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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Les Mémoires du Père Charles Roesch (1e partie)
Article mis en ligne le 15 mars 2009
dernière modification le 16 septembre 2010

par Charles Roesch

Les débuts du collège St-Joseph

Le 3 novembre 1948, après avoir organisé un concours d’entrée auquel se sont présentés 231 candidats, le Collège St. Joseph ouvrit ses portes avec deux classes de 6e, chacune de 30 élèves. En attendant que les bâtiments définitifs soient construits à Tokoin, les cours débutèrent provisoirement au rez-de-chaussée du bâtiment face à l’évêché, près de la cathédrale. A l’étage habitaient le P. Riegert Aloyse, directeur national des écoles de la mission catholique et le P. Folmer Jean-Baptiste, professeur de français et de latin. A l’évêché, au 3e étage, logeait Mgr Strebler ; au 2e étage, le P. Noël Louis, le premier directeur du Collège Saint-Joseph, le P. Koelz Aloïse, nouveau curé de la paroisse Sacré-Cœur de Jésus de la Cathédrale, le P. Erhard Georges, vicaire à partir de 1949, et le P. Kwakume Henri, professeur d’anglais. A Amutivé, le P. Steiner Frédéric était curé de la paroisse St Augustin, avec pour vicaire le P. Meyer Joseph, puis le P. Folmer Joseph.

Dès le début, le collège a fait un bon recrutement d’élèves. Des élèves jeunes et doués, qui avaient fait le primaire sans redoubler et obtenu le Certificat d’études. La direction sma a toujours suivi cette politique durant les 20 premières années de ce collège. Elle était nécessaire et permit d’éviter les redoublements de nos boursiers d’État, qui auraient perdu leur bourse ; elle nous assurait de bons résultats aux examens officiels.

Le Père Noël a introduit la liberté dans le collège en le faisant fonctionner sans surveillant général. Il n’y avait pas non plus de préfet de discipline : cela n’a été instauré qu’en 1968 avec l’arrivée du Père Dovi. Les élèves de chaque classe élisaient parmi eux un major qui assurait la discipline. On pouvait les laisser seuls : ils travaillaient, faisaient leur devoir en silence. Ces enfants comprenaient et appréciaient leur chance de faire de bonnes études. Cette manière de faire a fait l’étonnement de bien des éducateurs et chefs d’établissement.

A la rentrée 1949, sur la colline de Tokouin, le rez-de-chaussée du bâtiment principal était terminé. Les deux classes de 6e et les deux de 5e ont pu fonctionner sans problèmes dans ces locaux tout neufs, pendant que le P. Furst Joseph construisait le premier étage avec son équipe. A la rentrée 1950, le premier étage était achevé et l’on put aménager des chambres pour les professeurs.
Période héroïque où les promotions 1948-1949-1950 emménagèrent donc dans une partie des actuels bâtiments de Saint-Joseph... sous l’œil vigilant du P. Louis Noël, premier supérieur du Collège [1].

Alors commencèrent les travaux de la 2e tranche. Face à l’aile droite, côté est, on construisit une grande salle à charpente métallique. Cela comprenait en façade sud un appartement qu’occupa le Père Furst durant les travaux et qui servit ensuite de dortoir pour les internes, puis de salle des fêtes pour les distributions des prix. Puis on bâtit un bâtiment de trois classes qui servit, dans un premier temps, de réfectoire des internes. Du côté ouest, on éleva une belle et grande chapelle à charpente métallique. A la suite venait un autre bâtiment de deux classes et un appartement de professeur, éventuellement d’évêque. Ces bâtiments, en se faisant face parallèlement, délimitaient la cour intérieure. Les cuisinières africaines préparaient la nourriture pour les internes sous un apatam, derrière la grande salle sur la cour, près d’un hangar métallique où était stocké du matériel de construction.


Les professeurs

Si la période de lancement du collège - et ceci pratiquement durant les 23 premières années - fut difficile et exigeante, cela n’était pas seulement dû aux travaux d’agrandissement ni à leur financement. Il fallait en effet construire de nouveaux bâtiments de manière ininterrompue car les classes et les effectifs augmentaient d’année en année. Encore devait-on recruter les professeurs nécessaires à cette œuvre… En ce temps, dans les années 1950-60, il n’était pas encore possible de trouver sur place des enseignants autochtones [2]. Il fallait donc faire venir des professeurs d’Europe, surtout de la France, mais même du Canada et des Etats Unis.

Trouver ces enseignants était le grand souci de Mgr Strebler, des autorités des Missions Africaines et des directeurs. Il fallait de plus les loger, les nourrir et les payer. Tous étaient célibataires, sauf deux ou trois couples pour lesquels il fallut construire un bungalow. Mgr Strebler et nos autorités provinciales eurent le mérite de comprendre cela et d’engager, autant que possible, des prêtres sma. Pourtant, ils auraient été bien nécessaires pour le ministère pastoral et le développement des postes de mission.

Ces Pères des Missions Africaines travaillaient sans salaire. Cela aidait à payer nos professeurs laïcs, mais donnait à l’établissement la structure d’un collège tenu, à l’instar de tant d’autres à l’époque, par une congrégation religieuse. Ces Pères formèrent donc l’ossature du corps professoral de ces 23 premières années. Ils assuraient un enseignement intellectuel et scientifique, comme dans tous les lycées, auquel s’ajoutaient une formation religieuse et un accompagnement spirituel. Ils avaient la responsabilité de la catéchèse et des cours d’enseignement religieux obligatoires : chaque prêtre enseignant, sans exception, était chargé d’une classe. Il n’y avait pas d’aumônier particulier, ni de professeur de religion attitré. Liberté, par contre, était laissée de choisir un père spirituel parmi les prêtres et de se rendre à la confession le samedi. Les prières quotidiennes du matin et du soir se faisaient à la chapelle pour les internes. La messe de dimanche était assurée à tour de rôle par les professeurs prêtres ; y assistaient les internes, mais aussi les externes, qui montaient au collège pour cela.

Voici une première liste de professeurs de 1948 à 1962, sous Mgr Strebler Vicaire apostolique puis Archevêque de Lomé en 1956 [3].
Le premier directeur, de 1948 à 1951, fut le P. Noël Louis. Il fut ensuite l’économe du collège jusqu’en 1957. Il donnait encore quelques cours et s’occupait de l’économat de l’évêché.
Hommage au R.P. Noël, premier directeur, débonnaire mais méticuleux, sévère sans être méchant, qui ne manquait jamais, en bon père, de nous distribuer à chacun une plaquette de chocolat à chaque anniversaire de St Joseph patron du Collège et qui, malgré ses multiples charges de directeur-économe, aimait à jouer au répétiteur après les heures de classe pour nous préparer à nous ordonner et mieux apprendre nos leçons [4].
Figure de proue : le Père Louis Noël promenant sa silhouette et sa paternelle bienveillance, mais n’hésitant pas le cas échéant, à utiliser la manière forte, témoin cette correction légendaire qu’il administra à tous les internes des premières promotions (sauf un !) une nuit de désordre et de chahut [5].

Hommage à Mgr Strebler pour son courage, son dévouement à la cause de la jeunesse togolaise, le don de soi, en un mot son humanisme débordant. Nous nous rappelons qu’il venait souvent suppléer le professeur d’anglais absent ; il roulait à tel point le « R » en anglais que nous l’avions surnommé très affectueusement « to desapear » [6].

Le P. Jean-Baptiste Folmer : soutane éblouissante et raie de côté, méticuleux… L’œil à tout [7].
Beau garçon, élégant, maître à tout faire, rigoureux et doux à la fois, conduisant du français au sport avec des chants guerriers tel : « Malbrouk s’en va-t-en guerre... », « On en a, on en a, on en a plein le dos, plein le bout des godillots, des quarts, des gamelles et des bidons » [8].


Au mois d’octobre 1949, le Père Peter Joseph est affecté au collège. Arrivé au Togo en octobre 1946, il enseigne d’abord à l’École Normale de Togoville, qui préparait au Brevet élémentaire des élèves des trois territoires du Togo, du Dahomey et du Niger. Il fut supérieur de cette école de 1947 à 1949, relayant à ce poste le P. Franck Joseph [9]. Deux séjours pour le P. Peter au Collège Saint Joseph : de 1949 à 1951 et de 1957 à 1963. Il a exercé la fonction de Censeur, a enseigné l’histoire et la géographie, était le maître de chant…
Hommage au P. Peter, un battant, rigoureux, dur pour la discipline, prompt à la gifle mais très affable, animé d’un sens aigu de l’ordre, du beau, du subtil et du travail bien fait. Il ne pouvait pas tolérer voir un élève jeter par terre en classe ou dans la cour, un bout de papier ou quoi que ce soit de salissant ; il n’avait pas l’oreille à tolérer une voix fausse lorsqu’il nous apprenait des chants religieux [10].

En 1950 arrive au collège le P. Arie de Coq, de la Province de Hollande, missionnaire dans la Gold Coast depuis 1933. Au Collège St Joseph, il remplace l’abbé Kwakumé Henri, qui fut le premier prof d’anglais (1948-1950) ; il enseignera cette langue jusqu’en juin 1956, puis ira au Petit séminaire St. Pierre Claver de 1957-1959.

Le 20 octobre 1950 débarque le P. Stauff Camille qui sera le premier professeur d’allemand dans les classes de 4e pendant une année.

Le deuxième directeur du Collège Saint-Joseph, de 1951 à 1953, fut le P. Robert Chopard, futur Préfet apostolique de Parakou.
Hommage au R.P. Chopard, le meilleur professeur de français que nous ayons eu ; exigeant, très avare dans les notes (pas plus de 12 en français) et qui aimait écouter une phrase chanter [11].

Arrive également au Collège en 1951 le P. Gasser Edmond, qui succède au P. Stauff comme professeur d’allemand. Il est en même temps économe pendant une année.

Le 9 octobre 1951 débarque aussi le P. Douaud Joseph, de la Province de Lyon qui sera professeur de lettres et de sciences naturelles, ainsi qu’infirmier de l’établissement jusqu’au 30 juin 1957. En 1957 le Collège Aupiais le récupère, mais il n’y restera qu’une année scolaire car il mourut d’une insolation pendant les grandes vacances 1958, à l’âge de 37 ans.
Belle et noble figure, ce père Douaud. Ce bas-breton cachait une âme exquise, une finesse d’esprit, une chaleur humaine exceptionnelle, sous une carapace rugueuse et brutale. Avec lui il faut aller au-delà de l’apparent pour découvrir le vrai ! Naturaliste de grande science, souvent il sortait le soir en bottes avec des jumelles dans les environs de la lagune de Bè pour observer les mœurs des oiseaux et de la faune - professeur exceptionnellement efficace, il enseignait avec un pareil brio le français, le latin, l’histoire, les sciences naturelles... Il est difficile de mieux prêcher que le Père Douaud... et de chanter plus faux. Chez lui le physique était âpre, mais l’âme et l’esprit étaient extraordinairement élevés [12].

En 1951 le collège a la chance de pouvoir recruter un laïc exceptionnel, providentiel, M. Bernard Gerbaud, issu de Polytechnique, qui durant dix années, jusqu’en juillet 1961, fut une pièce maîtresse du corps professoral de St Joseph, le plus fascinant des professeurs de mathématiques que nous ayons connu. Il était le dévouement personnifié. Quand cet homme plutôt chétif donnait son cours de mathématiques à l’étage, on pouvait facilement le suivre dans la cour. Il avait la voix, il avait la foi, la conviction la plus inébranlable et une compétence exceptionnelle. Avec lui, il n’était pas question de ne pas aimer les mathématiques. Même les plus réfractaires s’y faisaient. Il obtint des résultats magnifiques. Sa manière de professer était très particulière, indescriptible, alliant un sérieux de tout instant à un comique de situations qu’il avait l’art de provoquer... Il connaissait chaque élève personnellement, ses points forts et ses faiblesses et s’offrait généreusement pour combler ses lacunes en dehors des cours. Le bruit courait parmi les camarades qu’il reversait sa solde au collège en guise de contribution. Pour lui, l’établissement, ses élèves, ses résultats étaient en quelque sorte une affaire personnelle ; il couvait tout cela d’un air jaloux et tendre... Un phénomène !
En 1960, sentant venir la fatigue et pensant prendre une année sabbatique de repos en Alsace, il demanda au Père Sprunck de faire arrêter mes cours de mathématiques en classe de 3e (1958- 1960) au petit séminaire St Pierre Claver et de me confier les classes de mathématiques dans les deux classes de 2nde au Collège Saint Joseph. Il voulait ainsi me préparer à assurer sa relève pour une année en classes de 1e si l’on ne trouvait pas d’autre professeur de mathématiques pendant son absence.
Durant les grandes vacances 1961, que j’ai passées à Palimé pour aider le P. Gester Eugène [13], j’en ai profité pour étudier le programme de mathématiques des classes de 1e, afin d’être prêt à l’enseigner si, malgré toutes ses recherches, le P. Sprunck ne trouvait personne pour remplacer M. Gerbaud à la rentrée.
En janvier 1962, je reçus une lettre de M. Gerbaud m’annonçant qu’il était hospitalisé à Paris – Villejuif. Il était gravement malade (une leucémie) et devait se servir d’une infirmière pour m’écrire. Il avait fait le vœu de revenir au Collège Saint Joseph, et ceci pour toute sa vie active, si le Seigneur pouvait le guérir. Dans la lettre, il m’encourageait à tenir bon et me demandait des nouvelles sur tel ou tel ancien élève qu’il connaissait. Il décéda au mois de février et repose comme seul laïc avec les Pères de Missions Africaines, dans notre cimetière de Saint-Pierre. M. Gerbaud a été un chrétien remarquable, religieux et assidu aux offices et prières du collège, un homme très affable et serviable.


Au début du mois d’octobre 1952, le P. Lutz Félix et le P. Goetz Antoine débarquent au wharf, le port n’existant pas encore, dans un soi-disant panier contenant quatre personnes. Voici un compte rendu de leur arrivée par le Père Lutz Félix :
C’était un samedi soir vers 19h. L’économe du Collège, le P. Louis Noël, nous avait attendus au quai et nous conduisit à travers la ville qui brillait de mille petites lumières. Des femmes vendeuses étaient assises devant leurs étalages où brûlaient des mèches alimentées par de l’huile de palme dans des boîtes de sardine. Quel merveilleux spectacle ! L’électricité, à cette époque-là, était réservée à certaines rues principales et au quartier résidentiel. Arrivés au collège, pas d’électricité non plus, mais des lampes à gaz qu’on nous remettait pour pénétrer dans nos chambres. La première nuit, j’étais dévoré par les moustiques car je ne savais pas trop me débrouiller avec ma moustiquaire. Le surlendemain, le lundi, première journée de classe. J’avais devant moi des élèves de 6e et de 5e vêtus la plupart d’un short et d’une finette et tous pieds-nus.
Deux choses m’ont impressionné : leur extrême attention et le fait de me dévisager de haut en bas. Il est vrai, pas mal d’élèves venaient de la brousse et n’étaient pas habitués à voir un homme à peau blanche. Je leur ai posé plusieurs questions et j’ai été frappé par le mot « fofo » qu’on me citait à plusieurs reprises. Me renseignant, j’ai appris qu’il signifiait « frère » dans la langue éwhé. Ils étaient donc presque tous frères les uns des autres, appartenant à la même tribu (à part ceux du Nord, Kabiés, Bassars, Kokombas etc.). A maintes reprises j’ai aussi reçu cette réponse : « Nous sommes frères de même père, mais pas de même mère » ou « nous sommes frères de même mère, mais pas de même père ». Allusion évidente à la polygamie qui, dans les années 1950-1960, devait être encore assez fréquente au pays. Et voilà encore une question pratique que les doctes enseignements reçus au séminaire ne nous avaient pas enseignée...

Parmi les élèves, il y avait les externes dont la plupart venaient au Collège à pied (certains avaient déjà des bicyclettes) et les internes. A midi, les premiers se ravitaillaient chez les vendeuses par-terre. Certains d’entre eux - je ne l’ai appris que des années plus tard - venaient donc le ventre creux aux cours l’après-midi. Ils étaient plus ou moins sous-alimentés durant toute l’année scolaire. Que de mérites ces élèves-là n’ont-ils pas ! Ils sont dignes de toute louange et compliment pour avoir réussi malgré tout et, beaucoup d’entre eux, avoir obtenu un haut poste dans l’administration ou le privé ! Chapeau bas !

Les internes mangeaient à notre cantine scolaire, installée dans un hangar. Des femmes autochtones « préparaient », comme l’on disait dans le langage courant. Puisque notre collège n’est pas trop loin de la mer, il y avait souvent du poisson frais ou séché avec du gari, des ignames, du manioc, du riz, des haricots, de l’arachide... et pour dessert un fruit, orange ou banane. J’ai goûté à la cuisine indigène scolaire au moins une fois par semaine, ne fût-ce que pour savourer la sauce pimentée qui stimulait mon appétit.

Le soir, les internes faisaient leurs devoirs à la lumière des lampes à gaz, autour desquelles volaient une multitude d’insectes. Ah ! Comme je les admirais ! Le supérieur du Collège, le P. Chopard, fit confectionner des uniformes aux internes pour Noël : un pantalon et une veste kaki. Ils devaient les mettre pour la grand’ messe le dimanche à 8 h du matin. Quel plaisir certains devaient-ils éprouver en se regardant dans la glace aussi chics, aussi beaux, aussi élégants !

Nos élèves avaient dans l’ensemble ; comme je le disais souvent, « une intelligence et une mémoire vierges ». Ils apprenaient si vite, ils comprenaient si facilement ! Une fois un texte lu, ils le retenaient en moins de rien. Ils étaient très attentifs en classe, ne chahutaient jamais et la plupart emportaient leurs livres ou cahier en récréation, surtout s’ils s’attendaient à quelque interrogation écrite. Il est vrai qu’à l’époque n’existaient que deux établissements secondaires au sud du pays, le Collège Saint Joseph et le Lycée Bonnecarrère, et aucun, me semble-t-il, dans le nord. Nous avions la crème, le gratin des élèves.

Avec le P. Lutz Félix arriva au Collège le P. Goetz Antoine, qui resta jusqu’en juin 1958. Il enseignait le français et le latin en classe de 6e, mais aussi la chimie en seconde et en première. Car M Gerbaud avait bien accepté d’enseigner la physique dans ces classes, mais pas la chimie car il n’aimait pas faire les expériences. C’était souvent le cas : les Pères missionnaires devaient assurer les matières dont les professeurs laïcs ne pouvaient ou ne voulaient se charger. Le P. Goetz fut aussi le surveillant du dortoir des petits lorsque celui-ci fut ouvert en octobre 1956 dans le nouveau bâtiment. Dans cette construction se trouvaient aussi le dortoir des grands, le réfectoire des Pères et leurs chambres, à l’étage, du côté nord de la cour intérieure.


En octobre 1953, troisième changement de directeur. Le P. Jean-Pierre Sprunck vient remplacer le P. Chopard Lallier, appelé à devenir supérieur du grand séminaire de Ouidah. Depuis deux ans directeur de l’école normale de Togoville, le P. Sprunck, durant neuf ans, fera du Collège Saint Joseph le meilleur établissement du Togo.
Véritable force de la nature, tendrement aimé de ses ouailles, tant il incarnait la justice, la bonté, l’autorité, le travail dont il donnait sans cesse l’exemple, en mettant lui-même la main à la pâte, il est l’un de ceux qui ont véritablement « fait » le Collège St. Joseph [14].
Sur ce point, on aimera lire les lignes que lui consacra aussi le P. Alexis Oliger ofm, rédacteur de Présence Chrétienne : C’est à ce poste, écrit le Père Alexis, que le Père Sprunk donna le meilleur de lui-même. Jeune, dynamique, pédagogue, clairvoyant et ferme, il donna au Collège Saint Joseph sa réputation de meilleur établissement du Togo. C’est une période grandiose pour Saint Joseph : des pourcentages imbattables aux examens, des succès sportifs sans équivalents, des représentations théâtrales, des activités culturelles de grande qualité... Les élèves aimaient leur Père, qu’ils savaient exigeant mais aussi respectueux de leur responsabilité. Ils le virent dans leurs rangs sur le terrain de sport, au sein d’une équipe, les stimulant sans cesse et partout dans l’effort et le dépassement d’eux-mêmes, toujours prêt à conduire sur sa Vespa des élèves malades à la médecine scolaire ou à l’hôpital. Que de bien il a fait à la jeunesse et à l’élite togolaise ! [15].

J’ai eu cette chance, à mon arrivée en septembre 1956, de l’avoir comme directeur et supérieur de notre communauté sma durant mes six premières années, mes premiers pas de vie missionnaire et de professorat au Collège Saint Joseph. Grâce à son accompagnement et son aide, à sa confiance en moi aussi, j’ai pu progresser dans l’enseignement et les aptitudes pédagogiques, aussi bien en langue française (2 années de cours en 5e moderne) que dans les mathématiques de 6e, montant d’une manière ininterrompue, année après année, jusqu’en 1e et en terminale. Mentionnons aussi qu’en pastorale paroissiale, à l’église St Augustin d’Amoutivé (notre paroisse en ce temps), le P. Sprunck fut un fervent coopérateur. Il y assurait quotidiennement la messe de 5h30, aidait à l’administration des sacrements et nous donnait ainsi l’exemple du parfait missionnaire.

Nous avons eu la chance d’avoir pu recruter plusieurs excellents professeurs laïcs français durant cette première période, sérieux, fidèles et compétents. Monsieur Courbon, professeur de lettres, était d’une vie chrétienne remarquable ; il participait tous les premiers vendredis à la veillée de la Congrégation des hommes du Sacré-Cœur qu’il a fondée en l’église d’Amutivé. Et aussi MM Valour et Tamisier, très bons professeurs de lettres ; M Reibel, professeur d’allemand ; M Mélis, compagnon de libération, blessé de guerre, un homme très jovial et intellectuel ; MM Dastarack et Heppner ; M Christ, ancien élève des Missions Africaines de Haguenau ; M de Souza Egenio, professeur d’anglais ; M Steven, Togolais… en plus des Pères Kraemer Guy, Kapuscik, Eschenbrenner, Althuser Gérard, professeur d’allemand et organiste.

L’esprit du Collège était excellent à cette époque. Les professeurs venus de France y logeaient et partageaient les repas avec les Pères, dans le même réfectoire. Nous formions une équipe très fraternelle et unie, une communauté éducative très soudée et familiale. Cela teintait l’ambiance de travail du au Collège d’une note de gaîté et de bonne humeur.

Ralliement, mars-avril, n°2-2009

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