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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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La mission de Robert Chopard-Lallier sma
Article mis en ligne le 2 mars 2010
dernière modification le 26 août 2010

par Jean-Marie Guillaume

« Il est important pour nous de faire mémoire du travail et de la vie du Père Robert Chopard-Lallier », m’écrivait sœur Rose Marie, lorsqu’elle me proposait de parler de lui. Le Père Robert, à la fin de son parcours terrestre, a été ramené au village, où tout a commencé. C’est ce qui arrive pour les Africains qui ont quitté leur village et ont fait carrière ailleurs : ils se font enterrer auprès de leurs ancêtres auxquels ils se sentent liés.
Venir au Chauffaud pour les sœurs de la Retraite Chrétienne qui sont parties, en tant que Congrégation, au Bénin, est comme un pèlerinage aux sources, un pèlerinage au tombeau du fondateur. Dans nos instituts religieux ou de vie apostolique, nous aimons revenir auprès de nos fondateurs, scruter leur personnalité, leurs écrits, afin de nous inspirer de leur foi et de leur détermination, reprendre force et courage pour continuer l’œuvre qu’ils ont entreprise avec beaucoup d’audace. « Robert, frère de nous tous, père de nous tous, tu as ensemencé nos vies, nos cœurs, notre amitié... Tu as ensemencé l’âme des jeunes qui t’ont vu vivre et mourir. Tu as enrichi l’âme de tes frères et sœurs. Aujourd’hui tu nous es précieux comme les reliques d’un saint [1]. »

Enraciné dans un terroir
Evoquer le travail, la vie et la vision missionnaire du Père Robert Chopard-Lallier est une tâche délicate, tant sa personnalité est riche... Je vais essayer de retracer les étapes de sa vie en même temps que son itinéraire spirituel à travers lequel nous le voyons mûrir et parvenir à un détachement total. Pour cela, je lui donnerai souvent la parole, reprenant quelques uns de ses textes dont la plupart a été recueillis dans le petit livre intitulé Le sarment qu’on émonde [2].
Le Père Robert Chopard Lallier était très attaché à son terroir natal qui l’a modelé, à sa famille, à son diocèse d’origine. Il fait partie de cette qualité d’hommes qui est sorti de la ferme comtoise Sur la Roche. Il fut un immense cadeau pour sa famille, pour le diocèse de Besançon, pour la Société des Missions Africaines, pour la République du Bénin, pour la préfecture apostolique de Parakou, pour les soeurs de la Retraite Chrétienne, pour l’Église toute entière. Membre de la Société des Missions Africaines, il a su mettre en pratique les grandes orientations missionnaires de son fondateur, Mgr de Marion Brésillac.


Formation
Elève brillant, travailleur, sensible, durant ses études secondaires au petit Séminaire de Notre Dame de Consolation (1933-1938), « il porte en lui un terrible obstacle de diction, le bégaiement [3] » qui le fait douter de sa vocation... Et c’est à force de volonté, de travail, qu’il arrivera à surmonter cet obstacle. Voulant être missionnaire, il entre au grand séminaire des Missions Africaines de Lyon en 1941. Ordonné prêtre pour les missions le 6 janvier 1945, alors qu’il prend la résolution de ne pas devenir un intellectuel cloué sur les bancs, mais d’aller au devant des gens, il est désigné pour une licence de théologie à la faculté de théologie catholique de Lyon. Il est ensuite retenu pour deux ans (1945-47) comme professeur de philosophie à l’école apostolique des Missions Africaines à Chamalières. Il en profite pour passer une licence en lettres.

Professeur et directeur et éducateur
Trois ans après son ordination, il est finalement désigné pour le Dahomey [4]. Mais il est prêté pour le Togo, comme professeur à l’école normale de Togoville, dont il devient le directeur de 1941 à 1951. Cette école accueillait des jeunes chrétiens togolais et dahoméens en vue de l’enseignement dans les écoles privées. Très vite, il discerne qu’on ne formait pas ces jeunes pour l’Église, « mais pour la promotion africaine ». De l’école normale de Togoville, il passe au collège Saint Joseph de Lomé qui venait d’être fondé et dont il devient le directeur en 1951.

De Lomé, en 1953, il rejoint le Dahomey où il est nommé professeur d’Écriture Sainte et recteur du Grand Séminaire Saint Gall de Ouidah. C’est une très lourde responsabilité. Son zèle lui fait mener à bien cette œuvre, mais au bout de deux ans d’un travail intensif, il doit laisser le séminaire qui est confié aux Pères Sulpiciens, spécialisés pour la formation des prêtres et la direction des grands séminaires. « Expérience du désintéressement ! », confie-t-il au Supérieur Général.

Il rentre en congé pour quelques mois, durant lequel un accident de scooter l’emmène à l’hôpital cantonal de Genève. Il y côtoie toutes les misères physiques et morales, et y découvre avec bonheur l’accueil des protestants. Cette expérience lui ouvre les horizons de l’œcuménisme et d’une cohabitation pacifiée avec les Musulmans. Durant la première session du Concile Vatican II, à laquelle il participera, il apportera une contribution appréciée pour le « décret sur l’œcuménisme ». Il retourne ensuite à Cotonou comme professeur de philosophie au Collège Aupiais.


Préfet apostolique de Parakou
C’est au Collège Aupiais que, en fin d’année 1956, sa nomination comme préfet apostolique de Parakou vient le surprendre. Il a 35 ans. Parakou se trouve au centre du pays, à 500km de Ouidah. Il n’y a jamais mis les pieds, il n’a jamais été responsable de paroisse. Le pays est tout autre, un climat différent, des langues différentes, une mentalité différente… Une population peu chrétienne, surtout musulmane ou de religion traditionnelle… Un pays de savane, avec des sécheresses qui entraînent des famines, une population plutôt pauvre. Le chef de mission qu’on appelle préfet apostolique a pour objectif de tout faire pour que ce territoire devienne diocèse... C’est pour Robert un immense défi qu’il va affronter avec toute sa foi et son énergie.

La préfecture apostolique couvre presque les deux tiers du pays, soit 70.000km², une fois et demi la superficie de la Suisse... Aujourd’hui, cette partie du pays compte cinq diocèses. Le Père Chopard-Lallier raconte ses soucis de préfet apostolique à un confrère dans une lettre du 27 avril 1957 :
Le second et le troisième mois pour un nouveau préfet sont durs. On fait le tour des difficultés et on est pris entre deux feux. D’une part, il n’y a pas à traîner et il faut agir comme un homme de décision et de progrès ; d’autre part, on est impressionné par les petits moyens dont on dispose... et on a peur de s’endetter. J’ai des nuits qui, vers le matin, se terminent en d’interminables points d’interrogation.
Il y a la grosse question de nos écoles : 43 écoles ouvertes. 104 maîtres ; 103 certifiés... des indemnités qu’on ne peut pas payer. Ni vente de charité, ni cotisation scolaire, pas encore de prime aux examens. Des Pères qui paient le supplément ou ne le paient pas selon leur gré et leur possibilité. Un inspecteur féroce pour nous au nord... Petite minorité de chrétiens, nous prenons conscience de notre retard... Des enfants tout juste en passe d’être baptisés, cela fait une communauté d’enfants, mais pas encore une vraie chrétienté. Nous sommes vraiment encore à l’âge où le missionnaire exerce la tutelle par rapport à la chrétienté locale, et il n’y a pas de méthode plus « scientifique » que l’envoi de catéchistes.
Je pensais aux congrégations. D’abord des sœurs, puis des religieux. A quoi servent nos quinze stations s’il n’y a que cinq internats de filles. Je vais chercher, et comme les sœurs de ND des Apôtres se récusent, il faut pêcher ailleurs. Je voudrais des sœurs pour l’hôpital de Parakou. Je voulais un frère des Missions Africaines pour constructions, imprimeries, pas d’espoir...

Face à la situation de la Préfecture apostolique, Mgr Robert s’est donné trois priorités : le clergé africain, la recherche d’autres congrégations, la formation d’une élite sociale du Nord. Pour réaliser ces objectifs, il nomme en 1960 un confrère à la direction des écoles et des œuvres, et un autre pour lancer un petit séminaire à Parakou. En novembre, il quitte son logis de fortune pour la maison en dur qui deviendra plus tard l’évêché. A Parakou et à Natitingou, un centre de formation des catéchistes est créé. En 1959, il accueille les sœurs de la Retraite Chrétienne, pour l’éducation, le soin des malades, la catéchèse, la promotion féminine, la proximité avec les pauvres. Il y avait du travail il y à 50 ans lorsqu’elles sont arrivées, il y en a encore aujourd’hui...

Des moniales cisterciennes s’installent au lieu-dit L’Etoile, à une dizaine de kilomètres au nord de Parakou. Dans sa lettre pastorale du 2 février 1962, Robert dit sa fierté de ce lieu de prière : Centre de prière pour la vie intérieure de l’Église et pour son unité. … Et bientôt, nous l’espérons, foyer de vocations à la vie contemplative… Les deux premiers prêtres de la Préfecture sont ordonnés en 1964. A la mi-février de cette même année a lieu la bénédiction du petit séminaire de Parakou.


La création de deux nouveaux diocèses, retrait du préfet apostolique
La création, non pas seulement d’un diocèse mais de deux, se prépare. Le 6 mars 1964, le Père Nanin, recteur du Grand séminaire de Ouidah, apporte un message à Robert : « Je vous annonce une mauvaise nouvelle : les deux évêques sont nommés... ce n’est pas vous... »
Je me suis préparé, écrit Robert, je savais que je devais donner ce témoignage. Je lis mon courrier : trois lettres au sujet de maman. Je me prépare à deux annonces : la mort de maman et mon départ de Parakou. Le 11 mars : émission de radio annonçant la création des nouveaux évêchés. Une question est posée : pourquoi n’est-ce pas Mgr Chopard ? Cela s’achève par un air de flûte et le chant : nous sommes tout petits devant toi, Seigneur ! Cet air m’a réconcilié avec moi-même, j’achetai le disque...

Le 25 mars : un télégramme : 7h30, maman décédée. Elle devait être associée à ma croix. Elle s’en va de ce monde en pleine semaine sainte. Tout s’achèvera la veille de Pâques. Le 8 avril : je suis nommé curé de Porto-Novo à la paroisse Saint François Xavier. Le 8 mai : je me suis senti semblable aux pauvres missionnaires le matin à 8 h 30 où j’ai commencé à vendre des fournitures aux enfants avec des pièces de un franc, deux francs, en aluminium. Humble service... Il faut servir l’Eglise quand elle exalte et quand elle abaisse.

C’est le temps du témoignage silencieux : s’effacer et paisiblement, sereinement, continuer à missionner ailleurs... Je me réjouis de la promotion qui fera des deux régions du nord deux diocèses, avec un chef religieux à Natitingou en particulier, et je suis heureux d’avoir été associé à la préparation plutôt qu’à la promotion… Aurais-je été à l’aise dans un rôle autre que préparatoire ?
Robert est accueilli au diocèse de Porto Novo, au sud est du pays, et redevient curé de base, frère de mes frères dans l’apostolat, à la paroisse Saint François Xavier qui avait été fondée en 1952 et où l’attendait un grand chantier d’église.


Nouvelle épreuve. Une maladie innommable et incurable
Mais voilà que tout bascule encore le 31 mai 1971. Ce matin de Pentecôte, je devais vivre dans l’euphorie en suivant ma pente initiale. Ne semble-t-il pas que je sois comblé... Pourquoi tout d’un coup ma démarche est moins assurée ? Ce dimanche matin, je m’avance pour parler au milieu des fidèles. Dois-je encore faire silence ? Il faut dire le fait : l’exode vers les sectes guérisseuses, l’engouement des personnes notables et la peine que cela nous fait. Alors, choses trop lourdes à porter ou à dire, je sens que je me mets à trembler. Dans mon aube blanche, je suis comme une feuille, un mince filet de voix.
Je suis choqué par ce que je vais prononcer. Les fidèles ont vu leur pasteur marquer un arrêt, s’interrompre tout à fait et s’asseoir. Le propos reste inachevé... Quelque chose restera. Depuis ce matin de Pentecôte, quelque chose dans son corps et dans son âme... Le 2 août 1971, il est admis à l’hôpital de la Pitié Salpetrière à Paris. Les médecins en habit blanc de l’hôpital parisien se pencheront sur son cas. On déchiffre très difficilement son mal. Le rendra-t-on dispos pour une autre étape de son ministère ?

La dernière étape
Et ce fut la dernière étape, la plus crucifiante, il était cloué sur son lit, la plus purifiante, celle de la meilleure mission disait-il lui-même. Seuls les humbles et ceux qui savent se laisser dépouiller peuvent accueillir une telle étape et s’élever jusqu’au plus haut degré du détachement et de sainteté... Il la décrit dans un de ses derniers textes (février-mars 1973) :
Lettre d’une nouvelle étape, les mains inertes pour écrire... les heures de nuit et de lit qui s’allongent et les heures utiles du jour qui se font rares. Je suis le traitement médical prescrit, mais je me dis que Dieu est l’auteur de la vie, lui qui fait promotion ou diminution... Je me sens heureux et à l’aise dans cette partie de l’Église du diocèse de Besançon, d’où l’on me témoigne une si cordiale bienveillance. Merci à mes confrères comme à ceux qui m’écrivent de loin, de Mission.

Et ce fut la fin, ou plutôt le début d’une vie nouvelle dans la lumière. Pour décrire le passage de cette vie vers l’autre rive, je reprends les paroles de René Bole-Reddat lors de l’homélie des funérailles, des paroles qu’il met sur les lèvres du Père Robert :
... Quand je ne pourrai plus marcher, quand je ne pourrai plus parler, quand je ne pourrai plus tenir l’hostie et le calice, alors au-dedans de moi, quand je me serai éloigné de moi-même, alors je serai là, dans l’intériorité de mon être. Quand la substance physique et charnelle manqueront, ne resteront plus que les oreilles pour entendre et les yeux pour voir et cette petite flamme en dedans, prête à s’éteindre... Le moment où, presque sans transition, les oreilles s’ouvrent à une autre musique, inaudible par nous les terriens, la musique sempiternelle du paradis. Et quand les yeux charnels se ferment, une autre lumière apparaît, celle qui a été perçue dans la foi et pressentie dans les moments d’expérience mystique, l’expérience intérieure. Et quand mourant, il dit : Ah ! c’est beau, est-ce que c’était l’environnement de ce trépas, la chaleur des regards et des visages autour de lui... ou bien le prélude de la Lumière fantastique, de la Lumière inimaginable à nos yeux de larves qui se révèle à nous quand les ailes du papillon sont nées et qu’il s’envole dans l’azur ?

Le sarment qu’on émonde...
émondé, il porte beaucoup de fruits...
des fruits qui demeurent.

Ralliement, janvier-février, n° 1 - 2010

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