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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Médecine et médicaments traditionnels en Afrique
Article mis en ligne le 2 décembre 2008
dernière modification le 27 janvier 2009

par Fabian et Paul Gbortsu

Le christianisme face à la médecine traditionnelle en Afrique.

La médecine traditionnelle reste très répandue, dans les pays industrialisés comme dans les pays en voie de développement. On peut douter de son efficacité mais les statistiques révèlent que le marché mondial des plantes médicinales est en pleine expansion [1]. Selon l’OMS, elle « se rapporte aux pratiques, savoirs et croyances en matière de santé qui impliquent l’usage de plantes, de parties d’animaux et de minéraux, de thérapies spirituelles et de techniques pour soigner, diagnostiquer et prévenir les maladies ».
La religion traditionnelle africaine et le christianisme s’opposent dans ce domaine particulier car ces pratiques médicales mettent en jeu des forces invisibles et complexes. Il est donc nécessaire d’expliquer comment l’esprit africain conçoit les choses.

La maladie

Photo P. Gbortsu

Perçue comme un scandale, la maladie peut être une punition des dieux. Son soulagement ne saurait alors venir que des dieux eux-mêmes et engendre une pratique réservée à ceux qui ont le savoir-faire adéquat. Mais la maladie peut aussi résulter d’une perversion de la nature et appeler un remède issu de la nature elle-même. A cela répond un savoir-faire ordinaire et facilement accessible à tous. La différence entre ces deux conceptions est complexe. Un chrétien restera partagé entre une sorte de malédiction divine et un dysfonctionnement biologique du corps humain.

Photo P. Gbortsu

Considérant la maladie comme un fait surnaturel, le malade consultera un charlatan afin de trouver l’origine du mal par la divination. J’avais demandé à un féticheur supposé puissant pourquoi il avait des « legba » [2] partout dans sa cour. Il me répondit qu’il devait effrayer ses clients sans qu’ils s’en rendent compte. Une somme d’argent, ou l’offrande d’un animal, chèvre ou poule, ne sauraient suffire. La menace de mort qu’évoque le « legba » intimide l’esprit du client et le dispose à accepter n’importe quelle proposition. Peur et intimidation jouent donc un rôle important dans cette pratique religieuse.

Maladie et religion

En Afrique, la religion et la vie sont si étroitement liées qu’elles placent le bon chrétien devant un dilemme subtil : vivre sa vie en société traditionnelle ou vivre sa vie chrétienne dans l’Eglise. Où se trouve la ligne de séparation entre la religion chrétienne et une pratique traditionnelle, vodou ou fétichisme, qui fait partie de l’âme africaine [3] ? Faut-il voir là deux morales en conflit ? On consulte beaucoup en cas de troubles psychiques et cérébraux, convulsions, étourdissements, folie…

Photo P. Gbortsu

Si l’on se tourne davantage vers les guérisseurs traditionnels, c’est que beaucoup d’Africains reprochent à la médecine occidentale de ne pas considérer la dimension sociale et « spirituelle » : seuls les symptômes et les effets du mal y sont pris en compte, et non ses causes « réelles ». Celles-ci sont souvent identifiées comme les agissements d’un sorcier ou d’esprits d’ancêtres en colère. Ainsi l’Africain est-il écartelé entre le vécu quotidien et sa vie chrétienne. Sur ce point, il reste beaucoup à faire.

Médicine traditionnelle et guérisseurs

Ce savoir médical est, en quelque sorte, héréditaire : ne le possède que celui à qui il a été transmis. Cela préserve son intégrité [4]. La fonction spirituelle et sociale que joue la médicine traditionnelle tient au fonctionnement des sociétés tribales et à leur pensée magique. Elle opère par le biais de la divination et, indirectement, par les cérémonies rituelles de guérison. Elle restaure l’harmonie de l’âme et du corps qui, lorsqu’elle est longtemps troublée, affaiblit l’individu et entraîne un déséquilibre dans la société elle-même. Ce rôle est garanti par le guérisseur car il agit comme un intermédiaire entre le monde des esprits et le nôtre. Lors des fêtes, des chasses, de la préparation de la terre pour la culture et de bien d’autres activités, les esprits doivent être apaisés pour assurer la paix, la prospérité et la continuité. D’autre part, on se sert aussi d’herbes particulières pour se protéger des maux que causeraient des malfaiteurs. C’est donc une médicine préventive.

Est-elle efficace ? L’Africain n’a aucun doute à ce sujet. Le problème pour les Occidentaux réside en l’absence de réglementation, et dans les effets nocifs, voire dangereux, que peuvent avoir les pratiques et les médicaments traditionnels s’ils sont mal utilisés.

Fabian GBORTSU


Témoignage d’un guérisseur traditionnel

Photo P. Gbortsu

Paul Gborstsu, prêtre catholique, est le frère de notre confrère Fabian. Il a demandé à leur cousin Togbui [5], qui est guérisseur, de parler de son métier. Le guérisseur a accepté de le faire en toute sincérité car – et c’est important de le préciser – tous deux entretiennent une relation d’égalité et de confiance.

Photo P. Gbortsu

P. En tant que guérisseur, vois-tu vraiment une utilité aux médicaments traditionnels ?
T. Certainement. Certains malades n’ont pas besoin d’aller à l’hôpital. Leurs maladies sont de notre ressort car elles ont pour cause l’empoisonnement ou l’envoûtement. Les médicaments occidentaux ne seront jamais efficaces contre elles. Nous, nous avons les moyens déterminer de quoi il s’agit. Le pouvoir que nous avons nous guidera. Seul peut guérir le chemin que nous montre ce pouvoir.
P. Quels sont les matériaux que vous utilisez pour les médicaments traditionnels ?
T. Nous utilisons des herbes.
P. Seulement des herbes ?

Photo P. Gbortsu

T. Tu veux en savoir plus ?
P. Oui, c’est l’objet de ma visite !
T. Alors non, pas seulement des herbes. Nous utilisons aussi d’autres choses. Il y a ce qui vient de la terre [6]. Certaines choses, contre le poison d’un serpent par exemple, sont en dehors de ce que je viens de te dire.

Photo P. Gbortsu

P. Utilisez-vous aussi des parties d’animaux et l’écorce des arbres ?
T. Bien sûr ! Surtout le sang des animaux, en particulier comme remède contre les maladies du sang et celles qui nécessitent un sacrifice [7]. Il faut préciser que le sang animal remplace le sang humain d’autrefois. Les écorces représentent un autre moyen de médication, mais aussi des racines, les plumes de certains oiseaux comme les aigles ou les hiboux, et même la peau des animaux. Il arrive qu’on utilise plusieurs matériaux pour une même maladie…

Photo P. Gbortsu

P. Les médicaments traditionnels sont-ils efficaces contre toutes les maladies ?
T. Je parlerai de ma propre expérience. Depuis que j’ai commencé comme guérisseur traditionnel - j’avais alors vingt ans et cela fait déjà trente-six ans ! - il n’y a aucune maladie qui m’ait échappé et que je n’aie pu guérir.
P. Comment as-tu acquis ce pouvoir ? Et comment vas-tu le transmettre ?
T. C’est mon père qui m’a enseigné ce métier car les esprits m’avaient désigné héritier dès ma naissance. Concernant la transmission, ceux qui sont avec moi assistent toujours aux séances de diagnostic spirituel et savent comment appliquer concrètement les ordres des esprits. L’un de mes fils a été désigné. Mon pouvoir lui sera transmis le moment venu, pour que ce savoir de nos pères ne se perde pas.
P. Tu dis que vous utilisez le pouvoir des esprits… Comment s’emparent-ils de ceux qui sont avec toi ?
T. Cela se transmet spirituellement. C’est un don que l’on fait à quelqu’un dont on est sûr qu’il n’utilisera pas ce pouvoir pour nuire aux autres. Il y a deux étapes de transmission : la simple connaissance des herbes, et le pouvoir de voir plus loin que les yeux [8]. Viennent ensuite les pouvoirs des esprits [9]. A toi, si tu voulais, je pourrais te le transmettre, parce que tu as l’esprit pur.

Photo P. Gbortsu

P. Quel est la différence entre guérisseur et féticheur ? La même personne peut-elle accomplir les deux fonctions ?
T. Il faut les distinguer nettement. Un féticheur est chargé du sacré et du culte des dieux, et uniquement de cela. Il est comme un prêtre traditionnel qui fait des sacrifices aux dieux au nom du peuple. C’est lui qui apaise la colère des dieux contre les humains. Quant au guérisseur, il applique le pouvoir des esprits pour guérir les maladies. Le féticheur ne peut transmettre son pouvoir sacré sans l’accord des dieux, mais le guérisseur transmet son pouvoir et son savoir à son gré. Un guérisseur ne peut devenir féticheur, sauf dans les cas extrêmes, mais l’inverse est possible. On en trouve aujourd’hui qui sont aussi guérisseurs car leur métier ne rapporte pas assez pour vivre.
P. Quelle catégorie de maladie peux-tu guérir ?
T. Je peux tout guérir, avec réserve. Quand vient un malade, je dois demander aux esprits s’ils seront capables de le guérir. Si la réponse est positive, on peut continuer avec le remède, sinon on dira au malade de repartir chez lui. Je ne fais rien de moi-même, ce sont les esprits qui me conduisent et me montrent comment et quoi faire. Ils me révèlent aussi la cause de chaque maladie, surtout des maladies spirituelles ou mentales. A partir de là, on peut établir le remède approprié. Voilà le secret de notre succès.
P. Est-ce qu’il t’arrive d’utiliser le même remède pour deux personnes différentes qui souffrent de la même maladie ?
T. Si la cause est la même, pourquoi pas ? Mais souvent les causes varient, et donc le remède aussi. Prenons par exemple les maux de tête. Le remède sera différent si cela vient d’un envoûtement ou si c’est le symptôme de la malaria. Dans le second cas, on te donne vite des herbes puissantes, et tu guéris en quelques jours ; dans le premier, il nous faut un traitement pour désenvoûter la personne.

Propos recueillis par Paul GBORTSU

Terre d’Afrique mai 2008

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