

par Silvano Galli

En 1935, l’Administration française décide la construction d’une léproserie à Tchamba, sur la route de Sokodé. On choisit un terrain au bord de la rivière Kolowaré et on fit venir des lépreux d’un peu partout. Pour encourager les malades à s’y installer, le gouvernement fit construire des cases et offrit des instruments de travail, houe, daba, coupe-coupe, meule etc. Ainsi s’est crée le village de Kolowaré. On bâtit un dispensaire provisoire, qu’un infirmier prit en charge. Chaque mois, les malades recevaient un petit pécule.

Les Sœurs NDA

En 1943, Mgr Strebler fait des démarches en vue de confier la léproserie aux Sœurs NDA. Il leur obtient l’autorisation de la visiter régulièrement et de donner les soins [1]. Une fois par semaine, l’hôpital de Sokodé met une voiture à leur disposition. Le dispensaire est cédé aux religieuses en 1952 grâce à Mgr Lingenheim ; il leur construit une maison d’habitation et décroche un crédit pour des bâtiments en dur. Les Srs Anne Marie Angst, Marie Fernande et Marie-Marie s’installent à Kolowaré. En 1953, les religieuses ouvrent une école dans des locaux provisoires, sous la direction de Sr Auguste. Peu après arrivera Sr Antoinette Utard. Leur dévouement et leur charité gagnent aux Sœurs la sympathie des malades.

Procession d’entrée devant l’église de Kolowaré (Togo)
Photo Silvano Galli

Communauté chrétienne et école

Elles commencent la catéchèse et peu à peu naît une petite communauté chrétienne. D’autres religieuses se succèdent. En 1960 arrive Sr Anne Marie Buzon, surnommée « De Gaulle » à cause de sa haute taille, qui s’occupe du dispensaire. Sr Marie Fernande, tout assumant la fonction d’infirmière, se charge du Centre de re-education [2]. On construit 3 nouveaux bâtiments de classes en 1963. Les activités au dispensaire se diversifient petit à petit. En 1969, Sr Cécilia Hossann prend l’école en main et Sr Cécilia Heinrich, l’année suivante, la nutrition infantile et l’animation rurale auprès des femmes. Dans les années 70, Sr Marie Buzon introduit la traction animale. On achète deux paires de bœufs, du matériel agricole et un petit motoculteur. On met en route une ferme, qui est confiée au bouvier Yacoubou. Celui-ci dessouche les arbres et laboure 17 ha de terrain. Les terres arables sont partagées en parcelles : chaque malade nécessiteux en obtient une et l’exploite pour son compte.

En 1974, le Père Henri Bannwarth fonde la mission de Tchamba, à laquelle est rattaché le village de Kolowaré. Deux bâtiments scolaires sont construits en 1979 et 1982. La vie au dispensaire continue avec de nouvelles religieuses. Sr Mathilde Tanneau, qui a laissé un grand souvenir partout au village, réorganise l’établissement en formant des infirmiers et des aides soignantes car il prend toujours plus d’envergure et attire les malades de partout, même de Tchamba et de Sokodé. Sr Rita Maria Refatto les faisait travailler en organisant différents ateliers : poterie, bijouterie, couture, cordonnerie... Les produits étaient ensuite vendus en faveur des malades. De 1989 à 1995, Sr Piera Sangalli est la nouvelle responsable du Centre et les malades hospitalisés sont accueills dans de nouveaux batiments. Elle sera remplacée par Sr Maria Assunta Ferrario. A la fin des années 90 arrivèrent les Srs Maria Rusconi, Mariangela Biasini et Véronique Babalima, qui s’occupa aussi des femmes du village en leur apprenant la couture, la broderie et le tricot. En 2003, Sr Antonietta Profumo prend la responsabilité de l’Unité Sanitaire. On transforme les vieux magasins en bibliothèque pour les élèves. En 2008, les Sœurs bâtissent un Centre nutritionnel de 16 places derrière la maternité ; on y trouve aussi une antenne d’ophtalmologie.

Le diacre Emmanuel, le Père Michel et le Père Silvano
Photo Silvano Galli

La nouvelle lèpre

Le PNLS [3] a reconnu le dispensaire comme centre de soins pour les malades du Sida en 2009 et fournit gratuitement les antirétroviraux. Chaque jour, des malades viennent de partout : environ 2000 par mois, pour près de 600 nouveaux cas. Après consultation, les patients peuvent faire les analyses et les retirer avant leur depart ; une pharmacienne est à leur disposition pour leur remettre les médicaments dont ils ont besoin. On compte actuellement plus de 500 malades sous traitement et 916 malades suivis. Le lundi, le mercredi, le vendredi sont toutefois réservés aux soins des lépreux, car il y en a encore une quarantaine.

Le Centre de santé est composé de salles de consultation et de soins : chambres d’hospitalisation pour les malades gravement atteints, laboratoire d’analyse, pharmacie, centre nutritionnel pour les enfants malnutris, atelier pour les prothèses et les chaussures, maternité et service d’imagerie avec radiologie, écographie et ECG.

Aujourd’hui, quatre religieuses NDA interviennent au CMS de Kolowaré : deux italiennes, Srs Antonietta et Regina, et deux togolaises, Srs Béatrice et Lucienne. Le Dr Niman assure deux fois par semaine les consultations externes et la prise en charge des malades hospitalisés ; il participe à la gestion de la structure. Le Centre de Kolowaré est doté d’une ambulance, don d’amis italiens, ainsi que d’un électrocardiographe et d’un échographe depuis 2012 ; la radiologie est opérationnelle depuis 2014. Le pavillon d’ophtalmologie est très performant : un ophtalmologue de Sokodé donne des consultations hebdomadaires et un professeur de Lomé vient régulièrement opérer de la cataracte.

Messe de l’Epiphanie à Kolowaré
Photo Silvano Galli

Naissance de la paroisse de Kolowaré

Chaque fois qu’ils le rencontraient, les représentants des chrétiens de Kolowaré sollicitaient l’évêque pour lui demander que leur village devienne une « paroisse » à part entière, qui ne dépende plus d’une autre ; ils voulaient être autonomes, s’occuper eux-mêmes de la vie de leur communauté. Ils sont même allés plusieurs fois directement à l’évêché de Sokodé pour rencontrer l’évêque, qui les accueillait et les écoutait. Ces visites se sont répétées souvent durant une dizaine d’années. Les documents pour la nouvelle paroisse étaient prêts, les limites tracées ; seule la mise en œuvre manquait et les souhaits du peuple n’étaient jamais réalisés.

Puis fut désigné un nouvel évêque, qui prit à son tour connaissance de ce projet. Le 8 août 2016, il téléphone : « Dimanche 14 août, je célébrerai la messe à Kolowaré ». Et il nous en a fait la surprise ! Il arrive un peu avant 8 h et je l’accompagne sur la place, à côté de l’église, où se prépare la chorale des jeunes universitaires. Il s’approche et lance : « Je vois que vous animez bien votre paroisse, autour de votre curé ». Le premier message est lancé. Je suis surpris, mais je reste calme. Il peut ainsi rencontrer la communauté et se rendre compte de sa vitalité. À la fin de la messe, il demande : « J’ai entendu que vous vouliez changer de statut. Vous ne voulez plus vous appeler « station secondaire », mais « paroisse ». Est-ce vrai ? » Imaginez les cris qui résonnent dans toute l’église ! « Eh bien, continue-t-il, je rentre à la maison et prépare l’acte de naissance, je connais le nom du Père. »

Le dimanche 28, l’évêque revient déjeuner avec nous pour une visite privée et pour finaliser les derniers détails. Le jour est fixé au 17 décembre, date à laquelle Monseigneur, après les ordinations presbytérales, doit officiellement annoncer la naissance de la nouvelle paroisse à la cathédrale.

Il était de nouveau parmi nous le jour de Noël, pour officialiser l’événement et installer le nouveau curé, qui était là depuis une douzaine d’années. Grande était la joie de la communauté, particulièrement sensible aux attentions de son évêque. Kolowaré est la première paroisse qu’il a érigée après son ordination épiscopale. Après la cérémonie, il a rencontré les différents membres de la communauté, en particulier le conseil forain qui sera bientôt transformé en conseil paroissial.

Le rosaire à Kolowaré
Photo Silvano Galli

La nouvelle paroisse grandit : les premiers baptêmes

La paroisse est née et a immédiatement commencé à grandir avec les premiers baptêmes. Petit à petit, on vient inscrire les enfants, et une carte est préparée pour chacun d’eux. Certains parents ne sont pas encore baptisés. Ils vont à l’église ou ne sont que des sympathisants, mais eux aussi demandent le baptême pour leurs enfants. C’est l’occasion de les aider à réfléchir au chemin qu’ils doivent emprunter avec leurs petits : ainsi, les parents mettent au monde les enfants, et ceux-ci mettent à leur tour au monde leurs parents.

Des couples musulmans désirent aussi faire baptiser leurs enfants. Cela s’est déjà produit avec Afisetou et Saybou, puis avec Aminetou et Bouraima, les parents d’Élise et Habib. Aminetou, la mère d’Habib, vit à Saziré, dans une ferme au milieu de la savane. De temps en temps, quand elle revient au village, elle passe me voir à la mission : « A Saziré, dit-elle, j’assiste toujours aux prières du dimanche avec Habib ». Afisetou, quant à lui, participe à la messe dominicale de Kolowaré. Il y a quelques semaines, il m’a dit : « Apprends-moi à prier, je veux, moi aussi, me mettre en chemin ».

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