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Société des Missions Africaines de Strasbourg
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La Société des Missions Africaines (SMA) est une communauté de missionnaires catholiques venant des cinq continents. Elle est présente en Afrique depuis 150 ans.

La SMA mène diverses actions en faveur de la santé, de la condition féminine et de l’éducation.

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Nous réinventer aujourd’hui
Article mis en ligne le 5 février 2016

par Francis Rozario

Une intervention « clé » lors du Conseil Plénier 2015. Le premier plan d’action dans le document sur la mission de l’Assemblée Générale 2013 vise à promouvoir un consensus sur la mission. Ce que nous cherchons, dans la présentation qui suit, c’est à articuler la réflexion permanente dans la Société sur certains besoins urgents et à voir quels pas concrets nous pouvons faire ensemble.

Besoins
Il y a trente ans, la SMA réfléchissait à son avenir. Il fallait choisir entre terminer son existence graduellement ou s’étendre. La SMA a décidé d’étendre ses ailes et de survivre. Nous avons établi de nouvelles entités. Avec des centaines de jeunes membres et d’étudiants prometteurs, notre décision de continuer à survivre en tant que société missionnaire reste claire.
Ce que nous cherchons à clarifier, c’est la pertinence précise de notre charisme aujourd’hui. Si nous comprenons notre mission comme celle d’établir l’Église en Afrique, nous pouvons dire confortablement, en regardant les évêques africains présents dans presque tous les diocèses où nous travaillons et le bon nombre des prêtres diocésains, que notre mission est terminée.
Si notre mission continue, comment comprenons-nous notre charisme missionnaire ? Quelles sont nos stratégies de mission aujourd’hui ? Ce sont les questions fondamentales qui nous conduisent à nous réinventer, à nous recréer nous-mêmes et à répondre aux défis du monde d’aujourd’hui.
Le récent bulletin [1] publie un article qui traite de notre pertinence missionnaire. Nous allons voir ci-dessous trois besoins concrets. Le premier présente les stratégies de la mission en général, le second est sur la place de l’Afrique dans notre charisme, et le troisième sur le rôle des laïcs dans la SMA.

I. Avance en eau profonde

Quand les buts fondamentaux ne sont pas clairs, les gens ont tendance à trop jouir du voyage. D’une certaine manière, le voyage et ce qui se passe pendant qu’il se déroule donnent l’impression que quelque chose est en train d’arriver. Cela nous garde occupés. Certains continuent d’acheter des livres, et ils pensent qu’ils lisent. D’autres, au lieu d’écrire, occupent tout leur temps à rassembler du matériel. Il est important de dire clairement que, quoique la marche vers le but et le but lui-même soient intimement liés, il est toujours possible d’« être en chemin et de ne jamais arriver ». Dans certains cas, faire du lèche-vitrines remplace l’achat ; l’achat de livres remplace la lecture ; les études remplacent la productivité, et la liste est longue des nombreuses manières de ne pas arriver ou de repousser le moment d’attaquer les choses essentielles ou fondamentales.

Dans notre contexte, cela peut prendre la forme d’être continuellement occupés à rassembler des fonds, à faire des constructions sans fin ou des discussions sur les structures. Tout cela est bon et important. Ces activités ne peuvent pas être des fins en soi. Elles ne peuvent pas se donner un sens à elles-mêmes, pas plus qu’elles ne peuvent donner un sens à notre vocation. Elles reçoivent un sens de ce qui les suit. La rencontre des délégués des Provinces et Districts, l’an dernier à Chaponost, a abordé ce point et a souligné qu’il y avait une sorte de gêne à consacrer trop de temps et d’énergie à cela. Nous avons besoin de davantage de réflexion et de planification pour nos stratégies concrètes de mission aujourd’hui. Nous avons aussi besoin de procédés clairs pour évaluer les progrès de notre mission. Nos collectes de fonds, constructions et structures vont recevoir leur sens de nos stratégies et de leur exécution.

Nous sommes invités à méditer sur deux passages de la Sainte Écriture. Le premier est celui où Jésus invite à avancer en eau profonde [2]. Le second est celui où Jésus dit à Pierre qu’il va devenir un pêcheur d’hommes [3]. Nous nous demandons pourquoi la mission est comparée à la pêche, puisque la pêche n’est jamais bonne pour le poisson. Nous pouvons mieux comprendre les images de la pêche en pensant aux maux que la mer représente.
Pierre recherchait du poisson dans l’eau afin de gagner de l’argent, et son appel à l’apostolat l’aide à voir des gens qui se noient. Après la mort de Jésus, Pierre retourne à la pêche, jusqu’à ce que Jésus l’aide à faire sa triple confession d’amour pour lui [4]. Les yeux de l’apôtre s’ouvrent à nouveau pour chercher des hommes, et il accepte le rôle de pêcheur d’hommes, de berger. Nous sommes invités à avancer en eaux profondes et à ouvrir nos yeux aux besoins des gens pour lesquels Dieu nous a appelés.


II. L’Afrique et la SMA
Les évêques du Togo ont récemment rendu visite au Généralat SMA et, dans le mot de remerciement, un évêque a noté que nous sommes une des rares congrégations qui porte le nom de l’Afrique dans son nom. Une grande question que nous avons rencontrée au cours des dernières années, et qui se pose avec plus d’acuité, est : « Clairement, quelle relation y a-t-il entre l’Afrique et la SMA ? » Voici différentes manières de comprendre cette relation.

1. Strictement pour le continent africain
Nous venons de toutes les parties du monde, et nous travaillons en Afrique, qui est notre terrain de mission. Notre but principal est d’établir l’Église locale. Cela présuppose, comme le Fondateur l’a répété, que l’Afrique abrite « des pays les plus abandonnés ». Par les plus abandonnés, le Fondateur veut dire le manque de christianisme, et plus précisément le manque de l’Église catholique en Afrique [5]. Avec la croissance de l’Église africaine, nous ne pouvons pas parler des pays africains les plus abandonnés comme le Fondateur l’a fait en 1856.

2. En dehors de l’Afrique, mais aux Africains
L’art. 2 de nos Constitutions et Lois parle des Africains et des peuples d’origine africaine comme le but et la limite de notre mission. Ceci ouvre la possibilité de travailler en dehors de l’Afrique mais pour les Africains. Nous voyons cette ouverture dès le début. Mgr de Brésillac écrit : « Enfin, sur la demande expresse, et nullement provoquée, de la S. C. [6], elle pourra accepter des missions hors de l’Afrique, pourvu que ce soit chez des peuples de couleur [7]. »

3. L’Afrique juste comme un exemple
Mgr de Brésillac parle de l’Afrique juste comme un exemple de territoire, mais non comme le territoire exclusif de mission. Après sa démission, il se sentait toujours jeune et plein d’énergie, et il voulait aller en mission. Il a écrit à M. l’Abbé Vian : « Je m’offris à la S. C. de la Propagande pour une autre mission, devant autant que possible être envoyé chez des peuples où la lumière de la foi n’a pas encore pénétré, par exemple dans certaines régions les plus barbares de l’Afrique [8]. »

Si nous lisons les Constitutions et Lois de plus près, nous voyons clairement ce sujet. Dans l’art. 2, on lit : « Notre but est d’être une réponse effective à la vocation missionnaire de l’Église, principalement au milieu des Africains et des peuples d’origine africaine ». Le mot principalement est souvent ignoré et interprété comme exclusivement. Le but n’est pas d’être en Afrique’, mais d’être une réponse effective à la vocation missionnaire de l’Église.
Le principal centre d’intérêt du Fondateur n’était pas un territoire particulier mais un besoin particulier. Il s’est concentré sur les peuples non touchés par la lumière de la foi, et le continent africain était seulement un exemple. Son choix pour les régions les plus barbares parle plus du charisme que de la région elle-même. De là nous pouvons dire que ce que le Fondateur désirait, c’était une réponse radicale audacieuse à l’appel à évangéliser le monde entier. Le tout premier article de nos Constitutions parle de l’appel à la mission au monde entier. Selon une interprétation des missionnaires comboniens, leur fondateur a choisi l’Afrique pour ce qu’elle représentait à cette époque. Nous devons garder cet esprit, et non pas la lettre, et chercher des horizons qui correspondent à l’esprit de notre charisme. Notre identité dépend des besoins auxquels nous répondons.

4. Une SMA inséparable de l’Afrique
Un sentiment général est que l’Afrique est liée à notre identité. D’une manière ou d’une autre, le lien a besoin d’être maintenu afin que nous restions fidèles à notre charisme et à notre histoire. Il se peut que le Fondateur ait considéré l’Afrique comme un exemple. Il serait allé n’importe où s’il avait trouvé un endroit plus stimulant. Il voulait seulement partir comme missionnaire et il ne désirait même pas fonder une Société. La SMA n’était pas la grande idée de Mgr de Brésillac ; elle est le fruit de la volonté de Dieu et de l’obéissance de Mgr de Brésillac à la Sacrée Congrégation de la Propagande comme Marie acceptant de porter Jésus, qui n’était pas un enfant bien planifié par Marie, mais un enfant à qui elle a réservé un bon accueil. Donc notre lien à l’Afrique est même au-delà de notre Fondateur. En conséquence, de quelque manière que nous définissions notre charisme aujourd’hui, celui-ci a besoin d’être relié à l’Afrique.

5. La SMA et la S. C. de la Propagande
À ce point, il est crucial de penser à nos relations avec la Sacrée Congrégation de la Propagande. Mgr de Brésillac dit : « Elle se place sous la protection de la S. C. de la Propagande, à l’autorité de laquelle elle restera toujours parfaitement soumise, comme étant l’organe des volontés du Souverain Pontife pour tout ce qui concerne les missions [9] ».
Nous sommes des experts en évangélisation, et nous sommes prêts à être envoyés par l’Église universelle là où il y a un besoin. Donc la décision au sujet du territoire de mission ne doit pas être prise seulement par nous. Le dialogue avec la Sacrée Congrégation doit être ouvert et nous avons besoin d’être sensibles aux priorités missionnaires de l’Église universelle.

6. Les missions en Afrique réalisées par la SMA
Nous sommes des missionnaires. Nous travaillons en Afrique à établir l’Église locale et ensuite à aider l’Église africaine à être missionnaire. Nous travaillons main dans la main avec l’Église africaine dans son voyage missionnaire, à l’intérieur de l’Afrique et à l’extérieur. Nous avons été les ponts entre l’Afrique et le reste du monde. Les confrères africains dans la SMA sont les missionnaires venant d’Afrique, à travers la SMA, envoyés au monde entier. Les Africains ne sont pas seulement les objets de la mission SMA, mais aussi ses sujets . Dans cette approche, il est important de s’assurer que l’Église d’origine des missionnaires en Afrique voie que cette mission est la sienne et qu’elle s’en sente responsable. Cette approche insiste sur la présence des Africains dans la SMA et supprime les limites géographiques. Dans notre dénomination, l’Afrique parle plus de peuples que de géographie, et les Africains sont plus des sujets que des objets de la mission.


III. Les laïcs : de bienfaiteurs à missionnaires
La Société des Missions Africaines a beaucoup réfléchi sur le rôle des laïcs dans notre Société. Nous ne dirigeons aucune institution qui génère de l’argent, et malgré cela, nous continuons de fonctionner, dans le second siècle de notre existence, grâce aux nombreux sympathisants que nous comptons. La question que nous avons débattue est la suivante : comment pouvons-nous engager des laïcs avec nous, non seulement comme sympathisants et bienfaiteurs, mais aussi comme missionnaires ?
Nous avons une variété d’expériences avec les laïcs dans nos Entités variées. La plupart de nos Entités se posent la même question de nombreuses façons différentes. Si notre compréhension de la mission est géographiquement limitée à l’Afrique, alors la plupart des laïcs ne peuvent pas être plus que bienfaiteurs. Si nous comprenons notre mission comme une réponse réelle à la vocation missionnaire de l’Église, alors nous avons beaucoup de manières de nous impliquer avec les laïcs dans l’évangélisation. Nous comprenons de plus en plus aujourd’hui que notre promotion des vocations est liée d’une manière inséparable à notre présence missionnaire dans nos pays d’origine. Nous avons besoin d’un bon nombre de personnes qui aillent nous accompagner pour la mission là où nous sommes et certains voudront devenir prêtres. Notre identité fondamentale est missionnaire. Notre vocation au sacerdoce vient ensuite.

Plans
I. Discernement conjoint
Beaucoup de choses ont changé depuis 1856, tant en Afrique que dans l’Église. Nous sommes à un croisement, non pas dans la perplexité, mais sereins dans un discernement profond. Ce discernement est à la fois individuel et collectif. Cela signifie que nous fassions tous un voyage individuel de discernement à travers nos lectures, recherches, réflexions et prières, et que nous fassions la même chose en tant que Société. L’un ne remplace pas l’autre.

- Nous continuons à méditer sur nos Constitutions. Elles nous montrent les principes qui nous ont guidés jusqu’à présent. Un confrère a dit récemment, après une « Lectio divina » sur nos Constitutions, qu’il avait l’impression de lire certains de ces articles pour la première fois. La densité de chaque mot frappe d’une manière toute spéciale dans la méditation.
- Les Constitutions sont en liens avec l’époque. Elles évoluent. Les assemblées générales peuvent les modifier. Le charisme général de la Société est plus grand que les Constitutions. Nous lisons et méditons les écrits de notre Fondateur pour saisir la spécificité de notre charisme.
- Nous écoutons les signes des temps et les priorités de l’Église universelle et regardons comment nous pouvons y répondre. Nous sommes appelés à être des spécialistes et des experts dans le domaine de la mission.

Propositions
1 Chaque Entité et Région doit décider comment elle peut coordonner le processus de discernement.
2 Qu’attendons-nous du Conseil général et du Conseil plénier pour ce processus ?
3 La Commission de spiritualité propose un programme d’animation d’une année en 2017.
- Chaque Entité et Région travaillera avec ses membres, étudiants, sympathisants etc. à creuser la réflexion sur la mission aujourd’hui.
-Chaque Entité/Région organisera des événements variés, selon sa convenance.
- Nous pouvons décider quelques jours choisis au cours de l’année 2017 pour organiser un programme pour toute la SMA. Divers groupes SMA peuvent se réunir dans différentes parties du monde, et nous tâcherons de les faire interagir entre eux.

II. Une planification stratégique
Édifier une pensée stratégique et la planifier nous fait nous concentrer sur notre jeu et sur celui de l’adversaire. Les stratégies doivent donc inclure des itinéraires détaillés pour avancer et une analyse du jeu de l’adversaire, ainsi que des plans pour le bloquer. Ignorer l’un ou l’autre conduit à l’échec. Nous pouvons observer nos stratégies de mission et les planifier à partir de nos rôles fondamentaux : Prophétique / l’enseignement ; Royal / le service ; Sacerdotal / la prière, la méditation, le soutien spirituel.

1. Prophétique / l’enseignement
Nous sommes appelés à annoncer et à dénoncer. C’est un ministère d’enseignement. Au cours de l’audience générale du 20 mai 2015, le pape François a parlé du rôle essentiel que jouent les parents dans l’éducation de leurs enfants – « un rôle », a-t-il dit, « qui a été usurpé par de soi-disant experts qui ont pris la place des parents et qui les ont rendus craintifs lorsqu’ils doivent corriger quoi que ce soit. Si l’éducation par la famille regagne sa place première, beaucoup de choses vont changer en mieux. Il est temps, pour les pères et les mères, de revenir de leur exil – ils se sont exilés eux-mêmes de l’éducation de leurs enfants – et lentement, de réassumer leur rôle éducatif ».
Ce que le pape dit pour les parents vaut aussi pour nous qu’on appelle Pères. Notre ministère d’enseignement est « usurpé par de soi-disant experts » et ceux qui nous appellent Pères sont en danger jour après jour.
Le pape François parle aussi d’une colonisation idéologique. Les missionnaires ont le devoir de la dénoncer, d’en exposer la fausseté et d’annoncer le bien. Il est important de comprendre que le programme de catéchisme et la charte de formation de groupes douteux, de terroristes et de sectes sont bien développés.
Quelles sont nos stratégies défensives et offensives aujourd’hui ? La meilleure manière d’enseigner quelqu’un est d’en faire un enseignant. Comment pouvons-nous impliquer davantage de personnes, spécialement des jeunes, dans le ministère de l’enseignement ?

2. Royal / le service
Quelles sont nos stratégies pour tout ce qui concerne ce domaine ? Quels sont notre vision et nos plans concrets pour l’écologie, Justice et paix, la résolution des conflits, les migrants, etc. ?

3. Sacerdotal / la prière, la méditation, le soutien spirituel
Les missionnaires sont plus que des travailleurs humanitaires. Quelles sont nos stratégies dans un monde qui devient de plus en plus séculier, sans en réaliser les dangers ?
Beaucoup de jeunes entrent dans différentes sectes ou groupes cultuels. La Conférence épiscopale italienne a mis sur pied un Groupe de soutien anti-sectes [10] avec un numéro de téléphone gratuit. Chaque jour, une moyenne de dix personnes appelle ce numéro pour demander de l’aide, soit parce qu’ils sont membres de différentes sectes sataniques soit parce que leurs enfants en sont membres. Le nombre des appels augmente de 12 % par an au cours des années. Depuis 2006, la police italienne travaille étroitement avec la S. A. S. à cause des nombreux crimes liés au monde occulte. La réalité dans les autres pays n’est pas très différente. Quelle est notre réponse ? Nous sommes appelés à être des pêcheurs d’hommes… qui se noient.

Prenons le temps de réfléchir à chacune des dimensions mentionnées ci-dessus, puis de revoir et planifier nos stratégies.

Francis Rozario est Conseiller Général SMA, du D/F Indes