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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Evangile de la joie et de l’humour
Article mis en ligne le 25 novembre 2013

par Ugo Bosetti

Mémoires du Père Ugo Bosetti [1]

Tsévié (suite)

Un jour, le Père Bardol m’a demandé de le conduire au Dahomey, à Calavi, pour la profession religieuse d’une fille de Tsévié. Pierre Kondo, grand séminariste nous accompagnait ; je le retrouverai plus tard vicaire à Amoutivé, débordant de zèle et toujours à se demander « comment faire pour bien faire ». Il fallait descendre à Lomé, où Mgr Strebler nous demanda d’emporter un microscope pour le Père Clarisse. Je savais que Clarisse étudiait le bacille de Hansen, mais je ne comprenais pas cette générosité de Mgr Strebler et je fus bien près d’oublier le microscope dans la voiture pour le donner au retour au collège St Joseph qui montait son laboratoire. Comment faire pour bien faire ? Le Père Clarisse a eu son microscope et a continué ses recherches. Quand en congé il allait visiter ses collègues léprologues à Paris et leur posait des questions, on lui répondait : « Nous ne savons pas, allez demander au Père Clarisse » !

A Ouidah, nous allâmes saluer Mgr Parisot dans sa chaise longue. Il mourut 10 ans après.

Au séminaire, nous rencontrâmes le Père Pélofy qui s’était retiré là. Il balayait les feuilles de teck des allées et, à nous aussi, il posa ses questions sur les étymologies de la langue mina. Pourquoi dit-on d’un jeune homme : dekadze ? C’est simple : deka dze ne (une convient à lui), il lui faut une compagne. Sacré pape du Mono !

Au bout de l’année, Mgr Strebler m’envoya à Agadji assurer l’intérim pendant le congé du Père Blanck. « Si je vous ai mis à Tsévié, c’était pour succéder au Père Bardol. Je le croyais fini, mais le voilà ragaillardi. Je lui donne comme vicaire Bernard Atakpa, qui sort du séminaire. Il le formera à la vie paroissiale. » Il faut savoir que Bardol était de Mertzwiller, comme Strebler ; mais c’est vrai, Bernard Atakpa, futur évêque d’Atakpamé, ne pouvait avoir meilleur formateur à sa sortie du séminaire.


Agadji

J’empilai mes hardes dans la 4CV et je partis pour Agadji, chez les Akpossos. Cornevin les dit « intelligents et indisciplinés ». Intelligents, d’accord ; indisciplinés, je n’ai pas trouvé. Ils savaient et savent toujours s’organiser dans leurs communautés chrétiennes où vous êtes toujours bien reçu. Cornevin les a trouvés indisciplinés parce qu’il n’arrivait pas, comme à d’autres, à leur faire crier inconditionnellement « Vive la France ».

Agadji-mission est à 30 km au sud d’Atakpamé, sur la route de Palimé, chez les Akpossos. Les S.V.D. [2] allemands la voulaient à Ezimé, gros village où ils avaient choisi un bon terrain au bord de la rivière, là où est installée maintenant la ferme agricole expérimentale du gouvernement. Le 1er juillet 1928, le Père Bedel, qui venait de Korhogo en Haute Côte d’Ivoire, a abandonné Ezimé et sa bonne terre pour Agadji. Il cherchait un terrain sec, loin des moustiques et des simulies, ces petites mouches qu’on appelle aussi moute-moute et qui véhiculent l’onchocercose, ou « cécité des rivières ». A Agadji aussi, il abandonna le terrain près de la rivière entre Agadji et Amlamé (les Sœurs l’ont récupéré) et s’installa au sud du village. Bedel ne fuyait pas seulement les moustiques, il fuyait aussi le catéchiste Olympio, qui parlait trop bien l’allemand. Bedel, qui avait fait toute la guerre 14-18 au front, n’aimait pas cela.

Au milieu du village d’Agadji, il y avait la chapelle St Augustin, construite en 1906. C’est là que le Père Blanck pontifiait. Il habitait la maison en terre de barre construite par Bedel, trois chambres avec vérandah circulaire, hantée par les termites ; à la saison des pluies il y avait des gouttières, les registres paroissiaux étaient protégés par une tôle supplémentaire. Tous les Pères qui ont habité cette maison en ont dit tout le mal possible, mais elle est toujours là en 1994 et elle est fraîche. Et, en somme, on y est bien.

J’aimais bien Agadji, les dix villages sur la route et les dix villages dans la montagne que l’on visitait en marchant 150 km. Je me rappelle Onga, avec le vieux catéchiste Thomas qui voulait que le Père règle tous les palabres. Il y avait toujours plusieurs couples à marier et il fallait démêler tous les liens de parenté jusqu’à minuit pour les mariages du lendemain... Le Père Kennis, en 1922, avait fait la tournée et localisé les villages. Tous avaient changé d’emplacement à la recherche de nouvelles terres ; ce n’est plus possible depuis que les cases se sont couvertes de tôles et que les cacaoyers et les caféiers ont poussé.


J’avais comme cuisinier Christophe Nyangaya. Ce « boy » interne à Palimé que j’avais confié au Père Blanck était devenu apprenti menuisier. Il avait son patron de l’autre côté de la route. Quand venait l’heure, il accourait préparer. Le « préparer » togolais englobait : faire la cuisine, dresser la table, servir, desservir, faire le marché et... la conversation. Blanck lui avait appris tout cela.

J’avais comme catéchiste Simon Agbeka, originaire d’Agou. Quand je quittai Tsévié, Bardol m’avait mis sur la 4CV le « double bail » calibre 16 à broche du Père Anézo. Dans les vieilles missions traînent de vieux fusils. Simon était un grand chasseur, il me rapportait des agoutis, des cuisses de singe, des queues de pangolins. Le Père Blanck, revenu, hérita du fusil, mais lui donnait au chasseur 2 cartouches, « une pour toi et une pour moi ». Le chasseur rapporta un singe, puis une pintade, puis longtemps plus rien. Le Père Blanck se fâcha, le chasseur rapporta alors des haricots verts, puis une salade... Le Père Blanck reprit son fusil, mais il me disait : « J’ai eu tort, je me demande bien ce qu’il aurait encore pu m’apporter ! » Un monsieur Ducet, prof de lettres au collège St Joseph, est venu passer ses vacances à Agadji. J’avais rencontré la famille Ducet à St Léon d’Issigeac en 1939 chez l’abbé Rauber, curé originaire de Pfastatt. Une annonce dans La Croix l’avait amené à Lomé, où il fit deux séjours de deux ans puis alla enseigner à Madagascar pour finir rédacteur de mairie à Angoulême. Je le rencontrai plus tard, en 1962 ; il me rappela les gigots de guenon piqués d’ail et de lardons par Christophe. Un des fils d’Agbeka est devenu speaker à la télé de Lomé et ministre de l’information durant le gouvernement de Kofigo en 1993.

J’avais comme directeur de l’école catholique Paul Seshie, celui qui liait le Père Blanck sur son porte bagage. Ses deux neveux étaient enfants de chœu ; l’un d’eux, Pierre, est maintenant le premier évêque de Palimé. J’avais comme organiste Raphaël, le boy du Père Bedel. Raphaël avait suivi Bedel à Mango quand Mgr Cessou avait demandé un volontaire pour ouvrir la mission de Mango. Ses enfants avaient 3, 5 et 7 ans et étaient toujours fourrés près des machines à tricoter, à tourner le « kofi wo do » (Kofi travaille), qui est le dévidoir pour préparer les bobines. Trente ans après, je me suis arrêté un jour à Koutoukpa, pour bavarder sur la place. Un monsieur m’a dit : « Attendez-moi ». Il est revenu avec un tricot laine des usines Gluck de Mulhouse, tricoté à Agadji en 1951, toujours pimpant neuf.

Mes voisins à Atakpamé étaient les Pères Woelffel et Kapps. Le premier était curé et le second tenait les écoles. Règlement, règlement, le Père Kapps corrigeait les cahiers de préparation des maîtres, pas une faute ne passait.

On leur fit cadeau d’un frigidaire, le premier. Mais un frigidaire, ce n’est pas tout, il faut y mettre du pétrole et aussi de la bière... Woelffel allait aux provisions. Il avait trouvé des canards en celluloïd et les avait mis sur la table dans un grand plat où ils surnageaient. C’était beau et digne du grand artiste Woelffel. Quand le Père Kapps survint, il s’écria : « C’est cela que vous appelez un hors-d’œuvre ? »

à suivre

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