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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Le Père Hubert Grieneisen 1910-2002
Article mis en ligne le 14 septembre 2010

par Jérôme Fleck

Comme le Père Eugène Woelffel et le Père Joseph Pfister, le Père Hubert Grieneisen aurait eu 100 ans en cette année 2010. La famille du Père Hubert, la municipalité de Carspach et la communauté de paroisses d’Altkirch nous invitent le dimanche 24 octobre dans son village natal : une journée missionnaire pour célébrer le centenaire de naissance de cette grande figure sma du Sundgau. Pour nous y préparer, « Ralliement » est heureux de nous proposer (en plusieurs épisodes) la biographie de ce pionnier de l’évangélisation de l’Est de la Côte d’Ivoire, une biographie bien documentée et rédigée avec beaucoup de soin par Jérôme Fleck.

Formation

Hubert Grieneisen est né le 10 septembre 1910 à Carspach (Haut - Rhin). Ses parents, Joseph Grieneisen et Eugénie Walch, exerçaient le métier de cultivateurs. Le jeune élève fait ses études primaires au village. Deux de ses frères avaient été à l’école apostolique sma de Keer (Pays-Bas) avant la guerre de 1914. Mobilisés pendant les hostilités, ils n’y retournent plus après leur libération. Mais l’aîné des frères va diriger le jeune Hubert vers l’école apostolique de Saint-Pierre, où il débute en classe de 7e en 1921.

Le jeune Hubert fait sa première communion à Saint-Pierre le 8 décembre. Il y sera également confirmé le 23.7.1923. En 1924, il rejoint le collège sma de Bischwiller et en 1927 celui de Haguenau, pour une année. Il fait ainsi partie de la promotion qui ouvre ce collège.

D’octobre 1928 à juillet 1930, il séjourne au noviciat de Chanly. A la fin de cette formation, le novice bénéficie d’une bonne appréciation : « Bonne piété et bonne application aux exercices spirituels. Bons rapports avec tous. Observe le règlement mais pas toujours dans les détails. Bonne mémoire et assez bonne intelligence. Préfère la littérature à la philosophie. Caractère franc, mais énergie de volonté plutôt guidée selon ses goûts ». Par 4 voix sur 4 votants, il est admis au premier serment le 27 juillet 1930.

Lyon

A la rentrée, le séminariste rejoint le Grand Séminaire de Lyon. Il y fait de bonnes études, malgré l’interruption du cursus pour le service militaire. Il fait ce service au 305e Régiment d’artillerie à Besançon, il accède au grade de Maréchal de Logis. En écrivant à tous les appelés sous les drapeaux, le supérieur de Lyon lui conseille de fréquenter plus souvent le grand Séminaire de Besançon pour y trouver « les conseils et l’appui moral nécessaire », auprès des directeurs.

Après son retour à Lyon, le séminariste est retardé aux deux derniers ordres mineurs. Il semble que c’est l’assistance sans permission à un match de football qui ait provoqué cette sanction. Pour les responsables, c’était « un manquement relativement grave au règlement ». Le séminariste fait de bonnes études et le Père Delhommel dit de lui : « étudiant bien doué, actif, mais se disperse trop ». En novembre 1934, en vue de l’admission au serment perpétuel et au sous-diaconat, le supérieur donne les appréciations suivantes : « En bons termes avec les maîtres et populaire auprès des confrères. Semble avoir fait des progrès pour la fidélité au règlement. Pas de manquements notables. Intelligence au-dessus de la moyenne et très bien doué du côté de la mémoire. Quant aux aptitudes spéciales : orienté vers l’action ; susceptible d’être un entraîneur ». Hubert sera admis par sept voix sur sept votants. Il émet alors le serment perpétuel le 5 janvier 1935.

Le corps professoral relève encore les mêmes aptitudes pour l’admission à la prêtrise. Il est donc ordonné prêtre à Lyon, le 7 juillet 1935, par Mgr Cessou. Dès le mois de juin, il avait reçu sa nomination : « Le Conseil Provincial vous a assigné la Haute Côte d’Ivoire comme future champ de travail ». En manuscrit, le provincial ajoute : « Il n’est pas sûr que vous partirez de suite. » Peu après, le jeune missionnaire apprend qu’on lui demande de préparer un diplôme avec résidence dans la maison de Haguenau. C’est ainsi que durant l’année 1935-1936, le jeune missionnaire sera professeur et vicaire du dimanche à Walbourg. En juillet 1936, le conseil décide de maintenir l’affectation en Côte d’Ivoire.

Le professeur

Le Père Antoine Goetz, élève du Père Hubert, garde un souvenir vivant de cette année : J’ai eu la joie de connaître le Père Hubert Grieneisen de 1935 à 1936 à Haguenau. J’étais alors en 5e et le Père était chargé de nous enseigner la botanique. Je ne me souviens plus de ses qualités d’enseignant, mais j’ai gardé vivant le souvenir de son comportement humain envers nous. C’était un professeur agréable et heureux. Il avait ses élèves bien en mains ; son autorité était reconnue et respectée. Jamais d’éclats de voix, de menaces ou d’élève en pénitence. Une parole ferme suffisait au besoin, à faire régner le calme… Certains professeurs s’acharnaient à détecter fraudes et mensonges ; le Père Hubert faisait confiance aux élèves… Les élèves admiraient et aimaient ce professeur aux grandes qualités humaines, si compréhensif et si près des jeunes.
J’ai surtout retenu l’admiration que nous avions pour sa valeur humaine. Il s’intéressait vraiment à nous et à notre formation. Il traitait chacun avec respect, sans jamais dramatiser un manquement ou une faute. Il n’avait rien du prêtre réservé, distant. Le Père Hubert était simple et proche de nous, heureux de son travail et de sa vocation de prêtre. Cette joie rayonnante nous plaisait, nous attirait et nous attachait à lui. On avait vraiment envie de travailler avec lui et de lui ressembler. Il n’est pas téméraire d’affirmer qu’il a aidé plus d’un séminariste à persévérer dans sa vocation missionnaire.
Son sport préféré était le football. Il s’y adonnait à fond avec nous chaque jeudi après-midi. La bienséance ecclésiastique de l’époque lui imposait de jouer en soutane. Un tel accoutrement gênait sa vivacité… Le Père Hubert était convaincu que cet effort physique était nécessaire à notre équilibre psychique… Hélas, le football n’avait pas bonne presse auprès de nos supérieurs. L’interdiction de jouer était la sanction préférée de l’autorité, en expiation d’une faute collective. Quelle déception pour nous ! Mais le plus malheureux, c’était encore le Père…


Côte d’Ivoire : premier séjour

Le Père s’embarque le 6. 12. 1936 pour rejoindre la Préfecture apostolique de Korhogo, alors dirigée par Mgr Diss. Le jeune missionnaire est affecté dans l’Est. Ce n’est qu’en mars 1934 que le Préfet apostolique avait pu faire une première tournée dans cette région de sa vaste circonscription, pour choisir l’endroit favorable pour implanter le premier poste.

Le choix tomba sur Tanda et le roi des Abrons en fut enchanté car c’était son village natal. Dès le mois de novembre, Mgr Diss et le Frère Théodose sont les premiers à s’installer. Puis arrive le Père Fix et peu après le Père Jacoby. Le jour de Noël, les archives font la première mention de la présence du Père Hubert. Il chanta la messe de Minuit.

L’année suivante, le Père Fix part en congé et le Père Hubert le remplace dans le Pays Bona (au sud de Tanda). Il y fait des visites régulières et ouvre des stations secondaires. En novembre 1938, il visite pour la première fois le nord du pays Bona, mais il ne pénètre pas encore au pays Gbini. Dans cette région, comprenant Tankessé, l’évangélisation progressait bien. Mais le travail missionnaire est retardé par les appels sous les drapeaux. Le Père Hubert connaît une première mobilisation de septembre 1939 à juin 1940 à Bouna. Il a alors la possibilité de rencontrer des recrues, provenant de toutes les régions du cercle de Bondoukou. Parmi eux, des originaires de la région Gbini. Il leur promet de les visiter dans leurs villages à la fin de la guerre.

Mais laissons la parole au Père : Depuis Tanda, j’ai entrepris une longue tournée de reconnaissance de 24 jours dans la région Bini, visitant plus de 30 villages. L’accueil, en général, fut très sympathique… mais non sans faire fuir les enfants et les femmes dans les villages qui n’avaient jamais vu de blancs. J’ai rencontré deux anciens militaires chrétiens, qui se firent musulmans quelque temps après… A Yakassé, une dizaine de jeunes s’inscrivent comme catéchumènes, malheureusement je ne pus les visiter régulièrement. Je serai remobilisé de septembre 1943 à juillet 1945 à Gao (Mali), puis à Bobo-Dioulasso.

Malgré les péripéties de la guerre, l’évangélisation progressa et la mission de Tanda fut citée comme l’une des plus florissantes. Mais, pendant son absence, l’islam aussi progressa dans certains secteurs de sa vaste paroisse. Les marabouts de Kong étaient implantés de longue date dans le Barabo (région de Yérébodi). Ce sont les rois abrons qui les avaient fait venir au XVIIIe siècle pour s’assurer de leurs services et pour la surveillance des marches orientales du royaume. Lors des premières visites du Père Grieneisen dans le Gbini (sous-préfecture de Kouassi-Datékro), la majorité de la population était encore animiste. A son retour de la guerre, il trouva la situation complètement changée par une conversion massive des populations à l’islam. Il n’a jamais pu ni su s’expliquer les motifs profonds de ce brusque revirement de la situation.

Tankessé

C’est à partir de Tanda que le rayonnement de l’Eglise s’est fait dans la région. En mai 1935, le Père Fix a ouvert la station secondaire de Tankessé et dès l’année suivante le Père Grieneissen prend le relais en allant y passer quelques jours. En avril 1937, il peut y baptiser les 7 premiers néophytes. Les visites fréquentes du Père favorisent une progression rapide des conversions. C’est pour cette raison que le Préfet apostolique, Mgr Wach, décide, à la demande du Père Hubert, de fonder une nouvelle mission.

Le choix de l’implantation de la mission se jouait entre les villages de Koun-Abronso, où se trouvait une communauté chrétienne déjà bien étoffée, et Tankessé qui offrait au Père de meilleures conditions d’accueil, de logement et d’entretien. Finalement le Père opta pour Tankessé et s’y installa le 10 novembre 1945. Les fidèles de Koun-Abronso, frustrés par ce choix, entretinrent une rivalité sourde mais tenace à l’égard de ceux de Tankessé, rivalité qui s’exacerba durablement dans le sens inverse, lors de l’érection de Koun-Abronso en sous-préfecture. Les Tanois reprocheront au nouvel évêque d’Abengourou, Monseigneur Eugène Kouakou Abissa, d’avoir favorisé son village natal au détriment de Tankessé.

Après un séjour de 10 ans en Afrique, le Père part en congé en mai 1946. La mission compte alors une population approximative de 12 000 habitants, 918 chrétiens et 914 catéchumènes, 41 villages visités et 41 chapelles.

(à suivre)

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