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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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O. P. A. sur saint Nicolas
Article mis en ligne le 17 février 2011

par Marc Heilig

Il n’y a pas si longtemps – c’était quand même au siècle dernier ! - on ne recevait pas tous ces cadeaux à Noël. Plutôt quelque chose d’utile, pull ou pantalon, et un ou deux jouets. Le plus beau dont je me souvienne, c’est un superbe garage rouge et jaune que mon frère avait fabriqué lui-même. Pour nous, petits Lorrains, la Saint-Nicolas était presque plus importante que Noël.

La basilique de St-Nicolas-de-Port.
Photo Marc Heilig

Nous avions congé ce jour-là, et on allait en ville voir le cortège du saint. Nous étions dans nos petits souliers car saint Nicolas était accompagné du Père Fouettard, à la sinistre allure. Et tous deux savaient si nous avions été sages...

Le personnage de saint Nicolas est une image composite qui n’a pas grand chose à voir avec l’évêque, historique celui-là, de Myre, en Asie Mineure. Avant d’être le patron des enfants, notre saint protège les passages et les transports fluviaux : au Moyen-Âge, les routes sont si mal entretenues et si peu sûres [1] qu’on leur préfère les rivières. Il n’est donc pas surprenant que tant de corps de métiers se soient mis sous la protection de saint Nicolas. Dispensateur de richesses, il est particulièrement honoré par les marchands. Il reprend ainsi le rôle de certains dieux païens qui protégeaient les voyageurs et le commerce, Mercure surtout, le dieu le plus important des Gaulois au dire de César.

St Nicolas dans sa basilique de St-Nicolas-de-Port.
Photo Marc Heilig

L’amitié de Saint Nicolas pour les enfants est accessoire, bien que nous ne retenions qu’elle de nos jours. Depuis le XIXe s., il a toutefois un concurrent de taille avec le Père Noël. Tous deux sont vêtus de rouge et d’or, fastueux habit épiscopal pour le saint, plus laïque pour l’autre. Le Père Noël est la première tentative de récupération du saint : en anglais, son nom de Santa Claus rend parfaitement compte de cette dérive. Pour les petits Français, il porte un nom différent, et dédouble à la fois le personnage et la fête, à laquelle, malgré son air bonhomme, il donne un aspect mercantile.

Portail central de la basilique de St-Nicolas-de-Port.
Photo Marc Heilig

Aujourd’hui, les villes lorraines de Nancy et de St-Nicolas-de-Port tentent d’imposer une marque déposée sur saint Nicolas. Le prétexte de la tradition cache mal l’intérêt financier qu’elles pourraient en retirer : toute autre cité qui voudrait fêter le saint devrait leur verser des droits. L’opération pourrait être juteuse car saint Nicolas est le patron des enfants - n’a-t-il pas fait sortir trois gamins du saloir où un boucher les avait enfermés ? – mais aussi de la Lorraine. Ces villes ne sauraient pourtant s’en réclamer. Ouvrons ici une page d’histoire quelque peu alambiquée, comme le Moyen Age nous en offre tant !

La nef centrale de la basilique de St-Nicolas-de-Port.
Photo Marc Heilig
Voûtes gothiques de la basilique de St-Nicolas-de-Port.
Photo Marc Heilig
Voûtes gothiques de la basilique de St-Nicolas-de-Port.
Photo Marc Heilig

A la suite du démembrement de la Lotharingie en 959, le sud de ce royaume devint le duché de Lorraine. Bien que très convoité par la France, il faisait partie du Saint Empire Germanique. Son territoire comprenait cependant plusieurs entités indépendantes directement attachées à l’empereur. L’évêché de Metz est une de ces enclaves [2]. L’abbaye bénédictine de Gorze, propriété de ce diocèse [3], possédait le passage sur la Meurthe de Varangéville et de Port. En 1087, les moines firent venir une relique de St Nicolas dont le corps avait été rapporté d’Asie par des marchands de Bari. La légende dit qu’au retour des Croisades Aubert de Varangéville en déroba une phalange, obéissant au saint lui-même qui lui était apparu en songe. De retour chez lui, la relique ne tarda pas à réaliser des miracles. Le premier concerne Aubert : il l’avait enfermée dans un coffre et avait laissé une lampe allumée à côté ; lorsque celle-ci vint à s’éteindre, il perdit la vue, mais la recouvra dès qu’on ralluma la flamme. Les moines firent grand bruit autour de ces miracles et l’abbé entreprit de construire une église à Port [4]. Le pèlerinage leur permettait de lutter contre le paganisme qui sévissait encore dans la région [5].

Basilique de St-Nicolas-de-Port. Console de la façade.
Photo Marc Heilig

Dans cette histoire, on le voit, Nancy, qui venait d’être fondée [6], n’apparaît nulle part. Pas même St-Nicolas-de-Port : Port ne prit ce nom que grâce à la présence de la relique dans son église. Ce n’est que bien plus tard, en 1477, lors de la bataille de Nancy qui opposa la Lorraine et la Bourgogne, que René II, duc de Lorraine, plaça son armée sous la protection de saint Nicolas. Le saint lui donna la victoire, aussi le duc en fit le patron de la Lorraine et soutint la construction de la « Grande Eglise » qu’on peut admirer à Saint-Nicolas-de-Port.

Ainsi, si une marque devait être déposée sur saint Nicolas, cela devrait l’être - ironie de l’histoire - par Metz, la « rivale » de Nancy. Ce qu’à Dieu ne plaise ! Doit-on vraiment en arriver à labéliser nos saints ?

Basilique de St-Nicolas-de-Port. Console de la façade.
Photo Marc Heilig
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